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Médicaments hors de prix, remboursements tardifs : Chkoundali alerte sur une santé à crédit

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Par Imen Nouira

    Prix jugés excessifs, remboursements tardifs de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), pénuries persistantes et disparition des facilités de paiement après la réforme des chèques : le professeur universitaire en économie Ridha Chkoundali estime que l’accès aux soins devient de plus en plus difficile pour de nombreux Tunisiens. Dans un post Facebook daté du jeudi 18 juin 2026, il appelle les pouvoirs publics à agir rapidement et met en doute la réalité du rôle social revendiqué par l’État.

    Depuis plusieurs mois, le professeur universitaire en économie Ridha Chkoundali multiplie les alertes concernant les difficultés rencontrées par les Tunisiens pour accéder aux soins. Après avoir dénoncé, en avril dernier, les pénuries de médicaments, la lourdeur des procédures de remboursement et le poids croissant des dépenses de santé sur les ménages, l’universitaire revient à la charge avec une nouvelle publication consacrée à ce qu’il qualifie de « prix exorbitants » des médicaments et aux obstacles financiers auxquels sont confrontés les patients.

    Dans son statut, M. Chkoundali estime que les tarifs actuellement pratiqués ne correspondent plus au niveau de revenu moyen des Tunisiens, et encore moins à celui des catégories les plus modestes.

    « Les prix actuels des médicaments ne sont pas compatibles avec le niveau de revenu moyen en Tunisie, sans même parler des faibles revenus », écrit-il.

    Pour l’universitaire, cette situation illustre une dégradation continue du pouvoir d’achat des ménages face à des dépenses de santé devenues de plus en plus difficiles à supporter. Il considère que l’accès aux traitements ne dépend plus uniquement de leur disponibilité, mais également de la capacité financière des patients à en assumer le coût.

    Des dépenses de santé de plus en plus difficiles à assumer

    Au-delà du niveau des prix, l’universitaire pointe les difficultés de trésorerie auxquelles sont confrontés de nombreux ménages lorsqu’ils doivent faire face à des traitements coûteux, notamment dans le cas des maladies chroniques.

    Selon lui, la réforme du régime des chèques a profondément modifié les habitudes de paiement. Alors qu’il était auparavant possible, dans certains cas, d’étaler le règlement d’une facture importante grâce à des chèques de garantie, cette solution n’est désormais plus accessible.

    Pour les patients devant acquitter des sommes élevées en pharmacie, cette évolution crée, selon M. Chkoundali, une nouvelle contrainte financière. Beaucoup seraient ainsi amenés à solliciter l’aide de proches ou à s’endetter pour pouvoir acheter l’intégralité de leurs traitements avant de déposer leurs dossiers de remboursement auprès de la Caisse nationale d’assurance maladie.

    « Avec la nouvelle loi sur les chèques, le Tunisien n’a plus la possibilité d’échelonner le paiement d’une facture élevée de médicaments et se trouve contraint d’emprunter à ses proches afin de pouvoir acheter l’ensemble des traitements prescrits », affirme-t-il.

    L’économiste considère que cette situation est particulièrement problématique pour les personnes atteintes de maladies chroniques, dont les dépenses de santé sont récurrentes et souvent incompressibles.

    La question des remboursements au cœur des critiques

    Ridha Chkoundali réserve également une large part de ses critiques au fonctionnement de la Cnam. Il estime que les délais de remboursement demeurent excessivement longs et que les assurés continuent à faire face à de nombreuses contraintes administratives.

    « Le système de la Cnam ne permet pas au citoyen de récupérer ses droits dans des délais raisonnables », affirme-t-il, évoquant également des procédures qu’il juge complexes et décourageantes.

    Et d’ajouter que même lorsque le remboursement intervient, ce qui reste selon lui loin d’être systématique, les assurés doivent souvent faire face à un parcours administratif long et contraignant.

