De l’annonce supprimée sur Instagram à l’intervention d’André-Pierre Gignac, L’Équipe raconte le psychodrame qui a secoué les Aigles de Carthage
Alors qu’en Tunisie seules quelques bribes d’informations avaient filtré depuis la lourde défaite face à la Suède (1-5), le quotidien sportif français L’Équipe a levé le voile, mardi 16 juin, sur les coulisses d’une journée que le journal qualifie lui-même de « psychodrame » et de « comédie burlesque à la tunisienne ».
Dans un long récit intitulé « Supporters mécontents, post Instagram supprimé, invitation d’André-Pierre Gignac : récit de la folle journée où Sabri Lamouchi a été viré et remplacé par Hervé Renard », le quotidien français reconstitue heure par heure ce « lundi de folie » qui a suivi la débâcle tunisienne contre la Suède lors de la Coupe du monde 2026.
« Entre le vrai-faux puis réel limogeage de Sabri Lamouchi et l’annonce de la nomination d’Hervé Renard pour le remplacer, la Tunisie s’est offert un psychodrame comme la Coupe du monde en a rarement vécu », écrit notamment L’Équipe.
1h30 du matin : tensions avec des supporters dans l’hôtel
Selon le journal français, Sabri Lamouchi regagne son hôtel de Monterrey dans un état de profonde détresse après la défaite. Une partie des supporters tunisiens présents dans les tribunes VIP lui aurait manifesté son hostilité dès les premières minutes de la rencontre.
L’atmosphère se serait encore dégradée après le match. Deux membres du staff technique, le préparateur physique Cédric Blomme et l’entraîneur des gardiens Olivier Pidomas, seraient descendus prendre l’air avant de tomber nez à nez avec trois supporters tunisiens dans un ascenseur.
L’échange aurait rapidement dégénéré et failli tourner à l’altercation physique. L’intervention du seul agent de sécurité accompagnant la délégation tunisienne aurait permis d’éviter le pire. Les deux techniciens auraient finalement regagné leurs chambres en empruntant l’ascenseur de service.
10h30 : le communiqué Instagram qui disparaît
Alors que Lamouchi prépare une séance de récupération au centre d’entraînement des Rayados de Monterrey, la Fédération tunisienne de football publie sur Instagram un communiqué annonçant son départ.
Le texte évoque même un accord pour mettre fin à sa mission et précise que des démarches sont engagées pour constituer un nouveau staff dirigé par Mondher Kebaier.
L’information est immédiatement reprise par plusieurs médias internationaux.
Mais quelques minutes plus tard, le communiqué disparaît mystérieusement du compte officiel de la Fédération, comme s’il n’avait jamais existé.
Le mal est pourtant fait. Selon L’Équipe, les joueurs, de retour à l’hôtel où résident également Moez Nasri et Hussein Jenayah, prennent connaissance de la situation. Au petit-déjeuner, un étrange silence règne. Chacun fait comme si rien ne s’était passé.
14h30 : les joueurs promettent de partir avec Lamouchi
L’après-midi, huit cadres de la sélection se rendent dans la chambre du sélectionneur.
Selon L’Équipe, ils lui assurent leur soutien total et lui promettent même de quitter la sélection nationale si son limogeage est confirmé.
Mais le quotidien français affirme que cette solidarité affichée cacherait une autre réalité : l’opposition d’une partie importante du groupe à l’idée de voir un technicien tunisien prendre les commandes de l’équipe en pleine Coupe du monde.
Pendant ce temps, Mondher Kebaier, présent à l’hôtel en qualité de directeur technique national, attend l’évolution des événements.
Le nom de Wahbi Khazri circule également en interne. La Fédération lui avait demandé d’épauler Lamouchi comme adjoint et il bénéficie d’une bonne presse dans le vestiaire.
17h15 : Moez Nasri tranche, Hervé Renard est déjà choisi
Toujours selon le récit de L’Équipe, c’est à 17h15 que Moez Nasri informe finalement Sabri Lamouchi de son licenciement.
Le président de la Fédération n’aurait plus eu d’autre choix face à la pression croissante exercée par plusieurs membres du bureau fédéral après la catastrophe face à la Suède.
Au moment où Lamouchi réunit son staff pour annoncer la nouvelle, Nasri prépare déjà son intervention destinée à officialiser la décision.
Mais la plus grande surprise réside ailleurs.
Selon le quotidien français, le successeur est déjà trouvé : Hervé Renard.
Libre depuis son départ de l’Arabie saoudite en avril dernier, le technicien français était prêt à prendre ses fonctions immédiatement.
Plus surprenant encore, L’Équipe affirme que l’idée de le recruter ne date pas de la défaite contre la Suède, mais remonterait à la lourde défaite en amical contre la Belgique (0-5), le 6 juin.
Renard arriverait avec son équipe rapprochée : Nicolas Baudouin comme analyste vidéo, David Bariac comme préparateur physique et Gilles Fouache comme entraîneur des gardiens.
