Par Ridha Zahrouni
Le patriotisme, c’est aimer son pays. Le nationalisme, c’est détester celui des autres (1).
Il est essentiel de commencer par définir certains concepts inhérents à l’éducation civique. Gustave Le Bon (2) a défini le patriotisme comme « la plus puissante manifestation de l’âme d’une race. Il représente un instinct de conservation collectif qui, en cas de péril national, se substitue immédiatement à l’instinct de conservation individuelle ». Cette définition nous oblige à convenir d’une vision de la Patrie qui dépasse les simples statistiques territoriales ou sur une population pour s’étendre aux dimensions culturelles, historiques et affectives. La patrie repose avant tout sur des personnes liées entre elles par le cœur, l’affection, une conscience collective et la volonté de vivre dignement. Fustel de Coulanges (3) affirmait que » le véritable patriotisme n’est pas l’amour du sol, mais l’amour du passé« .
Le patriotisme traduit ainsi des sentiments d’appartenance, de fierté et de solidarité, relayés à travers le temps par les générations successives. Il constitue une sorte de dette — sous forme de reconnaissance et d’une obligation d’honnêteté — que les jeunes doivent honorer envers leurs aînés. Il couve également un sentiment de solidarité élargie entre des individus partageant une même langue, une même culture et une histoire commune ; des citoyens qui partagent des intérêts communs et la même volonté de progresser vers une vie meilleure.
Riche ou pauvre, puissant ou faible, tout citoyen oisif est un fripon (4).
Le sentiment du patriotisme est intimement lié au sens et aux dimensions de la citoyenneté, tant en termes de droits que de devoirs, aux échelles : individuelle, familiale et collective. Il intègre également la valeur morale du travail, et c’est important de le signaler, source de richesse pour l’individu comme pour la société. Ces droits et devoirs, en interaction avec des pratiques civiques appropriées, ouvrent la voie à une participation réelle et significative du citoyen à la vie publique et politique, qu’elle soit nationale, régionale ou locale. Ils doivent garantir à chacun une vie digne, honorable et paisible, tout en exigeant la matérialisation des droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux.
Nous devons tous veiller à ce que le champ d’application des droits de chaque citoyen soit clairement identifié. Cela permet d’éviter les revendications abusives, mais aussi de s’assurer que nul — pas même l’autorité légale — ne puisse les lui soustraire. Quant aux devoirs, le citoyen ne doit pas les percevoir comme contrainte ou extorsion, mais comme un investissement pour son propre bien-être et celui de de ses proches et de sa patrie. « Les droits de chaque individu sont amoindris si ceux d’un seul homme sont menacés ». (5)
La liberté sans le civisme, la liberté sans la capacité de vivre en paix, n’est absolument pas la vraie liberté (6)
Il nous oblige à admettre que la vie en communauté doit être régie par des règles visant à préserver l’intérêt général et le bien commun. Le civisme est indispensable pour manifester tout sentiment de patriotisme et tout acte de citoyenneté ; il est l’expression concrète de la responsabilité et de l’altruisme dans tous les domaines.
Tous les jeunes et moins jeunes, doivent se réconcilier avec ces valeurs. Elles devraient être transmises dès la tendre enfance, d’abord au sein de la famille, puis par l’école. C’est loin d’être une simple question de coefficient d’une matière comme l’a évoqué un jour un ministre, alors que son système est maintenu depuis des décennies, sous « respiration artificielle » par le biais des cours particuliers.
En tant qu’adultes, nous devons faire notre propre autocritique afin d’évaluer le degré de notre assimilation de ces valeurs. L’objectif est de recadrer ou de renforcer nos engagements envers la communauté. Dans ce cadre, les sociologues, les intellectuels et les décideurs ont un rôle majeur à jouer. Par leurs réflexions philosophiques et leurs politiques éducatives, ils doivent aider la société à intégrer le vrai sens du patriotisme, notamment lors de la célébration des fêtes nationales ou de la participation à diverses manifestations internationales. Accomplir son service national ou s’engager dans un mouvement de jeunesse, comme le scoutisme, sont également des actes qui renforcent le sentiment d’appartenance à la patrie et forgent des citoyens engagés, ouverts et constructifs.
Enfin, les médias, le cinéma, le théâtre et toutes les formes d’expression artistique doivent jouer un rôle effectif dans la stimulation de ces sentiments. Ces supports de communication sont des leviers puissants pour l’éducation et la sensibilisation des citoyens.
La question à mille balles est de savoir si dans notre société actuelle, dominée par, l’incompétence, la manipulation, l’immédiateté et l’individualisme numérique, il serait encore possible de recréer une « conscience collective » de manière durable ?
(1).Charles De Gaulle : général français décédé le 9 Novembre 1981, Président de la V -ème République entre 1959 et 1969 Jean-
(2)Gustave Le Bon, né en 1841et décédé en 1931, est un auteur polygraphe, médecin, anthropologue, psychologue social et sociologue français.
(3)Numa Denis Fustel de Coulanges, 1830 à Paris et mort en 1889 à Massy, est un historien français.
(4)Jacques Rousseau : né en Suisse en 1712 et décédé en France en 1778, est un écrivain, philosophe et musicien.
(5)John Fitzgerald Kennedy :35 -ème président des Etats Unis d’Amérique assassiné le 22 Novembre 1963.
(6)Nelson Mandela né 1918, décédé 2013, président de l’Arique du sude entre 1994 et 1999.
BIO EXPRESS
Ridha Zahrouni – Président de l’Association tunisienne des parents et des élèves
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.










