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Hausse des salaires : ce que les Tunisiens toucheront vraiment, selon Hédi Dahmane

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Par Myriam Ben Zineb

    Les augmentations salariales annoncées pour 2026 sont attendues par des milliers de salariés, de retraités et de titulaires de pensions. Derrière cette bouffée d’oxygène espérée pour le pouvoir d’achat, une autre réalité, beaucoup plus technique, commence pourtant à émerger : celle de la capacité réelle des caisses sociales à absorber ces nouvelles charges.

    Invité ce lundi 11 mai 2026, au micro d’Express FM, l’expert en systèmes de sécurité sociale, Hédi Dahmane, a livré une lecture détaillée des derniers textes réglementaires. Et son constat est loin d’être anodin.

    « Non, il n’existe pas d’augmentation générale de 5% »

    Première mise au point : le chiffre de 5%, largement repris ces derniers jours, ne reflète pas selon l’expert la réalité des mécanismes adoptés.

    Selon Hédi Dahmane, ce pourcentage correspond essentiellement à une moyenne issue de la revalorisation du Smig et non à une hausse uniforme applicable à tous les salariés.

    « On ne peut pas parler d’un taux unique pour des secteurs qui obéissent à des logiques différentes », explique-t-il, rappelant que les modalités varient selon la fonction publique, les entreprises publiques, le secteur privé ainsi que les régimes de pensions.

    Autrement dit, derrière une même annonce, les effets concrets peuvent être très différents selon les catégories professionnelles.

    Du brut au net : ce que les salariés toucheront réellement

    L’expert insiste également sur une nuance essentielle, souvent mal comprise : les augmentations annoncées sont calculées sur le salaire brut.

    Or, entre les cotisations sociales, les contributions à l’assurance maladie et les retenues fiscales, l’écart avec le montant réellement perçu peut être significatif.

    « Une augmentation brute de cent dinars ne signifie pas que le salarié recevra cent dinars supplémentaires sur son compte. Dans la plupart des cas, le montant net se situera entre 56 et 68 dinars », précise-t-il.

    Autre élément technique soulevé : dans de nombreux cas, ces revalorisations n’ont pas été intégrées directement au salaire de base, mais plutôt à travers des primes spécifiques, ce qui complexifie davantage la lecture des bulletins de paie.

    Retraités : des calculs variables selon chaque régime

    Concernant les retraités et les bénéficiaires de pensions, Hédi Dahmane rappelle que les mécanismes sont encore plus spécifiques.

    Les montants ne seront pas appliqués de manière uniforme, mais calculés en fonction du taux de pension de chaque bénéficiaire, qu’il s’agisse des retraités, des veuves ou encore des ayants droit.

    L’expert souligne ainsi que les attentes sont fortes, mais que la réalité des versements dépendra de paramètres techniques souvent méconnus du grand public.

    Des caisses sociales déjà sous pression

    C’est toutefois sur la situation financière des organismes sociaux que le ton devient plus grave.

    Hédi Dahmane rappelle que la Caisse nationale de sécurité sociale et la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale fonctionnent selon un système de répartition, financé essentiellement par les cotisations des salariés et des employeurs.

    « Ce système n’est pas financé directement par le budget de l’État. Il repose sur les contributions des affiliés et des employeurs », explique-t-il.

    Or, selon lui, les deux caisses évoluent déjà dans une situation de déséquilibre structurel.

    « Aujourd’hui, leurs recettes mensuelles restent inférieures aux engagements qu’elles doivent honorer, notamment en matière de pensions. »

    Le paiement rétroactif pourrait alourdir la facture

    L’application des augmentations avec effet rétroactif à janvier 2026 pourrait encore accentuer cette pression.

    En plus des nouveaux montants mensuels, les organismes devront en effet absorber les rappels accumulés sur plusieurs mois.

    Pour Hédi Dahmane, l’équation est claire : les recettes supplémentaires générées par les nouvelles cotisations ne couvriront pas intégralement les nouvelles charges.

    « Les caisses encaisseront davantage, mais beaucoup moins que ce qu’elles devront débourser. »

    « Sans réforme de fond, la crise ne fera que se déplacer »

    Au-delà des annonces immédiates, l’expert appelle à ouvrir rapidement un véritable chantier de réforme.

    Pour lui, la sécurité sociale demeure l’un des piliers de la stabilité sociale du pays, mais son équilibre ne peut plus être assuré à travers de simples ajustements ponctuels.

    « Reporter les décisions structurelles ne règle rien. Cela déplace simplement la crise vers demain », avertit-il, appelant à un dialogue national associant l’État, les partenaires sociaux et les experts afin de garantir la pérennité du système pour les décennies à venir.

    M.B.Z

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