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Sauvetage de notre système éducatif : nous faudrait-il un miracle ?

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Par Ridha Zahrouni

    Par Ridha Zahrouni

    Il me semble qu’avec les moyens dont je dispose comme parent, président d’association et citoyen, je me suis suffisamment exprimé à plusieurs reprises sur l’état critique de notre système éducatif. Une obsession est une pensée, une image ou une impulsion qui s’impose à l’esprit de façon répétée et incontrôlable. Elle est souvent vécue comme intrusive, absurde ou pénible. J’avoue que c’est le sentiment qui m’anime depuis plus d’une dizaine d’années : presque chaque jour, je pense au sauvetage de notre école, particulièrement l’école publique, et j’en parle à la moindre occasion.

    Depuis 2011, plus d’une dizaine de ministres se sont relayés à la tête du département de l’Éducation. Chacun nous a promis, avec ses propres mots, monts et merveilles. Ils se sont engagés à transformer l’école en un espace de plaisir et d’épanouissement, à adopter une approche axée sur le numérique, à instaurer une protection sociale et une rigueur institutionnelle, ou encore à « redonner à l’école publique son éclat », ou en faire un « espace créatif ».

    Tout au long de l’année scolaire en cours, les députés de la Commission de l’Éducation, de la Formation professionnelle, de la Recherche scientifique, de la Jeunesse et des Sports nous ont présenté projet de loi sur projet de loi : de l’instauration de la fonction de professeur d’éducation aux médias à l’adoption de la séance unique, en passant par le droit à la santé mentale scolaire, le renforcement de l’anglais ou l’encadrement du secteur privé. Pourtant, les promesses ministérielles restent sans suite et, de mon point de vue, les propositions de la commission — souvent improvisées et mal étudiées sur la forme comme sur le fond — ne verront jamais le jour. Je souhaite au moins que leurs initiateurs aient eu l’intention d’alerter l’opinion publique sur ces sujets.

    Une obsession devenue quotidienne

    Je m’arrêterai sur la dernière proposition de loi en date, qui vise à durcir la lutte contre la fraude aux examens nationaux, en particulier le baccalauréat. C’est un sujet qui passionne toujours les débats en période d’examens, mais qui trouve aujourd’hui un écho très précoce chez nos parlementaires. Personnellement, je salue cet intérêt pour la crédibilité de nos diplômes, bien que, d’après les chiffres du ministère, le nombre de cas signalés ne cesse de décroître (passant d’une moyenne de 1000 cas en 2023 à 800 cas en 2024 et 600 en 2025). Je compare cette situation à une douleur dentaire aiguë qu’il faudrait effectivement traiter en urgence.

    Mais qu’en est-il, messieurs les députés, de cette « rage de dents » silencieuse, bien plus dangereuse, et dont personne ne parle ? Il s’agit de l’absentéisme au baccalauréat qui, selon les données ministérielles, concernerait 5 % des candidats chaque année. Plus de 7000 élèves préfèrent ne pas se présenter aux centres d’examen, contre 600 cas de fraude enregistrés en 2025. Ce chiffre est, à mon sens, bien plus grave. J’imagine le gâchis : un élève présent sur les bancs de l’école pendant 13 ans, pris en charge par l’État et sa famille, qui abandonne juste avant la ligne d’arrivée. Les causes qui poussent un candidat à tenter l’interdit ou à bouder l’examen sont les mêmes : le désespoir causé par la certitude de l’échec.

    La littérature spécialisée définit le désespoir chez l’élève comme un état de détresse psychologique profonde où l’apprenant ne perçoit plus d’issue favorable. Ce n’est pas une simple baisse de moral, mais une perte de confiance totale en ses capacités et en son avenir. C’est un phénomène complexe où s’entremêlent des facteurs scolaires, personnels et environnementaux.

    Parmi les causes identifiées par les professionnels de l’éducation et de la santé, on trouve la peur de l’échec — cette angoisse permanente liée aux notes —, l’incertitude face à l’avenir et un perfectionnisme excessif qui mène à un épuisement mental comparable au burn-out professionnel.

    Le désespoir scolaire, angle mort du débat

    Un cerveau sous l’emprise du désespoir perd ses capacités optimales : cela se traduit par une baisse des performances cognitives, un absentéisme et une phobie scolaire et, ultimement, le décrochage, lorsque l’élève finit par rompre avec le système. S’y ajoutent parfois des comportements d’autodestruction (addictions, automutilation) ou des troubles de l’indiscipline et de l’agressivité, cris de détresse face au jugement scolaire.

    Si la loi fixe les limites et garantit l’ordre (comme la lutte contre la fraude), la justice, elle, reste un idéal moral. C’est ce sentiment de justice qui doit nous pousser à comprendre les racines du désespoir de nos élèves. C’est une étape essentielle pour agir avant que le mal-être ne devienne irréversible et ne se transforme en décrochage scolaire.

    J’ai toujours milité pour déclarer une véritable « guerre » contre le décrochage. La gagner permettrait de résoudre la plupart de nos maux : violence, prolifération des cours particuliers, dégradation des taux de réussite et exclusion sociale. C’est un défi que nous devons relever en bâtissant une école publique de qualité et gratuite : un véritable ascenseur social garantissant à tous l’équité et une réelle égalité des chances devant la réussite et l’excellence. J’avoue, toutefois, que je ne sais plus à qui m’adresser pour avoir une chance d’être enfin entendu.

    BIO EXPRESS

    Ridha Zahrouni  Président de l’Association tunisienne des parents et des élèves

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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