Wahbi Khazri demeurerait toutefois dans le dispositif, à la demande de la Fédération.
18h45 : une signature contre un mur
Autre scène révélée par L’Équipe : Moez Nasri ne se serait pas déplacé personnellement pour saluer son sélectionneur sortant.
Le document de résiliation aurait été remis à Lamouchi par le secrétaire général Walid Mardassi.
Sabri Lamouchi aurait signé les documents adossé à un mur de sa chambre d’hôtel.
Sa déception aurait été immense. Non seulement son aventure tunisienne prenait brutalement fin, mais aucun des joueurs qui lui avaient promis de partir avec lui n’aurait finalement tenu parole.
Le sélectionneur aurait alors choisi de s’isoler complètement dans sa chambre, refusant de voir ou de parler à qui que ce soit.
Selon L’Équipe, il se serait même interrogé sur son choix d’avoir accepté en janvier dernier l’offre tunisienne.
20h23 : Quitter rapidement le Mexique
Comme si cette journée n’était pas déjà assez surréaliste, elle se termine avec l’intervention inattendue d’André-Pierre Gignac.
L’attaquant français des Tigres de Monterrey apprend ce qui se passe au sein de la délégation tunisienne et décide de rejoindre personnellement son ami Sabri Lamouchi.
Il se rend à l’hôtel, monte dans sa chambre puis l’emmène, accompagné de l’ensemble de son staff, passer la soirée chez lui afin de lui permettre de s’éloigner de l’atmosphère devenue irrespirable.
Lamouchi attend la fin du dîner officiel de la délégation avant de quitter discrètement l’établissement.
Selon L’Équipe, une seule idée obsède alors l’ancien sélectionneur : quitter le Mexique le plus rapidement possible et éviter à tout prix de croiser son successeur dans les couloirs de l’hôtel.
De Dakar au Mexique, le coup de fil qui a tout accéléré
Selon les révélations de L’Équipe, Hervé Renard était loin d’imaginer qu’il retrouverait aussi rapidement un banc de touche en pleine Coupe du monde.
Écarté de la sélection saoudienne en avril dernier malgré sa qualification pour le Mondial, le technicien français avait choisi de prendre du recul. Installé au Sénégal avec sa famille, il suivait la compétition à la télévision en attendant de rebondir avec une nouvelle sélection à l’issue de l’été.
Mais le scénario tunisien allait tout bouleverser.
Lundi après-midi, alors qu’il se trouve à son domicile, son agent et un représentant de la Fédération tunisienne le contactent. L’appel est direct.
« Mais Sabri est parti ? », demande-t-il.
« Oui, il va être remplacé », lui répond-on.
La discussion s’engage immédiatement.
Toujours selon L’Équipe, Renard, qui connaît parfaitement le football africain et suit la sélection tunisienne depuis de nombreuses années, comprend rapidement qu’une occasion unique se présente à lui : intégrer une Coupe du monde en cours de route.
Le Français aurait d’ailleurs conservé, avant même le début du tournoi, l’intuition que son histoire avec ce Mondial n’était peut-être pas totalement terminée.
Quelques heures seulement après cet appel, il accepte la proposition tunisienne, un contrat courant jusqu’à la fin de la compétition, et se met immédiatement en route.
Direction Paris dans un premier temps, puis le Mexique mardi matin, avec pour mission de reprendre une sélection sonnée par sa déroute inaugurale contre la Suède.
Une étrange répétition de l’histoire
L’histoire contient une ironie particulière.
Ce n’est pas la première fois qu’Hervé Renard succède à Sabri Lamouchi à la tête d’une sélection nationale.
En 2014 déjà, le technicien français avait remplacé Lamouchi sur le banc de la Côte d’Ivoire.
Douze ans plus tard, l’histoire se répète. Mais cette fois-ci, dans le décor improbable d’une Coupe du monde et au terme d’une journée qui restera probablement comme l’une des plus chaotiques de l’histoire récente des Aigles de Carthage.
Une mission presque impossible ?
Pour Hervé Renard, le défi est colossal. Le technicien français débarque dans un groupe marqué par les tensions internes, les doutes et l’humiliation subie face à la Suède. Il ne disposera que de quelques jours pour prendre la mesure de son effectif, remobiliser un vestiaire fragilisé et tenter de redonner une identité à une équipe qui a semblé totalement perdue lors de son entrée en lice.
Or le temps presse. Le prochain rendez-vous est déjà fixé : le Japon attend les Aigles de Carthage samedi au Mexique.
L’histoire récente du football regorge de sélectionneurs capables de provoquer un électrochoc après leur arrivée. Hervé Renard s’est d’ailleurs construit une réputation de spécialiste des missions commando, notamment en Afrique.
Mais cette fois, le contexte est exceptionnel : prendre une sélection en pleine Coupe du monde, après une défaite 5-1, avec seulement quelques séances d’entraînement avant un match décisif.
