Révélée dès novembre 2025 par Business News, l’affaire Zenith Energy a progressivement basculé d’un différend pétrolier en un dossier explosif à près de 640 millions de dollars. Au cœur de cette dérive, une correspondance officielle datée du 14 avril 2026, qui aurait profondément affaibli la position de l’État tunisien. Deux semaines plus tard, la ministre de l’Industrie est limogée à l’aube, sans explication. Entre faits établis, analyses économiques et investigations indépendantes, retour sur une séquence où droit, énergie et pouvoir s’entremêlent.
Il arrive que les grandes affaires d’État ne naissent pas d’un scandale spectaculaire, mais d’une suite d’événements discrets, techniques, presque invisibles, dont l’enchaînement finit par produire une onde de choc. L’affaire Zenith Energy appartient à cette catégorie. Elle ne s’impose pas d’emblée par son évidence, mais par sa progression, lente et implacable, jusqu’au point de rupture.
Ce point de rupture, aujourd’hui, tient en une date : le 14 avril 2026.
Mais pour comprendre ce qui s’est joué ce jour-là, il faut remonter plusieurs mois en arrière, à une information passée presque inaperçue au moment de sa publication.
Quand tout commence par une accusation
Le 27 novembre 2025, Business News révèle que la société Zenith Energy accuse les autorités tunisiennes d’avoir transféré et vendu, sans son autorisation, plusieurs milliers de barils de pétrole issus de ses concessions. L’affaire, à ce stade, reste circonscrite à un litige commercial durci, opposant une entreprise à un État sur la gestion d’actifs énergétiques.
Selon la société, une cargaison de 3.987 barils aurait été déplacée vers les installations de Maretap puis commercialisée, sans qu’aucune compensation ne lui soit versée. Dans le même temps, Zenith affirme se heurter, depuis 2022, à un blocage persistant de la commercialisation de sa production, l’empêchant de générer des revenus à partir de ses propres actifs.
Ces accusations, si elles sont avérées, posent une question simple et redoutable : celle de la propriété effective du pétrole extrait en Tunisie. Mais à ce stade, le débat reste technique, presque confidentiel, et se joue encore loin des regards.
Des concessions au cœur du conflit
Le différend porte sur plusieurs concessions pétrolières, réparties entre le sud et le sud-est du pays : Robbana, El Bibane, Sidi El Kilani et Ezzaouia. Zenith Energy affirme en détenir les droits à travers un enchevêtrement de sociétés acquises au fil des années, tandis que l’État tunisien conteste la validité de certaines de ces opérations et invoque sa souveraineté réglementaire.
Ce désaccord, classique en apparence dans le secteur des hydrocarbures, prend rapidement une tournure plus conflictuelle. À mesure que les tensions s’accumulent (blocage des ventes, différends sur l’exploitation, contestations juridiques) le dossier quitte le terrain administratif pour entrer dans celui, autrement plus risqué, de l’arbitrage international.
Une autre lecture du dossier : la ligne de défense tunisienne
Mais l’affaire ne peut être lue uniquement à travers le récit de Zenith Energy. C’est aussi ce qui rend ce dossier si complexe. Car, du côté tunisien, une autre lecture existe : celle d’un opérateur arrivé par des montages de rachat de sociétés détentrices de droits, dont la solidité technique et financière aurait suscité des réserves. L’État tunisien aurait, selon cette ligne de défense, exigé des garanties bancaires et financières avant de valider pleinement certaines opérations. Leur absence aurait nourri le blocage, puis l’escalade judiciaire. Cette version, qui mérite d’être documentée, ne permet pas d’effacer la question de la correspondance du 14 avril, mais elle oblige à poser une autre question : l’État tunisien a-t-il voulu défendre sa souveraineté énergétique, ou s’est-il juridiquement piégé en le faisant trop tard, trop mal, et sans stratégie cohérente ?
L’escalade judiciaire
Zenith Energy engage alors plusieurs procédures, dont la plus décisive devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), à Washington.
Zenith reconnaît elle-même l’existence de plusieurs procédures : ICC-1, remportée contre l’ETAP pour 9,7 millions de dollars plus intérêts, ICC-2 autour de Sidi El Kilani, et le dossier CIRDI contre la Tunisie.
On note que la Tunisie a obtenu une victoire dans l’affaire ICC-2 en juillet 2025, distincte du dossier CIRDI ; Zenith a contesté cette issue et a engagé une procédure en Suisse.
Dans ce type de contentieux, les montants réclamés ne reflètent pas seulement les pertes subies, mais aussi les perspectives de gains futurs, ce qui explique leur évolution rapide.
En l’espace de trois ans, les prétentions financières passent de quelques dizaines de millions de dollars à plus de 500 millions, pour atteindre, en avril 2026, près de 640 millions. À ce niveau, le dossier change de nature : il ne s’agit plus d’un différend sectoriel, mais d’un risque macroéconomique pour l’État tunisien.
Et pourtant, malgré cette montée en puissance, l’affaire reste encore contenue dans le champ juridique, suspendue à une question centrale : la reconnaissance ou non des droits de l’investisseur.

Le basculement du 14 avril
C’est dans ce contexte que survient la correspondance du 14 avril 2026 transmise par l’État tunisien et révélée publiquement par Zenith.
Dans ce document, les autorités tunisiennes reconnaissent la propriété de Zenith Energy sur certaines concessions, dont Robbana et El Bibane, ainsi que sur des volumes de pétrole extraits et stockés.
Pour le dire simplement, les autorités tunisiennes reconnaissent par écrit que ces concessions et ce pétrole appartiennent à Zenith… alors même qu’elles ont empêché l’entreprise d’en disposer et qu’une partie a été vendue sans son accord.
