Climatiseurs allumés, consommation en hausse, réseau sous pression : la question des coupures d’électricité pourrait refaire surface cet été en Tunisie. À l’approche de la saison chaude, les inquiétudes resurgissent. Entre tensions sur l’approvisionnement, dépendance aux importations, coût croissant du gaz, finances fragilisées de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) et capacités nationales limitées, l’équation énergétique tunisienne reste sous haute surveillance.
Au micro d’Ibtissem Chouikha, dans l’émission Houna Tounes sur Diwan FM, le député Mohamed Ali Fennira, rapporteur de la Commission de l’industrie et de l’énergie à l’Assemblée des représentants du peuple, a affirmé, jeudi 23 avril 2026, qu’un million de Tunisiens pourraient subir des interruptions tournantes de courant durant l’après-midi, lors des périodes de forte consommation estivale de l’été 2026, comme cela a déjà été observé l’année précédente.
Un chiffre qui, selon lui, aurait été évoqué au sein de la Commission de l’industrie, du commerce, des ressources naturelles, de l’énergie et de l’environnement du Parlement.
Un système sous pression structurelle
Les indicateurs présentés récemment lors d’une journée d’étude parlementaire consacrée à l’énergie confirment la fragilité du secteur.
Les autorités ont notamment fait état d’un déficit énergétique de 65%, conséquence du recul de la production nationale face à une demande intérieure en progression constante. La Tunisie demeure ainsi fortement dépendante des importations pour couvrir ses besoins, en particulier en gaz naturel.
Le député Mohamed Ali Fennira a, dans le même sens, estimé que le pays ne produirait qu’environ 35% de ses besoins énergétiques, le reste reposant sur des approvisionnements extérieurs.
Le poids central du gaz naturel
La production électrique tunisienne repose majoritairement sur le gaz naturel, combustible utilisé par l’essentiel des centrales du pays. Cette dépendance expose directement le système national aux fluctuations des prix internationaux ainsi qu’aux contraintes d’approvisionnement.
Selon les déclarations de l’élu, lorsque la consommation augmente fortement en été, la Steg est amenée à recourir à des achats d’électricité auprès de l’Algérie afin de soutenir le réseau.
Il a ajouté que, lors de l’été précédent, les volumes supplémentaires espérés n’auraient pas pu être obtenus au-delà des quantités prévues, ce qui aurait favorisé le recours à des coupures ponctuelles.
Une facture budgétaire de plus en plus lourde
Les tensions du secteur énergétique pèsent également sur les finances publiques. Lors de la même journée d’étude parlementaire, il a été indiqué que les subventions à l’énergie ont atteint 7,11 milliards de dinars en 2025, contre 550 millions de dinars en 2011.
Le soutien public à l’énergie représenterait désormais près de 9% du budget de l’État, illustrant l’ampleur des déséquilibres accumulés.
Le député a, de son côté, affirmé que la Steg achèterait pour environ six milliards de dinars de gaz importé, avant de revendre une production électrique générant cinq milliards de dinars de recettes, soit un déficit estimé à un milliard de dinars.
Le solaire progresse, mais reste encore limité
Face à cette pression croissante, les pouvoirs publics misent sur l’accélération des énergies renouvelables.
Mohamed Ali Fennira a indiqué que le photovoltaïque représenterait désormais 9% du mix électrique tunisien, contre 7% auparavant, après la mise en service de nouvelles centrales solaires.
Les autorités ont annoncé récemment l’inauguration de nouveaux projets à Sidi Bouzid, Kairouan et Tozeur, pour une capacité cumulée de 200 mégawatts.
À plus long terme, la Tunisie vise une part d’au moins 50% d’énergies renouvelables dans son mix électrique à l’horizon 2035.
Des coûts de production en question
Les données présentées lors des travaux parlementaires montrent également l’intérêt économique du basculement vers le solaire. Le coût moyen de production issu de certains projets renouvelables serait estimé à 108 millimes par kilowattheure, contre environ 300 millimes pour une production reposant sur le gaz naturel importé.
Au-delà de l’enjeu environnemental, la transition énergétique est ainsi devenue un impératif budgétaire et stratégique.
L’été 2026 comme test grandeur nature
À court terme, c’est toutefois la capacité du système à absorber le pic de consommation estival qui concentrera l’attention.
Disponibilité du gaz, niveau des importations, performance du réseau, mise en service de nouvelles capacités et maîtrise de la demande seront déterminants pour éviter les délestages.
À ce stade, aucune communication officielle de la Steg n’a confirmé les chiffres avancés par le député ni l’éventualité de coupures programmées durant l’été 2026.
I.N.










