Intervenant lundi 20 avril 2026 sur les ondes de Jawhara FM, l’universitaire et économiste Ridha Chkoundali a dressé une analyse prospective des conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur les prix internationaux du pétrole et, par ricochet, sur les équilibres macroéconomiques de la Tunisie. S’appuyant sur les hypothèses du Fonds monétaire international (FMI), il a exposé trois scénarios distincts, du plus modéré au plus sévère, mettant en lumière une dégradation progressive des principaux agrégats économiques.
Dans un premier scénario dit de référence, où le conflit resterait contenu sans escalade majeure prenant fin en juin, la facture énergétique de l’État atteindrait environ 6 milliards de dollars, enregistrant une hausse de 20 à 30%. Cette pression accrue sur les finances publiques se traduirait par un ralentissement de la croissance économique, attendue entre 1,8% et 2,1%, bien en deçà des 3,3% initialement inscrits dans la loi de finances. Parallèlement, l’inflation progresserait pour s’établir entre 6,2% et 7%, contre un niveau de référence avoisinant les 5% en 2025. Le ratio de la dette publique connaîtrait également une dérive notable, passant de 85% à près de 90% du PIB.
Le deuxième scénario, plus pessimiste, envisage une prolongation du conflit jusqu’à la fin de l’année. Dans cette hypothèse, la facture énergétique de l’État grimperait à environ 8 milliards de dinars, avec une augmentation des prix de l’énergie comprise entre 35% et 40%. La croissance serait davantage comprimée, oscillant entre 1,6% et 1,8%, tandis que l’inflation franchirait un nouveau palier, se situant entre 7% et 8%. La dette publique poursuivrait sa trajectoire ascendante pour atteindre près de 95% du PIB.
Le scénario extrême repose, lui, sur une flambée des cours du pétrole sur les marchés internationaux, dans une fourchette comprise entre 110 et 130 dollars le baril. Une telle configuration engendrerait une explosion de la charge de compensation énergétique, estimée à près de 10 milliards de dinars supplémentaires pour le budget de l’État. Les effets macroéconomiques seraient particulièrement sévères : une croissance quasi atone, comprise entre 0,5% et 1,2%, une inflation susceptible d’atteindre les 10%, et un endettement public culminant à 105% du PIB.
Ridha Chkoundali a également souligné le décalage croissant entre les hypothèses ayant présidé à l’élaboration de la loi de finances 2026 — notamment un prix du baril fixé à 63,3 dollars et un taux de croissance de 3,3% — et les réalités actuelles des marchés internationaux. Dans ce contexte d’incertitude accrue, il estime que le cadre budgétaire actuel est devenu obsolète et difficilement exécutable.
Face à ces tensions, l’économiste a plaidé pour l’adoption d’un dispositif exceptionnel de gestion budgétaire, sous la forme d’une « loi de finances d’urgence », structurée autour de scénarios évolutifs. Celle-ci permettrait d’ajuster en temps réel les politiques publiques en fonction de l’évolution du conflit et des marchés énergétiques. Parmi les pistes évoquées figurent la rationalisation des dépenses publiques, la limitation des recrutements dans la fonction publique aux besoins strictement essentiels, ainsi que la priorisation des projets d’investissement en cours au détriment de nouveaux engagements.
Concrètement, cette approche permettrait d’anticiper, dès l’élaboration budgétaire, des dérapages potentiels de la facture énergétique — de 6 milliards de dollars dans le scénario de référence à près de 10 milliards de dinars dans le scénario extrême — ainsi que leurs répercussions sur la croissance. Chaque scénario serait assorti de mesures prédéfinies, permettant une adaptation rapide de la politique budgétaire en fonction de l’évolution des prix du pétrole, bien au-delà de l’hypothèse initiale retenue dans la loi de finances 2026.
Dans cette perspective, l’économiste a insisté sur la nécessité d’un ajustement structurel rigoureux des dépenses publiques afin de contenir un budget initialement fixé à 79,6 milliards de dinars, désormais soumis à de fortes tensions. Il a mis notamment en avant la réduction drastique des recrutements dans la fonction publique, limités aux besoins jugés absolument nécessaires, en contradiction avec certaines projections évoquant jusqu’à 53 000 nouveaux recrutements, jugées irréalistes dans le contexte actuel.
Par ailleurs, il a recommandé de prioriser les projets publics déjà engagés, souvent en attente d’exécution, et de suspendre le lancement de nouveaux investissements, afin de contenir les dépenses.
Sur le plan social, la question des salaires demeure sensible : toute augmentation, si elle devait être maintenue, devrait rester limitée et ciblée, afin de ne pas aggraver le déséquilibre budgétaire, d’autant que l’inflation pourrait atteindre 7% à 10% selon les scénarios. L’économiste a, dans ce sens, mis en garde contre une hausse brutale des prix des carburants, qui, bien qu’efficace pour réduire le poids des subventions, pourrait générer des tensions sociales importantes.
Ridha Chkoundali a réitéré la nécessité de préserver le pouvoir d’achat des ménages, tout en évitant des mesures brutales, dans un environnement marqué par une forte incertitude géopolitique, afin de limiter les effets d’un choc pétrolier prolongé sur l’économie nationale.
N.J