Autrement dit, l’État valide lui-même, noir sur blanc, l’argument central de la société : celui d’une appropriation de ses actifs. L’information qui nous manque est l’identité de la personne qui a envoyé cette correspondance et tout porte à croire que c’est la ministre limogée Fatma Thabet Chiboub.
Une analyse qui éclaire les enjeux
C’est précisément ce que met en lumière Moktar Lamari (titulaire d’un doctorat en économie (Ph. D) et professeur universitaire à l’Université du Québec au Canada) dans ses contributions dans le groupe Facebook fermé E4T (Economics for Tunisia). Sans se prononcer sur l’intention des autorités, M. Lamari souligne les conséquences possibles d’un tel document dans le cadre d’un arbitrage.
En validant la propriété des actifs, l’État fragilise sa capacité à contester la légitimité de l’investissement et renforce, de facto, la position de la partie adverse. Dans un contentieux de cette nature, où chaque élément de preuve peut faire basculer l’équilibre, une telle reconnaissance pèse lourd.
Zenith Energy : une structure et un dirigeant qui interrogent
Reste une zone d’ombre majeure : la nature exacte de Zenith Energy et le profil de son dirigeant, Andrea Cattaneo. La société est cotée et ne peut donc être présentée comme une entreprise unipersonnelle. Mais son actionnariat apparaît très dispersé, avec un dirigeant qui demeure le principal actionnaire identifié (8,72% du capital), sans contrôler à lui seul le capital. Luca Benedetto, CFO, détiendrait environ 2,5%. Les six premiers actionnaires connus totalisent environ 15,83%, ce qui suggère un flottant très important.
Cette structure, ajoutée à la multiplication des procédures et des communiqués financiers, mérite d’être interrogée. Dans un dossier aussi sensible, la question n’est pas seulement de savoir si l’État tunisien a commis une faute ; elle est aussi de savoir avec quel type d’acteur il s’est retrouvé engagé, et pourquoi ses mécanismes de contrôle n’ont pas permis de trancher le problème avant qu’il ne devienne un arbitrage à plusieurs centaines de millions de dollars.
Une séquence aux allures de rupture
À partir de ce moment, les événements s’accélèrent.
Le 9 avril 2026, quelques jours avant cette correspondance, un acteur inattendu fait son entrée dans le dossier : Charles Michel. Ancien Premier ministre belge, puis président du Conseil européen entre 2019 et 2024, il a été l’un des principaux interlocuteurs de la Tunisie au sein de l’Union européenne, notamment lors des négociations du partenariat stratégique conclu en 2023. Son arrivée au sein de l’équipe juridique de Zenith Energy ne relève donc pas du simple renfort technique : elle donne au dossier une dimension politique et diplomatique nouvelle, en introduisant dans la procédure un homme qui connaît à la fois les rouages européens et les circuits de décision tunisiens.
Le 20 avril, les audiences finales s’ouvrent à Washington devant le CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), une instance de la Banque mondiale chargée d’arbitrer les litiges entre États et investisseurs étrangers, marquant l’entrée du dossier dans sa phase décisive.
Puis, dans la nuit du 27 au 28 avril, à 4h39 du matin, la présidence de la République annonce le limogeage de la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie. Aucun motif n’est avancé.
Isolés, ces événements pourraient relever du hasard ou de la routine institutionnelle. Mis bout à bout, ils dessinent une séquence qui interpelle.
Entre coïncidence et interprétation
C’est précisément cette chronologie que dissèque la plateforme d’investigation Ba7ath, fondée par notre confrère Moez Elbey. À partir d’une analyse en sources ouvertes, la plateforme évoque une succession d’événements « troublante » et s’interroge sur un possible lien entre la correspondance du 14 avril et le limogeage de la ministre.
Dans un second texte, M. Elbey avance l’hypothèse d’une erreur administrative majeure, susceptible d’avoir été perçue comme une faute grave au sommet de l’État, justifiant une sanction politique immédiate.
Il convient de le rappeler : ces éléments relèvent d’une interprétation fondée sur des indices et une chronologie, et non d’une preuve formelle. Mais ils posent une question que le silence officiel ne permet pas, pour l’instant, d’écarter.
Une affaire qui dépasse le droit
Au fond, la question n’est plus seulement de savoir si la Tunisie perdra ou non son arbitrage. Elle est ailleurs.
Comment un différend technique, né autour de quelques milliers de barils de pétrole, a-t-il pu dériver en un contentieux à 640 millions de dollars… puis déboucher, en quelques jours, sur une décision administrative fragilisant la défense de l’État et un limogeage annoncé à l’aube, sans explication ?
Tant que cette séquence ne sera pas clarifiée, une certitude s’impose : l’affaire Zenith Energy n’est plus un simple litige. C’est désormais un révélateur brutal des failles de gouvernance au sommet de l’État.
Un élément pèse cependant sur la lecture de ce dossier : le silence des autorités tunisiennes. Depuis le début du conflit, la communication publique est dominée par Zenith Energy, à travers communiqués et annonces répétées. En face, l’État ne s’est pas exprimé, ni sur le fond du litige, ni sur les décisions prises, ni sur le procès remporté ou le procès perdu. Même le limogeage spectaculaire de la ministre n’a été accompagné d’aucune explication. Pour les médias, cette absence de version officielle crée un déséquilibre évident : faute d’accès à une parole publique, le débat se construit à partir d’une seule source, celle de la partie adverse.
Nizar Bahloul
Pour aller plus loin :











16 commentaires
Salah tataouine
allez pour clore ce debat …. « city et wall street regles « ..la finance
la Ratatouille du Désert (Recette Indigeste à Mijoter)
Ingrédients (pour une tablée d’experts contrariés) :
1 single print géant de lundi (bien faisandé).
3 equal lows de l’ES (pour le piquant).
200 points d’écart NQ/ES (pour le liant).
