L’Association nationale des petites et moyennes entreprises (ANPME) a exprimé son rejet de la récente circulaire de la Banque centrale de Tunisie imposant aux importateurs un autofinancement pour l’acquisition de 197 produits jugés non prioritaires. Parmi ces produits figurent notamment des fromages haut de gamme, des produits cosmétiques, certaines boissons ou encore des fruits secs.
Intervenant ce lundi 6 avril 2026 dans l’émission « Yahdoth fi Tounes » sur la radio nationale, le porte-parole de l’association, Abderrazak Houas, a vivement critiqué cette mesure. Il y voit une contrainte financière supplémentaire sur les importateurs, susceptible d’entraîner une hausse des prix des produits concernés.
Selon lui, l’exigence d’un autofinancement intégral représente une charge lourde pour de nombreuses entreprises, en particulier les PME. Une telle disposition pourrait, d’après ses propos, favoriser la concentration du marché entre les mains de grands opérateurs, avec à la clé une hausse des prix, une pression accrue sur l’inflation et une érosion du pouvoir d’achat.
Tout en affirmant soutenir le principe de rationalisation des importations, l’ANPME plaide pour une approche plus progressive, fondée sur une stratégie à moyen et long terme, ainsi que sur une définition plus précise des produits concernés.
L’association appelle, par ailleurs, la Banque centrale à réorienter ses priorités vers le soutien à l’export. Elle recommande notamment de simplifier les procédures pour les entreprises génératrices de devises, d’encourager l’accès à de nouveaux marchés et de renforcer la compétitivité du tissu productif national.
Dans ce cadre, Abderrazak Houas insiste également sur la nécessité de faciliter l’accès au financement, de numériser les circuits d’exportation et de production, et d’engager des réformes structurelles en matière d’investissement et de cadre législatif.
Une circulaire au cœur d’une vive controverse
Depuis sa publication, la circulaire de la Banque centrale de Tunisie alimente un débat nourri entre autorités monétaires, opérateurs économiques et experts. Présentée comme un outil de régulation visant à contenir le déficit commercial et à préserver les réserves en devises, la mesure impose aux importateurs de mobiliser leurs propres ressources pour financer l’importation de produits jugés non essentiels, rompant ainsi avec les mécanismes classiques de financement bancaire.
Cette orientation a été perçue par ses détracteurs comme une forme de restriction indirecte des importations, susceptible de perturber les circuits d’approvisionnement. Plusieurs acteurs économiques ont notamment alerté sur des risques de tensions sur certains produits, de désorganisation du marché et de renchérissement des coûts, dans un contexte déjà marqué par une inflation persistante.
À l’inverse, certains analystes estiment que cette décision pourrait encourager la substitution aux importations et inciter à une meilleure priorisation des dépenses en devises, en ciblant davantage les produits essentiels et les intrants nécessaires à la production.
Entre impératif de stabilité macroéconomique et préoccupations des entreprises, la circulaire continue ainsi de cristalliser les divergences, illustrant les arbitrages délicats auxquels fait face la politique économique en Tunisie.
S.H













