Dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes économiques et géopolitiques, la Tunisie prend part aux réunions de printemps du Fonds monétaire international et du Groupe de la Banque mondiale, organisées à Washington. Ce rendez-vous annuel, qui réunit décideurs publics, institutions financières et experts internationaux, constitue une plateforme d’échanges sur les grandes orientations économiques mondiales et les perspectives de financement du développement.
Cette participation intervient alors que les négociations entre la Tunisie et le Fonds monétaire international restent à l’arrêt depuis 2022, malgré un accord de principe conclu la même année pour un financement de 1,9 milliard de dollars. Dans ce contexte, la présence tunisienne à Washington revêt une importance particulière, à la croisée des enjeux de visibilité internationale, de mobilisation de financements et de maintien du dialogue avec les partenaires financiers.
À Washington, le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, y multiplie les rencontres avec des institutions financières internationales et des partenaires bilatéraux, dans une dynamique de consolidation des coopérations et de mise en avant des priorités économiques du pays.
Selon un communiqué publié par le ministère jeudi 16 avril 2026, le ministre a pris part, dès les premiers jours de cette manifestation internationale, à la réunion des gouverneurs du groupe MENAAP (Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan), consacrée aux évolutions géopolitiques récentes et au rôle de la Banque mondiale dans l’accompagnement des pays face à leurs répercussions.
À cette occasion, il a insisté sur la nécessité que les financements mobilisés pour faire face aux conséquences des conflits internationaux soient additionnels, afin de ne pas se faire au détriment des portefeuilles de projets déjà en cours.
Une offensive diplomatique et financière tous azimuts
En marge des travaux officiels, Samir Abdelhafidh a enchaîné une série de rencontres bilatérales avec plusieurs institutions internationales et partenaires financiers.
Il s’est ainsi entretenu avec Jorge Moreira da Silva, directeur exécutif du Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS). Les deux parties ont exprimé leur volonté de renforcer leur coopération, notamment dans les domaines des marchés publics, de la gouvernance et de la mise en œuvre des projets d’infrastructure.
Le ministre a également rencontré Konstantin Limitovsky, directeur de l’investissement public à la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), avec qui il a évoqué les perspectives de coopération financière et technique dans le cadre du plan de développement 2026-2030, en particulier dans le secteur des infrastructures.
Accent sur l’investissement, l’énergie et les infrastructures
Les échanges se sont poursuivis avec des responsables du Groupe de la Banque mondiale, notamment Ethiopis Tafara, vice-président de la Société financière internationale (IFC) pour l’Afrique, et Tsutomu Yamamoto, directeur général de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA).
Ces rencontres ont porté sur les moyens de renforcer la coopération financière et technique dans des secteurs jugés prioritaires pour la Tunisie, tels que les énergies renouvelables, la gestion de l’eau, le soutien au secteur privé et le développement des infrastructures.
Dans la même dynamique, Samir Abdelhafidh a rencontré Abdulhamid Alkhalifa, président du Fonds de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) pour le développement international. Le ministre a plaidé pour une reprise de la coopération financière avec cette institution, mettant en avant l’existence de projets communs dans des domaines stratégiques tels que la transition énergétique, la sécurité alimentaire, la santé et l’appui aux petites et moyennes entreprises.
Coopérations bilatérales renforcées avec l’Europe
Les discussions ont également porté sur les relations bilatérales, notamment avec l’Italie et l’Espagne.
Lors d’un entretien avec Lorenzo Ortona, chef du Groupe de travail du Plan Mattei, les deux parties ont souligné la qualité des relations tuniso-italiennes et leur volonté de les approfondir, en particulier dans les domaines économiques et d’investissement.
Par ailleurs, la coopération avec l’Espagne a été abordée lors d’une rencontre avec Marta Mulas Alcántara, responsable au sein de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) et du Fonds espagnol pour le développement durable (FEDES), avec un accent mis sur les projets liés à l’environnement et à l’efficacité énergétique.
Cap sur l’aéronautique et l’investissement privé
Dans le cadre des échanges avec le secteur privé, le ministre a rencontré des responsables de Boeing. Il a présenté les avancées de la Tunisie dans le domaine de l’industrie aéronautique, mettant en avant l’expertise développée dans la fabrication de composants aéronautiques.
Il a également souligné les atouts du pays, notamment la stabilité politique et sociale ainsi que la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée, positionnant la Tunisie comme une destination compétitive pour les investissements dans ce secteur.
Un forum mondial au cœur des enjeux économiques
Les réunions de printemps du Fonds monétaire international et du Groupe de la Banque mondiale réunissent chaque année des décideurs publics (banques centrales, ministères des finances et du développement, parlementaires), des représentants du secteur privé, des organisations de la société civile et des experts universitaires.
Elles donnent lieu à de nombreux séminaires, sessions d’information régionales, conférences de presse et rencontres consacrés à l’économie mondiale, au développement international et au système financier international. Les principales réunions ministérielles et manifestations se tiendront du vendredi 17 au dimanche 19 avril 2026, dans le cadre d’un programme plus large prévu du mercredi 15 au lundi 20 avril 2026.
Dans un environnement international sous pression, la participation tunisienne à ces réunions s’inscrit ainsi dans une logique de maintien du dialogue, de mobilisation de financements et de consolidation des partenariats, à un moment où les marges de manœuvre économiques demeurent étroitement liées aux évolutions globales.
I.N.