1 ATH à 7300 (juste pour frimer).
Quelques piques de Ghalibaf (pour le fond géopolitique).
La ZAR/SAZ entière (pour le ronflement).
Préparation (à faire mijoter tout le week-end) :
Décortiquez le ……… Faites revenir la City et Wall Street dans la poêle du désert, jusqu’à ce que le « treaty shopping » transpire un peu honte.
Incorporez le « crack » du Texan. Ce « zéro » de la séance, vous le montez en neige. Le …….. ne pourra pas s’en remettre.
Ajoutez l’épice ZAR. La zone Alan ronflage, c’est le secret qui rend le plat inoubliable.
Saupoudrez de « petites mains ». Servez chaud à tous ceux qui, cette année encore, vous ont parlé de règles.
Dégustation : Se déguste froid, avec un thé à la menthe, en regardant le prochain communiqué de la BCT sur la « résilience ».
la City et Wall Street nous jouent la musique du « treaty shopping » et des sentences CIRDI. Zenith, c’est le « crack » parfait pour un Texan ironique : un aller-retour montée-descente qui termine à zéro. Pendant que les « petites mains » paniquent, les vrais trappeurs, ceux qui ont appris la patience dans le sable, savent que la seule sentence qui vaille est celle du follow through. Ce n’est pas le droit qui nous sauvera, c’est la discipline du désert, celle qui lit la structure quand les manuels sont obsolètes.
Citoyen_H
CE FUT TOUJOURS AINSI
Dès qu’il y a un conflit entre un pays membre du club très restreint des Atlantistes VS un pays du tiers ou du quart monde, jugé par des Atlantistes, le temps nous a appris à connaitre à l’avance, qui sera le perdant !
Inutile d’écrire une encyclopédie pour étayer du vent.
C’est le même schéma que celui des affaires ayant été traitées par la CPI.
zaghouan2040
Lire attentivement SVP les deux commentaires de #Rationnel
Purs chefs d’oeuvre en termes de qualité d’information
Tunisie destination privilégiée du Treaty shopping : les Tunisiens persuadés d’être de dignes rejetons de leur mère Alyssa qui a arnaqué avec une ficelle un bougre autochtone ,ont joué aux plus malins – au moins concernant Zenith Energy –
Pauvres créatures défavorisées par la nature : ils se sont fait entuber au détriment du contribuable et des générations futures
Je suis certain que les plus hauts « responsables » n’ont toujours pas compris
Rationnel
@Salah et @Zaghouan2040
L’affaire Zenith est une farce. Mais ce n’est pas une farce ordinaire, c’est la farce d’un système conçu pour fonctionner exactement ainsi. Récapitulons les faits. Une société canadienne, dont le Canada n’a aucun traité CIRDI et ne reconnait pas cet organisme, crée des filiales britanniques pour invoquer un traité bilatéral de 1989 qui, en 35 ans, ce traité n’a généré aucun investissement britannique significatif en Tunisie. Le Royaume-Uni est absent du top 10 des investisseurs étrangers dans le pays. Le traité n’a servi qu’à une chose concrète : fournir un véhicule juridique pour réclamer 640 millions de dollars devant un tribunal à Washington. C’est du treaty shopping érigé en système, et le CIRDI l’a validé sans ciller.
Shell fait de même sur les concessions Miskar et Hasdrubal. La BFT a mobilisé l’appareil juridique tunisien pendant quatre décennies pour une réclamation de 37 milliards de dinars réduite à 1,1 million, avec 250 millions de dinars d’honoraires d’avocats étrangers payés en devises en chemin. Même quand la Tunisie gagne, elle perd. Ce n’est pas de la justice. C’est de l’extraction.
Le cas vénézuélien illustre jusqu’où peut mener cette logique, et révèle la nature profonde du système. En janvier 2019, l’administration Trump reconnaît Juan Guaidó comme président du Venezuela avant même qu’il ne contrôle un seul ministère, une seule caserne, un seul mètre carré de territoire. C’est sans précédent dans l’histoire diplomatique américaine. Le coup échoue : Maduro reste en place, Guaidó disparaît de la scène. Mais comme le documente Anya Parampil dans Corporate Coup, l’échec politique masque un succès financier remarquable : la reconnaissance de Guaidó a suffi à déclencher une cascade de procédures juridiques permettant la saisie de CITGO, le fleuron pétrolier vénézuélien aux États-Unis, au profit de créanciers et de sociétés transnationales liées au régime fantoche et controle par Paul Singer, le premier supporter de Trump avec des dons de 25 millions a Trump et aux Républicains. Le coup d’État a raté. Le pillage des actifs, lui, a réussi. Le pillage rapporte plusieurs milliards a Paul Singer, il obtiens les actifs de CITGO d’une valuer de $13 billions pour 5.9 billions.
Ce que révèle Corporate Coup, c’est que le CIRDI et les mécanismes ISDS ne sont pas neutres. Ils s’inscrivent dans un écosystème où droit international, politique étrangère américaine et intérêts corporatifs se confondent. Les arbitres sont des avocats d’affaires internationaux qui naviguent entre cabinets privés et panels d’arbitrage. Les règles de procédure sont opaques. Il n’existe aucun mécanisme d’appel réel. Et les États du Sud paient, qu’ils gagnent ou qu’ils perdent.
La Tunisie n’est pas le Venezuela. Mais la mécanique est la même, la logique d’extraction, elle, est identique : utiliser des filiales juridiques, des traités signés sous d’autres gouvernements, et des tribunaux privés hors de toute souveraineté nationale pour contraindre un État à payer, ou à céder.
