Les robes noires ont envahi, dans la matinée du jeudi 18 juin 2026, l’esplanade du palais de justice de Tunis. Sous un soleil déjà écrasant, des dizaines d’avocats se sont rassemblés pour observer la grève générale décrétée par leur ordre professionnel. Dans les rangs, les visages étaient fermés, les discussions animées et les slogans lancés à l’unisson résonnaient contre les murs de l’institution judiciaire : « Libertés, libertés ! Non à la justice des instructions ! », « Libertés, libertés ! C’en est fini de l’État policier ! », « Ministre de l’échec, la démission est la seule solution ! »
Cette journée charnière n’est pas née du jour au lendemain. Le point de rupture remonte au 1er mai. Réunis en assemblée générale extraordinaire à l’appel du Conseil de l’Ordre national des avocats de Tunisie, les professionnels du droit avaient alors décidé de franchir un cap. Face à ce qu’ils considéraient comme une multiplication des violations procédurales et des atteintes aux droits de la défense, ils avaient voté une grève générale ainsi qu’un boycott de certaines chambres judiciaires.
À leurs yeux, la crise dépassait largement les revendications corporatistes. Depuis plusieurs mois, les avocats alertaient sur ce qu’ils décrivaient comme une dégradation continue du service public de la justice. Ils dénonçaient des irrégularités procédurales, des manquements aux garanties du procès équitable et un climat qu’ils jugeaient de plus en plus difficile pour l’exercice serein de la défense.
Le malaise s’était également nourri d’une rupture du dialogue avec les autorités. Malgré la transmission d’une plateforme de revendications au ministère de la Justice en début d’année, les représentants de la profession estimaient n’avoir obtenu ni réponses concrètes ni véritable ouverture à la concertation.
Peu à peu, la colère avait laissé place à une confrontation assumée.

Pour le barreau, les enjeux ne concernaient plus uniquement les conditions de travail des avocats. La mobilisation touchait désormais à des questions jugées fondamentales : l’indépendance de la justice, le respect des libertés publiques, les garanties du procès équitable et, plus largement, la préservation de l’État de droit.
Devant le palais de justice, ce jeudi, ces préoccupations étaient dans tous les esprits.
Chaque slogan scandé semblait rappeler que le bras de fer engagé avec les autorités ne se limitait plus à un conflit professionnel. Les avocats voulaient faire entendre leur inquiétude quant à l’évolution de l’institution judiciaire et dénoncer ce qu’ils considèrent comme une remise en cause progressive des garanties fondamentales de la défense.
Reste désormais à savoir si cette mobilisation permettra de rouvrir les canaux du dialogue ou si elle marquera une nouvelle étape dans l’escalade entre les avocats et les pouvoirs publics. Une chose est sûre : ce jeudi 18 juin, devant le palais de justice de Tunis, les robes noires ont voulu rappeler qu’à leurs yeux, la défense des libertés demeure indissociable de la défense de leur profession.
N.J











