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Protection des animaux : des députés plaident pour la stérilisation en substitution à l’abattage

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Par Nadya Jennene

    Depuis plusieurs années, la question de la protection animale suscite un débat récurrent en Tunisie, ravivé régulièrement par la multiplication de cas d’atteintes et de maltraitance visant principalement les chiens et les chats. Dans ce contexte sensible, la Commission de l’agriculture, de la sécurité alimentaire et hydrique et de la pêche maritime de l’Assemblée des représentants du peuple a tenu, mardi 5 mai 2026, une séance consacrée à l’examen de deux propositions de loi à portée structurante, dont l’une entend réorganiser en profondeur le statut et la protection des animaux domestiques.

    La réunion a permis d’entendre les initiateurs du texte relatif à l’organisation de la détention et de la circulation des animaux carnivores domestiques, ainsi qu’à la définition des obligations liées à leur bien-être et leur protection.

    Une problématique ancienne ravivée par des incidents répétés

    Selon un communiqué de l’Assemblée, les initiateurs du projet ont rappelé que la protection animale ne constituait pas une préoccupation nouvelle en Tunisie. Elle s’inscrit dans une histoire juridique ancienne, marquée par des dispositions précoces contre la maltraitance animale, mais aussi dans une évolution contemporaine où la question revient régulièrement dans le débat public, notamment à la suite d’incidents de torture et de mauvais traitements infligés aux animaux, en particulier aux chiens et aux chats.

    Selon eux, ces situations traduisent un déséquilibre entre les textes existants et les réalités actuelles, aggravé par l’absence d’une stratégie nationale cohérente de protection animale. Ils estiment que les réponses actuelles de l’État — campagnes de vaccination, opérations de régulation des animaux errants ou création de structures d’accueil limitées — ne suffisent plus à endiguer le phénomène.

    Cette insuffisance est, selon eux, d’autant plus préoccupante qu’elle s’accompagne de risques sanitaires avérés, notamment la transmission de maladies comme la rage à l’être humain, ainsi que d’une détérioration du lien entre l’homme et l’animal dans l’espace public.

    Un projet de loi pour encadrer et moderniser la protection animale

    Le texte proposé vise ainsi à instaurer un cadre juridique plus complet, fondé sur la protection du bien-être animal, la régulation des pratiques de détention et la promotion d’une culture du respect du vivant. Il ambitionne également de limiter les pratiques d’abattage non encadrées et de favoriser des solutions alternatives, notamment la stérilisation et la sensibilisation.

    Les initiateurs ont insisté sur le fait que la Tunisie dispose déjà d’un héritage législatif en matière de protection animale, rappelant l’existence de dispositions anciennes remontant à la fin du XIXe siècle et de plusieurs textes adoptés jusqu’en 2005. Toutefois, ils estiment que cet arsenal n’a pas été adapté aux transformations sociales, économiques et environnementales des dernières décennies.

    Entre adhésion et préoccupations pratiques

    Les députés ont, dans leur majorité, reconnu la pertinence du débat, tout en exprimant une série de réserves. Ils ont salué une initiative qui s’inscrit dans les standards internationaux de protection animale et répond à une problématique de plus en plus visible dans l’espace public.

    Cependant, plusieurs interrogations ont été soulevées concernant la clarté de certaines dispositions juridiques, la définition des autorités compétentes, ainsi que l’exclusion de certaines espèces du champ d’application du texte. Des élus ont également questionné la cohérence du projet avec les législations existantes, notamment celles relatives à l’élevage et à la santé animale.

    Au-delà des aspects juridiques, les députés ont mis en avant la question centrale de la faisabilité. Ils ont exprimé des doutes quant à la capacité matérielle et technique de l’administration à mettre en œuvre un dispositif aussi ambitieux, dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires et organisationnelles. Certains ont suggéré qu’une révision des textes existants pourrait constituer une alternative plus réaliste.

    Stérilisation, encadrement et refus de l’enfermement massif

    En réponse, les initiateurs ont défendu une approche fondée sur l’équilibre entre protection animale et réalités de terrain. Ils ont rejeté l’idée de regrouper les animaux errants dans des espaces fermés, estimant que cette solution serait contraire aux principes de bien-être animal et à l’équilibre écologique.

    Ils ont plaidé pour une réorientation des ressources publiques, notamment celles consacrées aux campagnes d’abattage, vers des politiques de stérilisation, de prévention et de sensibilisation. Selon eux, la réforme proposée ne constitue pas uniquement un dispositif juridique, mais une évolution culturelle visant à instaurer une relation plus responsable entre l’homme et l’animal.

    N.J

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