La Tunisie représente moins de 0,1 % du stock total des IDE entrants au Royaume-Uni. Le traité de 1989 n’a pas créé de partenariat économique. Il a créé une asymétrie juridique que des sociétés — canadienne pour Zenith, néerlandaise pour Shell en partie — exploitent via des coquilles britanniques interposées. Akin Gump Strauss Hauer & Feld LLP
La Colombie de Petro l’a compris : ces traités ne protègent pas l’investissement productif, ils protègent la rente et le contentieux. Les études académiques le confirment — ce qui attire les capitaux, c’est la stabilité, le capital humain, la géographie. Pas les clauses ISDS.
Quitter le CIRDI. Renégocier les traités bilatéraux pour en exclure les hydrocarbures et les mécanismes d’arbitrage privé. Et consacrer les ressources libérées à lever les obstacles qui paralysent l’investisseur tunisien dans le solaire, le numérique et l’agroalimentaire. Le vrai investissement dont la Tunisie a besoin ne viendra pas de Londres via une filiale de Nassau. Il viendra de Sfax, de Sousse, de Tunis, si on arrête de le punir administrativement pendant qu’on déroule le tapis rouge aux prédateurs juridiques.
BFT : 40 ans, 250 millions de dinars d’avocats, pour finir à 1,1 million de condamnation. Zenith : société canadienne, filiales britanniques, 640 millions réclamés à Washington. Shell : les concessions expirent, le contentieux commence.
Le CIRDI n’est pas un arbitre. C’est un guichet.
jamel.tazarki
@Rationnel:
Nietzsche écrivait: « Danser malgré / avec les chaînes »,
1) La transformation : Au lieu de voir les « chaînes » (les lois, le destin, la souffrance, les injustices) comme un poids qui nous ralentit, il propose de les transformer en une discipline qui donne de la grâce à notre vie!
2) L’affirmation de la vie : C’est le passage de la résignation à la création.
3) L’Amor Fati : C’est lié à son concept du « oui » à la vie. Il ne s’agit pas de subir ses chaînes avec résignation, mais de les intégrer dans ses calculs!
4) L’acceptation du tragique : Danser, c’est aussi savoir rester léger même face à l’absurdité du monde ou à la souffrance. C’est l’incarnation de l’Amor Fati (l’amour du destin).
–>
En résumé :
1) ce n’est pas une danse dans le sens propre, c’est une métaphore nietzschéenne
2) Ce n’est pas une danse de résistance désespérée, c’est une danse de maîtrise. C’est le moment où la difficulté devient si bien intégrée qu’elle finit par être maîtrisable.
–>
Je reviens à votre commentaire, il faudrait savoir bien intégrer tous les points que vous venez de citer ci-dessus, afin de maximiser ses profits et minimiser ses pertes. Il faudrait savoir danser malgré les chaînes qui nous sont imposées.
–>
Celui qui voudrait s’installer au palais de Carthage devrait savoir danser, malgré les chaînes qui lui sont imposées, à l’échelle nationale et internationale, afin de garantir un avenir meilleur à la Tunisie et à tous les Tunisiens. Sinon, il devrait partir et laisser la place à ceux qui seront capables de le faire ! Se plaindre de l’injustice du système socio-économique international ne ferait pas nourrir et soigner les Tunisiens ! Le monde est comme il est, et le restera éternellement ! Il faut savoir survivre et bien vivre, malgré les chaînes…
Très cordialement,
Salah tataouine
Docteur Jamal
Vous avez raison sur un point : la forme est aussi importante que le fond. Alors utilisons la forme à notre avantage. La Tunisie a par inadvertance validé un argument de Zenith. Soit. Mais cette erreur est désormais écrite. Transformons-la en preuve de notre bonne foi, en honorant la signature de l’État, non pas comme une faiblesse, mais comme un acte de souveraineté assumée.
Une fois cette posture honorée, le débat est relancé. Il ne portera plus sur la reconnaissance de la dette, mais sur l’évaluation de son montant et sur la légitimité de l’investisseur lui-même.
on me dit dans le desert=l’incarnation, l’attachement charnel à la terre, l’impossibilité de raisonner froidement sur le pays parce qu’on en fait partie. C’est la différence entre un chirurgien qui opère un corps étranger et un fils qui soigne sa propre mère….rajoutons ce grain de sel= » »le lien à la mère patrie. » » »
jamel.tazarki
@Salah, merci pour votre Feedback,
certains de nos politiciens naïfs ont fait probablement exactement ce que Zenith espérait / s’attendait d’eux de faire: le blocage durant des années de la production pétrolière de Zenith en Tunisie par la Tunisie. Pourquoi? Oui, pour maximiser la facture des dommages et intérêt! Zenith tire probablement le même profit, en profitant des fautes de certains de nos politiciens, et ceci en toute légalité ! Et c’est même légitime ! –> C.à.d. la faute n’est pas à Zenith, mais plutôt aux faux calculs de nos responsables !
–>
– Un avocat intelligent aurait payé la facture de quelques millions de dollars en 2022 sous réserve de justice! Je m’explique : effectuer un paiement sous « réserve de justice » signifie que la Tunisie aurait pu payer les dommages et intérêts, de quelques millions de dollars, initialement exigés en 2022, en respectant les conditions du contrat, tout en signalant juridiquement qu’elle n’est pas d’accord avec l’obligation de paiement.
–>
Voici les points clés de cette procédure :
– Pas de reconnaissance de dette : Contrairement à un paiement classique, le paiement sous réserve indique que la Tunisie ne reconnait pas la validité de sa créance.
– Préservation des droits : Cela permet de contester la facture devant un tribunal sans que le paiement ne soit interprété comme une acceptation tacite.
– Formalisme : Il est indispensable de signaler ce statut, généralement par écrit (lettre accompagnant le paiement, mention sur le chèque ou le virement) pour que la réserve soit valable.
