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Chawki Tabib visé par un mandat de dépôt émis sans interrogatoire

Par Sarra Hlaoui


L’ancien bâtonnier Chawki Tabib a été visé, mardi 14 avril, par un mandat de dépôt émis sans interrogatoire, une irrégularité vivement dénoncée par l’Ordre national des avocats de Tunisie.

Dans un communiqué publié le même jour, l’Ordre a réagi à cette décision, dénonçant une procédure entachée d’irrégularités et portant atteinte aux garanties d’un procès équitable.

Le Conseil de l’Ordre indique que le bâtonnier Boubaker Belthabet s’est rendu au pôle judiciaire économique et financier, accompagné de Chawki Tabib, de membres du Conseil, du président de la section de Tunis ainsi que d’un collectif d’avocats assurant sa défense, dans le cadre de l’affaire d’instruction n°1860.

Selon la même source, Chawki Tabib s’est présenté volontairement devant le juge d’instruction, bien qu’il n’ait reçu aucune convocation personnelle, contrairement aux dispositions prévues par les articles 68, 69 et 134 du Code de procédure pénale. Sa présence faisait suite à une information transmise au barreau de Tunis fixant la date de son audition au 14 avril 2026.

L’Ordre précise qu’une demande de report de l’audition a été introduite afin de permettre à la défense de consulter le dossier et de préparer ses moyens, dans le respect des standards internationaux du procès équitable. Toutefois, le juge d’instruction aurait délivré un mandat de dépôt à son encontre avant même de procéder à son audition.

Une décision jugée « précipitée » par l’Ordre, qui exprime son étonnement face au caractère urgent de cette mesure privative de liberté, prise sans interrogatoire préalable ni examen du fond du dossier. L’instance considère qu’il s’agit d’une atteinte au principe de la présomption d’innocence, d’autant que l’intéressé s’est présenté de son propre chef devant la justice.

Dans son communiqué, l’Ordre dénonce également ce qu’il qualifie de « ciblage persistant » des droits de la défense et critique le recours jugé excessif aux mandats de dépôt, en contradiction avec leur caractère exceptionnel et les garanties fondamentales liées à la liberté individuelle.

Réaffirmant sa mobilisation, l’Ordre assure qu’il poursuivra « sans relâche » son action pour la défense des droits de la défense, tout en exprimant sa solidarité avec Chawki Tabib et son engagement à poursuivre les démarches nécessaires pour organiser sa défense et obtenir sa libération.

Enfin, l’Ordre a salué les marques de soutien exprimées par plusieurs organisations et instances professionnelles d’avocats, en Tunisie et à l’étranger, en faveur de la libération de l’ancien bâtonnier et du respect des garanties fondamentales de la profession.

Une réaction jugée préoccupante par l’ATJA

L’Association tunisienne des jeunes avocats (ATJA) a, elle aussi, exprimé sa vive préoccupation, dénonçant de graves entorses aux garanties du procès équitable.

Réuni en urgence, son bureau exécutif estime que la décision du juge d’instruction près du pôle judiciaire économique et financier est intervenue sans interrogatoire préalable et sans permettre à l’intéressé d’exercer pleinement son droit à la défense, en contradiction avec les dispositions légales en vigueur.

Dans son communiqué, l’ATJA considère que cette mesure porte atteinte au principe de la présomption d’innocence, qu’elle qualifie de fondement constitutionnel et universel. Elle dénonce également le non-respect des procédures encadrant l’émission des mandats de dépôt, évoquant notamment une violation de l’article 85 du Code de procédure pénale.

Affichant sa solidarité avec Chawki Tabib, ancien président de l’association, l’ATJA annonce la mise en place d’un comité de défense chargé de définir les mécanismes et la stratégie à adopter dans ce dossier.

En conclusion, l’organisation réaffirme son attachement à une profession d’avocat « libre, indépendante et solidaire », appelant au respect des garanties fondamentales et des droits de la défense.

Avocats sans frontières dénonce une dérive judiciaire

L’organisation Avocats sans frontières a, elle aussi, exprimé sa solidarité totale et inconditionnelle avec l’ex-président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption.

Dans un communiqué, elle condamne également ce qu’elle qualifie de « harcèlement judiciaire » visant Chawki Tabib depuis un certain temps, estimant qu’il s’inscrit dans « une politique systématique de représailles contre les défenseurs de l’indépendance des instances constitutionnelles » et dans « des tentatives répétées de réduire au silence les avocats des prisonniers d’opinion ».

Mandat de dépôt et poursuites judiciaires

Un mandat de dépôt a été émis, ce matin, contre l’ancien bâtonnier et ex-président de l’Inlucc, Chawki Tabib, dans le cadre d’une affaire instruite par le pôle judiciaire économique et financier.

D’après une source judiciaire citée par l’agence Tunis Afrique Presse (TAP), cette décision s’est accompagnée de mesures de gel visant ses biens ainsi que ses avoirs financiers.

La même source précise que le ministère public près du pôle judiciaire économique et financier a ordonné l’ouverture d’une information judiciaire contre Chawki Tabib pour plusieurs infractions présumées.

Parmi les faits évoqués figurent notamment des soupçons d’abus de fonction assimilé à celui d’un agent public, ayant causé un préjudice matériel à une structure dans laquelle l’État détient une participation. S’y ajoutent des accusations de gestion irrégulière de fonds publics, de détournement ainsi que de blanchiment d’argent, en lien avec les prérogatives liées à ses anciennes fonctions.

S.H

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