Quelques jours après leur adoption à l’Assemblée des représentants du peuple, les cinq conventions liées à la construction de centrales photovoltaïques continuent d’alimenter le débat institutionnel. Lundi 4 mai 2026, la commission de l’Investissement et de la coopération internationale du Conseil national des régions et des districts, réunie à Bardo, a auditionné le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, ainsi que le secrétaire d’État chargé de la transition énergétique, Wael Chouchane, autour de ces projets présentés comme structurants pour l’avenir énergétique du pays.
Présidée par Imed Derbali, la séance a permis au gouvernement de défendre, chiffres à l’appui, une feuille de route énergétique que l’exécutif considère désormais comme incontournable.
Un vote déjà acquis… mais loin de faire l’unanimité
Ce nouvel examen intervient moins d’une semaine après l’adoption, le 28 avril dernier, par l’Assemblée des représentants du peuple, des cinq projets de loi relatifs aux conventions de production d’électricité à partir de l’énergie solaire dans le cadre de concessions de longue durée.
Les textes ont été adoptés, mais sans consensus. Le projet de centrale photovoltaïque d’El Khbena a recueilli 73 voix pour, 9 abstentions et 33 voix contre. Celui de Mezzouna a obtenu 75 voix favorables, 9 abstentions et 33 oppositions. Le projet d’El Ksar a été adopté par 72 voix pour, 8 abstentions et 32 contre. La centrale de Sagdoud a obtenu 70 voix favorables, 8 abstentions et 30 voix contre. Enfin, le projet de Menzel Habib a été approuvé par 72 députés, avec 10 abstentions et 32 oppositions.
Des résultats qui traduisent un soutien majoritaire, mais aussi de fortes réserves au sein de la classe politique, notamment autour de la souveraineté énergétique, du rôle des investisseurs privés et de la nature des engagements contractuels conclus pour une durée pouvant atteindre vingt-cinq ans.
Des chiffres qui illustrent l’urgence
Face aux élus du Conseil des régions, Wael Chouchane a dressé un état des lieux préoccupant du secteur.
Les ressources nationales en énergie primaire sont passées de 8,3 millions de tonnes équivalent pétrole en 2010 à seulement 3,4 millions en 2025, alors que la consommation reste stable à un niveau élevé, autour de 9,7 millions de tonnes équivalent pétrole.
La Tunisie affiche ainsi un déficit énergétique de près de 6,3 millions de tonnes équivalent pétrole, soit environ 65%.
Le déficit de la balance commerciale énergétique a, lui, atteint 11,023 milliards de dinars en 2025, tandis que la compensation énergétique dépasse désormais les 7 milliards de dinars.
Pour le gouvernement, ces chiffres justifient l’accélération du basculement vers le solaire, présenté comme une alternative économiquement plus compétitive que la production à base de gaz naturel.
Cinq centrales, 1,6 milliard de dinars et des milliers d’emplois attendus
Les cinq projets présentés représentent plusieurs centaines de mégawatts de capacité additionnelle et un investissement global estimé à près de 1,6 milliard de dinars.
Le projet d’El Khbena, considéré comme l’un des plus importants, prévoit une capacité de près de 198 mégawatts pour un investissement de l’ordre de 500 millions de dinars.
À Sagdoud, le projet mobilise environ 305 millions de dinars et devrait permettre d’économiser près de 49 millions de dinars par an sur les coûts liés au gaz naturel.
Les projets de Mezzouna, El Ksar et Menzel Habib doivent, selon les projections officielles, contribuer ensemble à réduire les importations énergétiques de quelque 160.000 tonnes équivalent pétrole par an et à générer plus de 150 millions de dinars d’économies annuelles.
Transparence, arbitrage, Steg… les élus maintiennent la pression
Malgré leur adoption, les interrogations demeurent nombreuses.
Plusieurs élus ont demandé davantage de clarté sur les mécanismes de fixation des tarifs, la gestion d’éventuels contentieux, la place réservée aux entreprises tunisiennes ou encore la capacité du réseau national à absorber cette nouvelle production.
La question de l’exportation de l’électricité a également été soulevée.
En réponse, le gouvernement a assuré que le cadre juridique actuel prévoit que l’électricité produite sera intégralement injectée dans le réseau de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz, seule habilitée à la distribuer ou, le cas échéant, à l’exporter.
L’exécutif a également insisté sur le fait que les mécanismes de règlement des différends privilégient d’abord les juridictions nationales avant tout recours exceptionnel à l’arbitrage international.
Cap sur 2035
Ces projets s’inscrivent dans la stratégie énergétique nationale visant à porter la part des énergies renouvelables à au moins 50% de la production électrique d’ici 2035.
Un objectif ambitieux, mais qui continue de diviser une partie de la classe politique, entre impératif économique, urgence énergétique et vigilance accrue sur la souveraineté nationale.
M.B.Z