–>
Pourquoi un paiement sous « réserve de justice »? Réponse: Cela permet souvent d’éviter des intérêts de retard tout en conservant la possibilité d’obtenir le remboursement si le litige est résolu en faveur de la Tunisie! Par contre se faire justice à soi-même (justice privée) est généralement interdit et même absurde dans le cas traité dans l’article ci-dessus. Je cite l’article ci-dessus: « Dans le même temps, Zenith affirme se heurter, depuis 2022, à un blocage persistant de la commercialisation de sa production, l’empêchant de générer des revenus à partir de ses propres actifs. »
Par contre, la ministre de l’Industrie n’est pas responsable de ce desastre dont le seul responsable est celui qui voudrait corriger la planète terre à sa manière!
Très cordialement
PS: J’étais plusieurs fois à Tataouine. J’ai soif de retourner au pays, mais pas pour vivre sous une dictature. Ça me fait penser à l’Odyssée d’Homère, le retour d’Ulysse à Ithaque après 20 ans d’absence est effectivement une nécessité profonde, mêlant un besoin intime et une obligation existentielle de retrouver sa terre natale. Ce retour, appelé Nostos en grec ancien, est le fil conducteur de toute l’épopée.
–> mon Village natal, Tazarka, est le centre de mon existence!
Salah tataouine
Docteur Tazarki,
Merci pour votre retour détaillé et votre franchise. Votre analyse sur le paiement sous réserve de justice est très éclairante.
Plutôt que d’ajouter de longs arguments, je me permets de vous renvoyer à une réponse que je vous avais faite le 12 avril dernier. Elle date, mais je crois qu’elle répond déjà, à sa manière, à plusieurs points que vous soulevez aujourd’hui
((((((Salah tataouine
Répondre
12 avril 2026 | 15h01
Docteur,
Vous parlez d’évaluation formative, de Hattie, de correction sans note. Moi, j’ai vécu l’autre modèle – celui qui note, classe et exclut.
Baccalauréat : zéro en philo (une longue histoire). Moyenne annuelle 4,5 coefficient 4. Et au programme cette année-là, « Le Barrage » de votre illustre aîné Mahmoud Messadi, natif de Tazarka. Je l’ai lu, ce barrage. Il m’a marqué. Mais il n’a pas arrêté la note.
Deuxième essai ailleurs : 162/200 – 16/20, une belle note. Échec quand même. Pourquoi ? Parce qu’une note éliminatoire sous 7 en « aroudh » – la prosodie arabe apprise à 13 ans – a tout fait capoter. Un vieux 6 sur 20 venu du collège a rattrapé mon 16.
Alors, docteur, je vous taquine : vous, mathématicien de Tazarka, vous prônez l’évaluation formative. Mais c’est l’évaluation sommative qui m’a envoyé dans le désert. Et c’est là que j’ai appris l’essentiel. Sans bac. Mais avec un plan. Et un professeur d’anglais exceptionnel, Hassine Ben Azzouna, qui, lui, corrigeait sans noter.
Dites à Tazarka que son barrage, je ne l’ai pas oublié. Et que le « sans bac » du désert salue respectueusement le mathématicien qui sait que la note ne fait pas l’homme.))))))))
Vous y verrez que, moi aussi, je connais le poids des notes, des classements et des décisions absurdes. Et que, malgré tout, j’ai trouvé mon chemin depuis le désert.
Dites à Tazarka que son barrage, je ne l’ai pas oublié. Et que le « sans bac » du désert salue respectueusement le mathématicien qui sait que la note ne fait pas l’homme.
Cordialement,
Salah Tataouine
Trappeur sans Bac, Docteur Honoris Causa de la Caravane du Désert.
jamel.tazarki
Introduction: Bien sûr que je défends la position de la Tunisie. Par contre, il faudrait être rationnel et raisonnable (logique), afin d’éviter que la facture finale ne soit pas multipliée par dix, à la suite de la valeur cumulative des dommages et intérêts à travers les années. Personnellement, j’aurais payé les quelques millions en 2022, et respecté les contrats, afin d’éviter l’actuelle situation. Elle est trop destructrice pour la Tunisie, en tant que partenaire à l’échelle internationale ! Et dire que la Tunisie est dirigée par des juristes!!!
A) Ce que l’on lit sur le Web:
Le non-respect des contrats et des engagements est une mentalité ancrée chez beaucoup de Tunisiens. C’est pour cette raison que l’économie tunisienne ne fonctionne pas ! Même le président de la République refuse de donner à la Tunisie une Cour constitutionnelle, alors qu’il l’a lui-même inscrite dans la Constitution qu’il a rédigée en solo! La Constitution est aussi un contrat social que l’on ne respecte pas en Tunisie !
– Le paradoxe institutionnel : Bien que la Constitution de 2022 prévoie cette Cour, son absence laisse le pouvoir exécutif sans contre-pouvoir juridique. Pour un investisseur étranger, cela signifie qu’il n’y a pas d’arbitre indépendant au niveau national pour contester une décision de l’État.
– La hiérarchie des normes : Si la Loi fondamentale n’est pas pleinement appliquée (comme pour la mise en place des institutions), cela crée un précédent qui inquiète les partenaires étrangers. Ils craignent que les traités bilatéraux d’investissement ne subissent le même sort que les articles de la Constitution.
– Le coût de l’instabilité : Le passage de la contestation du droit interne au droit international (via le CIRDI) coûte extrêmement cher. Au lieu de régler les litiges via des institutions tunisiennes crédibles, l’État s’expose à des sanctions financières internationales massives qui pèsent sur une économie déjà fragile.
– Cette situation crée un cercle vicieux : l’instabilité institutionnelle fait fuir les investisseurs, ce qui aggrave la crise économique, laquelle renforce parfois la concentration du pouvoir.
