Un collectif d’organisations de la société civile, de partis politiques et d’associations a publié, jeudi 4 juin 2026, un communiqué commun condamnant avec fermeté la vidéo ayant circulé sur les réseaux sociaux montrant un groupe d’individus s’introduisant au domicile d’une famille migrante et proférant des menaces de mort ainsi que des menaces de viol à l’encontre d’une femme enceinte, sous les yeux de son mari.
Les signataires affirment suivre avec « colère et indignation » cette affaire qu’ils qualifient de « crime effroyable », estimant qu’elle s’inscrit dans un contexte plus large de montée des discours racistes, xénophobes et discriminatoires en Tunisie ainsi que de multiplication des violences visant les personnes migrantes originaires d’Afrique subsaharienne et les Noirs en Tunisie.
« Une conséquence directe du climat instauré depuis février 2023 »
Dans leur texte, les organisations estiment qu’il est impossible de dissocier cette agression du climat créé depuis le communiqué présidentiel du 21 février 2023 sur l’immigration irrégulière.
Selon elles, cette date marque le début d’une période durant laquelle les migrants sont devenus la cible de discours politiques et médiatiques les présentant comme une menace démographique, sécuritaire et sociale.
Les signataires considèrent que cette rhétorique a contribué à banaliser les discriminations et à déshumaniser les personnes migrantes, ouvrant ainsi la voie à des agressions de plus en plus fréquentes.
« Lorsqu’une catégorie de personnes devient quotidiennement la cible de campagnes de diabolisation, de suspicion et d’incitation à la haine, la violence à son encontre cesse d’être une exception pour devenir une conséquence prévisible », soutiennent-ils.
Ils dénoncent également ce qu’ils qualifient d’impunité récurrente face aux agressions visant les migrants, estimant que l’absence de poursuites envoie le message que leur vie et leur dignité auraient moins de valeur que celles des autres citoyens.
Les menaces de viol dénoncées comme une arme de domination
Le communiqué insiste particulièrement sur la gravité des menaces de viol proférées dans la vidéo.
Les organisations signataires considèrent que le viol est utilisé dans ce cas non seulement comme une agression sexuelle, mais aussi comme un instrument d’humiliation collective et de domination visant à briser la dignité de la victime et de sa famille.
Elles dénoncent également la banalisation des violences sexuelles dans le débat public, affirmant que certaines prises de parole politiques, y compris au sein de l’institution parlementaire, ont parfois minimisé la gravité du viol ou l’ont utilisé comme argument de polémique.
Selon elles, cette attitude contribue à normaliser les violences sexuelles et à les transformer en outil d’intimidation et de soumission.
Les signataires pointent aussi les responsabilités politiques
Au-delà des auteurs directs des faits, les organisations estiment que la responsabilité s’étend à tous ceux qui ont participé à la diffusion de discours racistes ou qui ont justifié les discriminations visant les migrants.
Elles considèrent également que les politiques de criminalisation de la solidarité avec les migrants ont contribué à ce climat. Le texte évoque notamment l’emprisonnement de militants et d’activistes poursuivis pour leur action auprès des personnes migrantes, présentés comme des « boucs émissaires » destinés à conforter la thèse d’un prétendu « complot de remplacement démographique » et à masquer l’alignement de la Tunisie sur les politiques européennes d’externalisation du contrôle migratoire.
Les organisations appellent à l’ouverture d’enquêtes et à la poursuite de tous les responsables de crimes racistes, réclament une protection immédiate pour les victimes et demandent la mise en place de mesures concrètes de lutte contre le racisme et les discours de haine.
« La dignité est indivisible », conclut le communiqué.
Parmi les signataires figurent notamment la Campagne contre la criminalisation du travail associatif, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), l’Organisation contre la torture en Tunisie (OCTT), la Coalition tunisienne contre la peine de mort (CTCPM), Avocats sans frontières, l’Association tunisienne pour les libertés individuelles (Adli), le Parti des travailleurs, Al Qotb, Al Jomhouri et Al Massar, ainsi que plusieurs autres associations et collectifs engagés dans la défense des droits humains.
R.B.H










