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À l’aube, Kaïs Saïed limoge la ministre de l’Industrie et de l’Énergie

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Par Raouf Ben Hédi

    Dans un communiqué publié à 4h39 du matin, mardi 28 avril 2026, la présidence de la République a annoncé le limogeage de la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie Fatma Thabet Chiboub. Une décision glissée en toute fin d’un long texte mêlant considérations sociales, dénonciations politiques et tirades lyriques, sans qu’aucun motif explicite ne soit avancé.

    L’éviction, intervenue à une heure inhabituelle, intrigue d’autant plus qu’elle survient dans un contexte particulièrement sensible. Le Parlement s’apprêtait en effet à examiner un projet de loi porté par la présidence concernant l’octroi de concessions photovoltaïques, un dossier déjà au cœur de vives critiques. Dès lors, une question s’impose : la ministre a-t-elle été poussée vers la sortie pour absorber la polémique et en porter la responsabilité politique ?

    La concomitance des événements nourrit les interrogations.

    Un communiqué articulé autour des « choix sociaux » de l’État

    Le limogeage intervient à l’issue d’une réunion, avec la cheffe du gouvernement, la ministre des Finances, le ministre des Affaires sociales et le ministre de l’Emploi, consacrée à l’application de l’article 15 de la loi de finances 2026, relatif notamment à l’augmentation des salaires dans les secteurs public et privé ainsi que des pensions de retraite sur les années 2026, 2027 et 2028.

    Le chef de l’État y affirme que « l’État tunisien poursuit sa politique sociale dans tous les domaines », ajoutant qu’il est également engagé « dans la lutte contre toutes les poches de réaction, de trahison et de corruption ».

    Il y est également indiqué que le président de la République a donné ses instructions pour « finaliser la préparation de la plateforme dédiée à l’ouverture du recrutement des chômeurs de longue durée », sur la base de « critères fondés sur l’équité et la justice ».

    Charge contre l’administration et accusations politiques

    Le communiqué évoque ensuite « une situation anormale que connaît aujourd’hui l’administration », attribuée à « des recrutements effectués sur la base de la loyauté et en dehors des cadres légaux ».

    Le président de la République y déclare que certains « ont considéré que l’État est un butin et que le pouvoir est un ensemble d’intérêts et de privilèges », ajoutant qu’ils « œuvrent à attiser les tensions par tous les moyens et toutes les méthodes ».

    Dans un passage au style particulièrement imagé, il dénonce également des campagnes orchestrées. Le texte poursuit ainsi en affirmant que « nous désignons la lune dans la nuit de pleine lune, qui est la souveraineté tunisienne et les slogans de sa révolution : travail, liberté et dignité nationale », ajoutant que « ne nous importent ni l’index qui la désigne ni le pouce », ceux-ci « renvoyant au néant ou à une série de zéros pour donner l’illusion de l’union ou, au contraire, de la séparation ».

    Ce passage « lunaire », particulièrement énigmatique, suggère que le débat public se focalise sur des éléments secondaires (gestes, déclarations ou oppositions) au lieu de se concentrer sur l’essentiel, à savoir la souveraineté nationale et les objectifs sociaux. Une manière, aussi, de disqualifier les critiques, renvoyées à de simples « gesticulations » sans lien avec le fond.

    Le communiqué ajoute ensuite que « le peuple connaît tous les détails et qu’il est seul habilité à démanteler les cercles vicieux et à dévoiler les chambres obscures et les énigmes des déclarations mensongères », évoquant également « ce que l’on appelle les sit-in, les publications et les programmes financés à l’intérieur comme à l’extérieur », dont « les objectifs sont dévoilés et les finalités dérisoires ».

    Une annonce noyée dans la rhétorique

    C’est finalement dans la dernière ligne du communiqué que tombe l’annonce : la ministre de l’Industrie est relevée de ses fonctions, remplacée par intérim par le ministre de l’Équipement et de l’Habitat.

    Une décision majeure, reléguée en fin de texte, sans explication, ni justification.

    Dans un contexte marqué par les tensions autour du projet de loi sur les concessions photovoltaïques, ce silence interroge. S’agit-il d’un simple remaniement technique ou d’un geste politique destiné à contenir une controverse grandissante ?

    R.B.H

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