– La réforme de la justice en Tunisie est une urgence. En revanche, la liberté de la presse, et par extension celle de l’ensemble des médias, est constitutive de la démocratie. À mon avis, les médias sont le premier pouvoir dans une démocratie, avant même les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Nous assistons à un changement de paradigme à l’echelle internationale. Alors qu’en Tunisie les médias sont neutralisés.
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L’idée que les médias soient devenus le premier pouvoir reflète une réalité moderne où l’opinion publique, alimentée par l’information, est le moteur qui légitime ou sanctionne tous les autres pouvoirs. Sans une presse libre pour enquêter, exposer la corruption ou questionner les décisions de l’exécutif, les pouvoirs législatif et judiciaire perdent leur boussole citoyenne. En Tunisie, ce changement de paradigme se manifeste par plusieurs signaux critiques :
– Le cadre répressif : L’utilisation fréquente du Décret 54 (visant officiellement la cybercriminalité) est perçue par les organisations internationales comme un outil de musellement. De nombreux journalistes et chroniqueurs ont été poursuivis ou emprisonnés pour des opinions exprimées dans les médias.
– L’autocensure : La pression judiciaire et les menaces de poursuites pour « atteinte à la sûreté de l’État » créent un climat de peur. Plusieurs médias, autrefois vibrants après 2011, adoptent aujourd’hui une ligne éditoriale prudente, voire neutre, évitant les sujets qui fâchent.
– L’asphyxie financière : Entre la baisse des revenus publicitaires et les pressions sur les propriétaires de médias, l’indépendance économique de la presse est menacée, ce qui facilite sa mise sous tutelle indirecte.
– Une presse libre n’a de sens que si elle est protégée par des juges indépendants. Si la justice est elle-même sous pression, elle devient l’instrument qui valide la neutralisation des médias au lieu de les protéger.
– Ce cercle vicieux — où la justice ne protège plus la presse et où la presse ne peut plus dénoncer les dérives de la justice — semble être le cœur de la crise démocratique tunisienne.
B) La Tunisie est de nouveau programmée afin de passer d’une dictature à une autre.
– Les Tunisiens réclament les libertés, sans réclamer les garanties constitutionnelles afin de les protéger, par ignorance de ce que c’est un État de droit! Il est temps d’intégrer l’éducation à la démocratie dans nos écoles primaires, secondaires et professionnelles, à l’instar de ce qui se fait en Allemagne, en France, en Suède et ailleurs:
– Sans une culture profonde de l’État de droit — où le citoyen comprend que la Constitution n’est pas qu’un bout de papier, mais un bouclier contre l’arbitraire — la Tunisie risque de rester enfermée dans un mouvement pendulaire entre différentes formes d’autoritarisme. Réclamer la liberté sans les garanties constitutionnelles c’est bâtir un édifice sans fondations : Une justice indépendante, une Cour constitutionnelle réelle, un CSM élu, la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse et, par extension, celle de l’ensemble des médias, une loi électorale législative et présidentielle équitable et intelligente, etc.
–>
C’est là le défi majeur de la Tunisie des années à venir : passer d’une culture de la protestation à une culture de l’institutionnalisation.
–>
Même une dictature, si elle est notre destinée, pourrait être une démocratie !
jamel.tazarki
2ème partie, suite:
C) Le litige entre Zenith Energy et la Tunisie a des conséquences directes sur la santé financière de l’entreprise et envoie un signal d’alarme à l’ensemble du secteur énergétique tunisien.
c1. Impact sur les actions et les finances de Zenith Energy
c1.1) Volatilité boursière : Le cours de l’action réagit fortement aux rebondissements judiciaires. Par exemple, l’action a bondi de 25 % en mars 2026 lorsque la Tunisie a manqué une échéance clé dans une procédure d’arbitrage de 130 millions de dollars. À l’inverse, l’action a chuté de 4,6 % fin 2025 suite à une baisse des bénéfices liée à l’explosion des frais de justice.
c1.2) Coûts juridiques massifs : Les dépenses administratives de Zenith ont explosé, passant de 277 000 CAD à 7,6 millions CAD en un an, dont près de la moitié est directement consacrée aux frais d’arbitrage.
c1.3) Paralysie opérationnelle : En raison du blocage sur des sites comme Robbana, Zenith n’a plus de production active en Tunisie, ce qui pèse lourdement sur ses revenus locaux.
c1.4) Renforcement stratégique : Pour peser dans les négociations, Zenith a recruté des figures de poids comme Charles Michel (ex-président du Conseil européen) pour renforcer son équipe de défense avant les audiences finales d’avril 2026.
c2 Impact sur les autres compagnies pétrolières en Tunisie
c2.1) Dégradation du climat d’investissement : Cette affaire est perçue par le monde des affaires comme un signal négatif pour l’investissement étranger en Tunisie. Des observateurs qualifient la situation de « gifle » pour les relations économiques internationales.
c2.2) Risque de jurisprudence : Si Zenith obtient gain de cause pour les 572 millions de dollars réclamés au CIRDI, cela pourrait inciter d’autres compagnies subissant des blocages administratifs ou des retards de paiement de l’ETAP à lancer des procédures similaires.
c2.3) Déclin de la production nationale : L’insécurité juridique contribue au désengagement des investisseurs. En 10 ans, le nombre de puits de pétrole actifs en Tunisie est passé de 38 à seulement 7. Le cas de Zenith illustre les risques de « gestion d’État » qui, selon certains experts, peut dégrader la performance des gisements par rapport à une gestion privée.
Fazit:
Même si les conditions du contrat entre la Tunisie et Zenith Energy sont plutôt déséquilibrées au profit de Zenith, ceci n’est pas une raison afin de ne pas prendre ces contrats au sérieux et d’appliquer ce qui est convenu. Personne n’a obligé la Tunisie à signer ces contrats. En effet, En droit international, le fait qu’un contrat soit perçu a posteriori comme « déséquilibré » ne constitue pas, en soi, un motif d’annulation ou de non-exécution, surtout quand il a été signé par un État souverain disposant de ses propres experts juridiques:
– la Tunisie a signé ces accords de son plein gré. Invoquer un déséquilibre contractuel devant le CIRDI est une stratégie risquée, car les tribunaux arbitraux considèrent généralement que les États sont des acteurs avertis.
