Dans un communiqué rendu public mardi 28 avril 2026, le ministère des Affaires étrangères a fermement condamné le recours à la violence armée visant le Mali et a réaffirmé la pleine solidarité de la Tunisie avec le peuple malien frère. Il a également exprimé son rejet de toute atteinte à l’unité du Mali, à sa souveraineté, à sa sécurité et à sa stabilité.
« La Tunisie suit avec une profonde inquiétude les graves attaques armées qui ont ciblé plusieurs villes du Mali, dont la capitale Bamako, et ayant causé de nombreuses victimes. La Tunisie condamne également avec fermeté le recours à la violence armée visant ce pays africain et réaffirme sa pleine solidarité avec le peuple malien frère, ainsi que son rejet de toute atteinte à l’unité du Mali, à sa souveraineté, à sa sécurité et à sa stabilité », a noté la diplomatie tunisienne.
Cette prise de position intervient dans un contexte particulièrement tendu au Mali, où une série d’attaques d’une ampleur inédite a visé, le 26 avril, plusieurs villes du pays, y compris Bamako. Selon plusieurs sources concordantes, ces opérations coordonnées ont été menées par des groupes djihadistes affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), organisation liée à Al-Qaïda, en alliance avec des mouvements indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA).
Dans le nord du pays, la ville stratégique de Kidal, ancien bastion de la rébellion touareg, est passée sous le contrôle des insurgés sans affrontement majeur, après le retrait des forces russes déployées dans le cadre de l’Africa Corps, successeur du groupe Wagner.
Ces attaques, ayant coûté la vie au ministre de la Défense, ont été accompagnées de revendications du GSIM, qui a ciblé plusieurs zones du territoire, y compris la capitale. Le groupe aurait également appelé les forces étrangères à ne pas intervenir, illustrant la complexité des interactions entre acteurs armés et puissances extérieures.
Dans ce climat de désorganisation sécuritaire, plusieurs observateurs évoquent un tournant critique pour le régime malien. L’universitaire et spécialiste des groupes islamistes Alaya Allani a indiqué que cette crise s’inscrivait dans une dynamique ancienne d’instabilité remontant aux années 1990, marquée par l’enracinement progressif de groupes extrémistes dans la région sahélienne.
Il a rappelé que les interventions militaires étrangères, notamment française en 2012, n’avaient pas permis de résoudre durablement le problème sécuritaire, mais ont plutôt contribué à la reconfiguration des alliances locales.
Le chercheur a souligné également l’impact du coup d’État de 2020 sur la recomposition du paysage sécuritaire malien, avec l’émergence ou le renforcement de groupes comme le GSIM et des cellules affiliées à l’État islamique, considérant, toutefois, que le GSIM demeure aujourd’hui l’acteur dominant sur le terrain, grâce à son implantation locale et à ses réseaux territoriaux.
Au-delà des dynamiques militaires, Alaya Allani a mis en avant des facteurs structurels profonds, notamment les fractures ethniques, l’immensité du territoire malien et les rivalités autour des ressources naturelles stratégiques telles que l’or, l’uranium ou encore le pétrole. Ces éléments, selon lui, alimentent à la fois les tensions internes et les ingérences extérieures, dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues, notamment entre puissances occidentales et Russie.
Sur le plan régional, selon l’universitaire, la situation ne constitue pas une rupture immédiate pour le Maghreb, mais plutôt la poursuite d’une « guerre d’usure » caractérisée par des offensives ponctuelles et des replis stratégiques. Il a appelé néanmoins à une vigilance accrue face aux effets indirects possibles, notamment en matière de flux migratoires et de circulation de groupes extrémistes, même si la distance géographique et les dispositifs sécuritaires régionaux constituent des facteurs de limitation.
N.J