    L’universitaire estime que ces remboursements sont souvent précédés de démarches administratives répétées et de délais pouvant atteindre plusieurs mois. Il évoque notamment des périodes d’attente de quatre à cinq mois avant la récupération des sommes engagées, alors même qu’une nouvelle facture de traitement peut déjà être arrivée à échéance. Or, durant cet intervalle, les patients doivent continuer à financer leurs traitements.

    Cette situation engendrerait, selon lui, un phénomène d’endettement progressif. Les assurés seraient contraints de contracter une nouvelle dette pour acheter les médicaments du mois suivant avant même d’avoir récupéré les sommes avancées pour la facture précédente.

    « Une véritable boule de neige de dettes familiales finit alors par se constituer », prévient-il.

    Des médicaments toujours difficiles à trouver

    Au-delà de la question des prix et du remboursement, Ridha Chkoundali rappelle que de nombreux patients continuent à se heurter à l’indisponibilité de plusieurs médicaments dans les pharmacies.

    Le titre même de sa publication associe d’ailleurs la flambée des prix à la difficulté de trouver certains traitements. Selon lui, ces pénuries compliquent davantage le parcours des malades, notamment ceux souffrant de pathologies chroniques nécessitant un suivi régulier et une prise continue de médicaments.

    L’universitaire estime que l’accès aux soins ne peut être garanti lorsque les patients sont confrontés simultanément à des prix élevés, à des délais de remboursement importants et à l’absence de certains produits pharmaceutiques sur le marché.

    Un appel à adapter le système à la nouvelle législation sur les chèques

    Pour Ridha Chkoundali, l’entrée en vigueur de la nouvelle législation sur les chèques aurait dû s’accompagner d’une adaptation du système de remboursement des dépenses de santé.

    L’universitaire estime ainsi que la Cnam devrait accélérer le traitement des dossiers, particulièrement pour les personnes souffrant de maladies chroniques ayant opté pour le régime de remboursement.

    Selon lui, nombre de ces patients ont choisi cette formule précisément en raison de l’indisponibilité de plusieurs médicaments dans les autres régimes de prise en charge. Cette situation les oblige à avancer eux-mêmes les frais, tout en supportant ensuite des délais de remboursement qu’il juge excessifs.

    Dans ce contexte, il considère que la réduction des délais de remboursement constitue désormais une nécessité sociale autant qu’économique.

    L’État social mis à l’épreuve

    Au-delà des aspects financiers et administratifs, Ridha Chkoundali élargit son analyse à la question du rôle de l’État.

    L’universitaire estime que les difficultés rencontrées quotidiennement par les citoyens dans les secteurs de la santé et de l’éducation sont en contradiction avec le discours officiel mettant en avant la dimension sociale de l’action publique.

    « On ne peut pas parler du rôle social de l’État, slogan mis en avant par le gouvernement, sans qu’il se concrétise au moins dans les secteurs de la santé et de l’éducation », écrit-il. À ses yeux, les dysfonctionnements observés dans ces deux domaines traduisent un recul progressif de l’intervention publique et une détérioration des services essentiels.

    « Ce que nous vivons quotidiennement comme difficultés et souffrances dans ces deux secteurs n’annonce rien de bon et montre clairement que l’État a totalement renoncé à ce rôle noble », ajoute-t-il.

    Cette nouvelle sortie de Ridha Chkoundali s’inscrit ainsi dans la continuité de ses précédentes prises de position sur le système de santé. Après avoir alerté sur les pénuries de médicaments et les difficultés d’accès aux traitements, l’économiste met désormais l’accent sur un autre maillon de la chaîne : la capacité financière des patients à supporter le coût des soins dans l’attente des remboursements. Une problématique qui dépasse la seule question sanitaire et qui relance, une nouvelle fois, le débat sur la capacité de l’État à garantir un accès effectif aux soins et à donner une traduction concrète au principe d’État social régulièrement mis en avant par les autorités.

    I.N.

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