– La sécurité juridique: Si chaque gouvernement pouvait déchirer les contrats de ses prédécesseurs sous prétexte qu’ils sont « mauvais », plus aucun investisseur ne prendrait le risque d’injecter des capitaux dans le pays. C’est précisément cette image d’instabilité que la Tunisie projette actuellement.
– Les conséquences financières : Le refus d’appliquer le contrat initial risque de coûter bien plus cher à la Tunisie que le « déséquilibre » qu’elle dénonce. Entre les intérêts de retard, les frais d’avocats internationaux et les dommages-intérêts, la facture finale pourrait être multipliée par dix.
– L’illusion de la souveraineté absolue : Ces décideurs agissent souvent comme si la souveraineté nationale permettait de s’affranchir des engagements contractuels. Or, en droit international, la signature d’un État l’engage au-delà des changements de régime ou d’humeur politique.
– Le mépris de la procédure : Pour un juriste rigoureux, la forme est aussi importante que le fond. En agissant de manière arbitraire (blocage des ventes, saisies de stocks), ils créent eux-mêmes les preuves de l’expropriation de fait que Zenith utilise aujourd’hui devant le CIRDI.
– Le coût de l’émotionnel : L’intuition pousse nos politiciens à vouloir « protéger » les ressources nationales dans l’immédiat, mais la logique juridique leur dirait que perdre un arbitrage international de 500 millions de dollars est une catastrophe bien plus grande pour la souveraineté du pays
– Les résultats définitifs des audiences d’avril 2026 seront déterminants pour l’avenir de Zenith Energy et pour la crédibilité de la Tunisie auprès des partenaires énergétiques et autres internationaux.
Salah tataouine
L’Heure n’est pas à la Curiosité, mais à la Contre-Attaque
L’article soulève des questions légitimes, et les faits sont têtus. Une correspondance officielle semble avoir objectivement fragilisé la défense de l’État, et le limogeage de la ministre, aussi brutal que silencieux, est bien entendu un signal politique fort.
Mais il ne faudrait pas que le récit, même bien ficelé, nous fasse oublier l’essentiel : un arbitrage n’est pas une simple chronique. C’est un combat, et l’État tunisien n’est pas encore KO. Voici les portes de sortie qui restent à explorer, car une défense intelligente se construit aussi sur ses propres erreurs.
Utiliser la lettre du 14 avril comme une preuve de bonne foi, et non comme un suicide. C’est un angle classique du droit international : « Oui, j’ai reconnu la propriété de l’investisseur, car c’est un fait. Mais cette reconnaissance ne vaut pas blanc-seing pour une indemnisation disproportionnée ou pour valider un montage financier douteux. »
Déplacer le débat sur la légitimité de l’investisseur. L’article effleure à peine les interrogations sur la structure de Zenith Energy et le profil de son dirigeant. C’est pourtant là que se trouve la contre-attaque. La Tunisie peut et doit exiger une transparence totale sur ces 85% de flottant, et invoquer un manquement aux obligations déclaratives pour plaider la nullité de certaines demandes.
Contester la méthode de calcul du préjudice. Les 640 millions de dollars sont une projection de gains futurs. C’est un chiffre théorique et contestable, surtout si Zenith n’a jamais réellement produit à grande échelle. On peut opposer un préjudice réel, documenté, à un préjudice spéculatif. C’est une bataille de chiffres que la Tunisie peut encore gagner.
La publication de cet article est un bon signal : la société civile s’intéresse au dossier. Ne lui offrons pas un constat d’échec. Offrons-lui les pistes de la défense. L’État tunisien n’est pas une victime passive. Il a le droit, et le devoir, de se battre jusqu’au bout.
Salah Tataouine
Veilleur du désert. Ni avocat, ni politique, mais stratège à ses heures.
Rationnel
Zenith, Shell, BFT, Minerali Industriali… Il est temps que la Tunisie quitte le CIRDI.
L’État tunisien se retrouve simultanément attaqué sur plusieurs fronts devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements : Zenith Energy réclame près de 640 millions de dollars pour des concessions pétrolières contestées ; Shell, via ses filiales Shell Tunisia Upstream Limited et Shell Tunisia LPG, vient d’ouvrir une nouvelle procédure liée aux concessions Miskar et Hasdrubal ; et Minerali Industriali complète ce tableau. Pour chaque dossier, l’État doit recruter des cabinets d’avocats internationaux à coût exorbitant, des frais qui s’ajoutent aux risques de condamnation. Mais ce n’est pas nouveau. L’affaire de la Banque Franco-Tunisienne devrait servir de leçon définitive.
Ce contentieux, né d’une privatisation contestée en 1981 et d’une expropriation alléguée par le groupe ABCI Investments — a duré plus de deux décennies avant de se conclure en 2017 par une condamnation du CIRDI contre l’État tunisien. Pendant ce temps, la BFT accumulait près de 500 millions de dinars de pertes, ne conservant que 20 millions de dinars de dépôts. La liquidation a coûté à l’État environ 300 millions de dinars supplémentaires. Et les honoraires d’avocats étrangers, payés en devises, ont dépassé à eux seuls 250 millions de dinars. Une banque transformée en coquille vide par des décennies de crédits sans garantie accordés à des proches du régime — et c’est l’État, c’est-à-dire le contribuable tunisien, qui a payé la note jusqu’au bout, y compris devant un tribunal international.
La question n’est plus technique. Elle est politique.
