Accusations virales, contenus sortis de leur contexte et attaques personnelles : la polémique autour de Lotfi Bouchnak connaît un prolongement judiciaire. Une enquête a été ouverte, à la suite d’une plainte déposée par son avocat Ahmed Ben Hassana, visant les auteurs d’une campagne de dénigrement déclenchée par la diffusion d’une ancienne chanson présentée, à tort, comme liée aux débats actuels sur la migration. C’est ce qu’a annoncé Me Ben Hassana dans un message publié mercredi 29 avril 2026 sur Facebook.
Selon les éléments communiqués, le dossier a été transmis à la sous-direction des affaires criminelles d’El Gorjani, en vue d’identifier les auteurs des contenus incriminés et de déterminer les responsabilités. La procédure s’inscrit dans le cadre du décret-loi 54 relatif aux infractions commises à travers les systèmes d’information.

Une procédure judiciaire enclenchée après plusieurs jours de polémique
Cette décision intervient après plusieurs jours de forte agitation en ligne, marqués par la diffusion massive de publications accusatoires visant l’artiste. La plainte introduite par Me Ben Hassana vise explicitement les initiateurs et relais de cette campagne, décrite comme portant atteinte à la réputation de Lotfi Bouchnak.
Dans ce contexte, le parquet a confié le dossier aux services spécialisés pour investigation.
Une « manipulation » dénoncée par la défense
Dès mardi 28 avril 2026, Me Ben Hassana avait annoncé dans les médias l’engagement de poursuites judiciaires, évoquant une affaire « grave » et dénonçant une campagne reposant sur des procédés de manipulation.
Selon lui, les contenus diffusés relèvent d’un processus consistant à extraire une œuvre de son contexte initial pour lui attribuer une signification différente. Il pointe notamment la republication d’une chanson de Lotfi Bouchnak datant de 2021, présentée à tort comme une prise de position actuelle sur la question migratoire.
L’avocat insiste sur le fait que cette œuvre s’inscrivait dans un cadre strictement humanitaire, en lien avec la Journée mondiale du réfugié, et qu’elle ne présente aucun lien avec les débats actuels en Tunisie.
Une œuvre de 2021 au cœur d’une controverse contemporaine
Au centre de la polémique figure une chanson produite en 2021 en collaboration avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Diffusée à l’époque dans le cadre d’une campagne de sensibilisation, elle visait à promouvoir les valeurs d’accueil et de solidarité.
Cinq ans plus tard, cette œuvre refait surface dans un contexte marqué par de fortes tensions autour de la question migratoire. Sa diffusion actuelle, accompagnée de commentaires accusatoires, a contribué à alimenter une controverse à forte charge politique et identitaire.
Selon la défense, certaines versions relayées en ligne auraient été modifiées ou montées de manière à induire le public en erreur.
Une polémique élargie aux organisations de droits humains
La séquence dépasse le seul cas de l’artiste. Plusieurs organisations, dont l’Institut arabe des droits de l’Homme, ont dénoncé une campagne de désinformation les visant également.
L’organisation a annoncé avoir documenté les publications en circulation et engagé des démarches en vue d’intenter une action en justice, estimant être la cible d’allégations diffamatoires fondées sur des contenus anciens remis en circulation.
Ces structures affirment que des contenus anciens ont été réactivés et instrumentalisés pour porter atteinte à leur image, dans un climat marqué par une forte polarisation du débat public.
Une riposte judiciaire inédite pour l’artiste
Selon Me Ben Hassana, Lotfi Bouchnak a décidé d’engager lui-même des poursuites judiciaires, parallèlement à l’initiative du Syndicat des professions musicales.
Il s’agirait d’une première pour l’artiste, qui n’avait jusque-là jamais eu recours à la justice pour répondre à des attaques publiques, privilégiant habituellement le silence.
Un débat sous tension amplifié par les réseaux sociaux
Cette affaire illustre le rôle central des réseaux sociaux dans la diffusion et la recontextualisation de contenus anciens, susceptibles d’alimenter des controverses contemporaines.
Elle met également en lumière la sensibilité du débat migratoire en Tunisie, où s’entremêlent enjeux politiques, questions identitaires et préoccupations sociales, dans un climat de plus en plus polarisé.
À ce stade, aucune prise de parole directe de Lotfi Bouchnak n’a été enregistrée. La procédure judiciaire engagée devrait désormais permettre d’identifier les auteurs des contenus incriminés et d’établir les responsabilités dans cette affaire.
I.N.