Après l’un des plus invraisemblables feuilletons de cette Coupe du monde 2026, une seule question demeure : Hervé Renard peut-il encore sauver le Mondial des Aigles de Carthage ?
R.B.H











4 commentaires
HatemC
La FTF en prend plein la gueule … https://www.youtube.com/watch?v=cPFoTSkCcNY
HatemC
Le coup de maître politique de cette transition de crise.
Le maintien de Wahbi Khazri est la meilleure police d’assurance d’Hervé Renard pour pacifier ce vestiaire en un temps record.
Dans un groupe traumatisé et fracturé, la présence de Khazri va agir comme un catalyseur pour souder les joueurs autour du nouveau coach
Khazri n’est pas juste un ancien joueur ; c’est une légende des Aigles de Carthage, un leader de caractère qui a le respect viscéral de la nouvelle génération. Si Khazri valide Hervé Renard auprès des huit cadres qui menaçaient de faire grève, les contestations vont s’éteindre instantanément. Sa parole a force de loi dans ce vestiaire.
L’union sacrée face au public ?
Les joueurs savent qu’ils ont une dette immense envers les supporters tunisiens après l’humiliation du 5-1. Voir Renard et Khazri ensemble sur le banc va envoyer un signal d’union nationale fort. Pour les joueurs, s’aligner derrière ce duo devient une question de fierté et de rachat … L’union sacré le groupe doit s’unir et se projeter …
Le groupe doit basculer en mode « mission commando ».
Il reste quelques jours avant d’affronter le Japon, une équipe disciplinée, rapide et qui ne fera aucun cadeau.
La préparation ne sera pas physique ou tactique — c’est impossible en si peu de temps —, elle sera mentale.
Les joueurs doivent transformer leur honte et leur frustration en une rage positive sur le terrain.
S’ils parviennent à s’unir et à adhérer instantanément au discours du duo, la Tunisie peut créer la surprise et complètement relancer son Mondial.
C’est l’histoire idéale pour un immense rachat …. B in oui c’est mon scénario et SVP pas de inchallah marbouha pas de bondieuserie à la con … Si tu veux Dieu veut
HatemC
L’effet « Hervé Renard » : Le sauveur idéal ?
Le choix d’Hervé Renard pour le remplacer est tactiquement et psychologiquement très intelligent de la part de la fédération, même si la méthode a été chaotique.
Renard est l’antithèse de la transition douce. C’est l’homme des missions commandos et le « sorcier blanc » du football africain (double vainqueur de la CAN avec la Zambie et la Côte d’Ivoire, ironiquement en succédant déjà à Lamouchi en 2014). Il possède ce charisme et cette poigne qui manquaient peut-être au staff précédent pour secouer un vestiaire léthargique.
Reprendre une équipe traumatisée par un 5-1, avec seulement 3 ou 4 jours d’entraînement avant de jouer un match capital contre le Japon ce samedi, relève presque du miracle. S’il y a un homme capable de provoquer un électrochoc psychologique en 72 heures, c’est lui. S’il échoue, on dira que le mal était déjà fait ; s’il réussit, il entrera un peu plus dans la légende.
Wahbi Khazri sera le vrai catalyseur en le gardant dans le staff
HatemC
C’est vrai que le récit de L’Équipe (repris par Business News) se lit comme un véritable thriller dramatique.
On ressent presque de la peine pour Sabri Lamouchi, signant sa résiliation adossé à un mur, abandonné par ses joueurs qui lui avaient pourtant promis de faire front avec lui, et exfiltré en pleine nuit par son ami André-Pierre Gignac.
C’est cruel, mais c’est la dure loi du football de très haut niveau, surtout lors d’une Coupe du monde où les émotions sont décuplées.
Lamouchi n’est évidemment pas le seul responsable, même s’il porte la responsabilité technique du naufrage (1-5) face à la Suède. Une débâcle de cette ampleur est toujours le produit d’un échec collectif à plusieurs niveaux.
Le comportement de la Fédération tunisienne, dirigée par Moez Nasri, durant cette folle journée frôle l’amateurisme et montre une gestion de crise catastrophique :
Un manque de courage managérial :
Licencier un entraîneur par communiqué Instagram interposé (puis le supprimer), avant même de lui avoir parlé de vive voix, est une faute lourde qui installe un climat de paranoïa.
L’anticipation du divorce :
Apprendre que la FTF négociait déjà en sous-main avec Hervé Renard depuis la défaite 0-5 en amical contre la Belgique (le 6 juin) prouve que la confiance était déjà morte avant même le début du Mondial.
Lamouchi travaillait avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, ce que les joueurs finissent toujours par ressentir.
Le traitement du sélectionneur :
Ne pas se déplacer en personne et envoyer le secrétaire général faire signer une rupture de contrat à la va-vite dans une chambre d’hôtel manque cruellement de classe pour une institution nationale.