Le mécanisme CIRDI/ISDS est structurellement biaisé : les entreprises peuvent réclamer non les pertes réelles, mais les profits futurs théoriques sur toute la durée d’une concession. Les sentences moyennes dans les litiges pétroliers atteignent 600 millions de dollars — cinq fois la moyenne des autres secteurs. Et même quand un État gagne, il paie en moyenne 5 millions de dollars en frais juridiques.
La Colombie a tiré les conclusions qui s’imposent. En mars 2026, le président Petro a annoncé la sortie de son pays du système ISDS, refusant que des tribunaux privés à Washington dictent sa politique énergétique. Le Venezuela, lui, a payé le prix fort pour ne pas avoir agi à temps : CITGO, son fleuron pétrolier aux États-Unis, a été démantelé sous la pression de procédures d’exécution d’arbitrages dans des conditions jugées viciées par de nombreux observateurs — un cas documenté en détail dans l’ouvrage *Corporate Coup* de Miguel Tinker Salas.
Pendant que l’État tunisien se défend à Washington, des milliers d’entrepreneurs locaux — dans le solaire, le numérique, l’agroalimentaire — se heurtent à des obstacles administratifs que rien ne justifie. L’investisseur étranger bénéficie de traités internationaux. L’investisseur local, lui, n’a que la bureaucratie.
Cette asymétrie est insoutenable.
Quitter le CIRDI n’est pas une capitulation. Les études académiques confirment que ces traités ne sont pas déterminants dans l’attraction des investissements étrangers : ce qui attire les capitaux, ce sont la stabilité, le capital humain et la position géographique — trois atouts que la Tunisie possède et sous-exploite.
La vraie réforme, c’est ici : supprimer les obstacles qui pénalisent l’investissement local, simplifier les permis, libérer le solaire, et faire confiance aux Tunisiens avant de courir après des multinationales qui traînent l’État en justice dès que le vent tourne.
BFT : deux décennies de procédure, des centaines de millions engloutis.
Zenith : 640 millions en jeu.
Shell : la procédure vient de commencer.
Combien encore avant qu’on change de logique ?
zaghouan2040
Comme d’habitude commentaire a très forte valeur ajoutée
Nous sommes dirigés par des pieds nickelés
zaghouan2040
Il y a peu a dire après l’article de Mr Bahloul et le commentaire magistral – et effarant- de @ rationnel
Tous ces contentieux – dont le règlement va dépasser vraisemblablement les 2,5 millions de dollars,ce qui est impensable pour une économie aussi endettée que la notre- tous ces contentieux semblent indiquer que la Tunisie est considérée comme un État voyou ne respectant pas ses engagements et ayant une tendance systématique a prendre les investisseurs et organismes internationaux pour des débiles alors même que l’administration tunisienne a fait preuve d’un amateurisme obscène et rigolo dans le traitement de ces dossiers hautement critiques
Évidement tout ceci contribuera une fois de plus a consolider l’image de la Tunisie »amie » sur la scene économique et géopolitique internationale
Salah tataouine
Ni soumis, ni suicidaire : le stratège ne quitte pas la table, il change de jeu.
Votre analyse des coûts est juste, et la solution que vous proposez est tentante. Quitter le CIRDI, ce serait couper court à la saignée, reprendre notre souveraineté. Je comprends la colère froide qui anime votre texte.
Mais permettez-moi de vous soumettre une autre lecture, non pas d’économiste, mais de stratège. Un combattant ne quitte jamais le terrain sous les huées et les coups, car en fuyant, il laisse à l’adversaire tous les trophées sans même se défendre.
Oui, l’arbitrage a un coût exorbitant. Mais quitter le CIRDI maintenant, au beau milieu d’une procédure où notre défense est déjà très affaiblie, serait interprété comme un aveu de faillite. Cela n’effacera pas les 640 millions de dollars réclamés par Zenith, ni les dossiers de Shell ou de Minerali Industriali. La sentence tombera quand même, mais par défaut. Face aux autres créanciers et au FMI, le signal serait désastreux : la Tunisie ne discute plus, elle claque la porte.
Alors, quelle est la voie du désert ? La même que celle que j’emploie tous les jours face aux algorithmes les plus puissants du monde : rester à la table, mais changer complètement de jeu.
Utiliser leurs propres armes. Vous avez raison, ces traités sont léonins. Mais ils offrent aussi des failles. Il faut exiger une transparence totale sur l’actionnariat de ces sociétés, sur leurs montages financiers, sur la réalité de leurs investissements. C’est la meilleure défense : attaquer la légitimité du plaignant, son droit à réclamer.
Ne pas être un acteur passif. Le débat public est essentiel. Le silence de l’État est notre pire ennemi. Il faut documenter, informer, mobiliser l’opinion internationale sur ces « fonds vautours » qui prospèrent sur les contentieux. La bataille de l’image est aussi importante que la bataille juridique.
Préparer l’après, comme un trader. Une fois ces litiges soldés, la question se posera. Mais nous ne sommes pas obligés de choisir entre la soumission et le suicide. On peut renégocier ces traités, pays par pays, en s’inspirant de ce que font les grandes nations. On peut quitter les traités les plus anciens, et en créer de nouveaux, plus équilibrés. C’est un processus de longue haleine, pas une déclaration de guerre.
Partir, c’est la solution de l’orgueil. Rester et contre-attaquer, c’est la solution du guerrier. Ne laissons pas le bruit des millions perdus nous faire oublier que la vraie bataille est celle de l’intelligence.
Salah Tataouine
Trappeur sans Bac, Docteur Honoris Causa de la Caravane du Désert. Stratège à ses heures
le financier
cette femme aurait du etre vir2 il y a deja 2ans pour son incompetence , allez savoir ce qui se cache derriere . envoyez des manifestants et cette societe ne pourra plus operer