La chambre criminelle près le tribunal de première instance de Tunis a rendu son verdict dans l’« affaire du cercle de discussion », connue sous le nom d’« affaire El-Moussamara », prononçant de lourdes peines de prison à l’encontre de plusieurs accusés.
Selon les informations disponibles, la juridiction a condamné, ce mardi 14 avril 2026, le leader d’Ennahdha Rached Ghannouchi, ainsi que des membres du parti islamiste, Youssef Nouri et Ahmed Mechergui, à vingt ans de prison chacun.
Dans le même dossier, des peines de trois ans de prison ont été prononcées à l’encontre des membres d’Ennahdha Mohamed Goumani et Belgacem Hassan.
Une affaire née d’un cercle de discussion politique
Cette affaire avait conduit à l’arrestation de Rached Ghannouchi dans la nuit du 17 avril 2023, à la suite de ses déclarations sur le risque de guerre civile. Cet épisode s’inscrit dans une série de poursuites judiciaires visant plusieurs figures de l’opposition et est associé à l’accusation de « complot contre la sûreté de l’État ».
L’arrestation de Rached Ghannouchi est intervenue en plein mois de Ramadan, deux jours après le cercle de discussion organisé par le Front de salut national. Lors de cette rencontre, le chef d’Ennahdha avait mis en garde contre la dérive autoritaire du pouvoir et les conséquences d’une exclusion des forces politiques — notamment la gauche et les islamistes — qu’il jugeait dangereuse pour la paix civile.
Le parquet a retenu contre lui une déclaration dans laquelle il évoquait le risque d’une « guerre civile » si l’islam politique venait à être éliminé de la scène nationale. Les autorités ont considéré que ces propos constituaient une atteinte à la sûreté intérieure de l’État, en vertu de l’article 72 du Code pénal tunisien.
S.H












2 commentaires
HatemC
Tunisie : juger le passé ne suffit pas, il faut reconstruire l’avenir
La condamnation de Rached Ghannouchi à plus de 80 ans, ainsi que d’autres figures politiques, pose une question simple mais brutale : rend-on justice… ou tourne-t-on une page à coups de marteau ?
À cet âge, une lourde peine de prison ressemble, de fait, à une condamnation à finir ses jours derrière les barreaux.
Certains y verront une justice tardive. D’autres, une justice implacable, voire politique. Mais au fond, ce débat en cache un autre, bien plus profond : que fait la Tunisie de sa décennie post-Révolution tunisienne de 2011 ?
Car oui, cette période a été marquée par des dérives, des ambitions démesurées, des calculs politiciens, parfois même des logiques idéologiques hors-sol. Certains ont cru pouvoir remodeler le pays à leur image, comme si l’histoire, la société et les équilibres tunisiens pouvaient être balayés d’un revers de main.
Mais réduire cette décennie à une simple “erreur” ou à une “parenthèse à effacer” serait une faute stratégique.
Car cette période a aussi été celle :
– d’une liberté d’expression jamais vue
– d’un pluralisme réel
– d’un peuple qui, pour la première fois, a expérimenté le pouvoir de choisir
Le problème n’a jamais été la démocratie en elle-même.
Le problème, c’est d’avoir voulu bâtir une démocratie sans fondations solides, sans État fort, sans économie résiliente, sans vision commune.
Aujourd’hui, la tentation est grande : juger, condamner, refermer, oublier.
Passer l’éponge.
Mais une nation ne se reconstruit pas sur l’oubli….. Elle se reconstruit sur la lucidité.
Oui, il faut juger….
Mais juger dans un cadre crédible, transparent, incontestable.
Oui, il faut tourner la page…
Mais en comprenant ce qui a échoué, et pourquoi.
Oui, il faut reconstruire….
Mais pas en remplaçant un désordre par un verrouillage.
La Tunisie n’a pas échoué parce qu’elle a tenté la démocratie.
Elle a échoué parce qu’elle a cru que la démocratie suffisait, à elle seule, à réparer un pays fragilisé.
Le véritable enjeu aujourd’hui n’est pas de solder le passé.
C’est d’éviter de reproduire les mêmes erreurs sous une autre forme…. HC
Roberto Di Camerino
Je n’ai aucune estime pour ce personnage — à mes yeux, il ne vaut rien. Mais ce qui est encore plus inquiétant, c’est de voir une justice qui n’a plus que le nom, se transformer en instrument de répression. On assiste à une dérive autoritaire flagrante, où des responsables politiques sont condamnés pour de simples propos, tenus en meeting ou même en privé. C’est une ligne rouge qui est franchie. Dans une véritable démocratie, ce ne sont pas les opposants que l’on traîne devant les tribunaux, mais bien les juges et leurs commanditaires qui devraient rendre des comptes.