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Sadok Mourali, le ministre d’une débâcle nationale

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Service IA, Business News

Par Raouf Ben Hédi

    Humiliation historique à la Coupe du monde, champion paralympique en rupture avec sa fédération, stade d’El Menzah toujours fermé : le sport tunisien traverse une crise sans précédent. À défaut de résultats, le ministre Sadok Mourali s’est surtout distingué par sa communication.

    Pendant longtemps, les contre-performances du sport tunisien pouvaient être expliquées par le manque de moyens, les difficultés des fédérations ou l’insuffisance des infrastructures. Aujourd’hui, ces explications ne suffisent plus. Les crises se succèdent à un rythme tel qu’elles dessinent une réalité beaucoup plus inquiétante : celle d’un secteur qui perd ses repères.

    La Coupe du monde vient d’en offrir l’illustration la plus spectaculaire.

    Jamais la sélection nationale n’avait connu une telle humiliation. Trois matches, trois défaites, douze buts encaissés face à la Suède (5-1), au Japon (4-0) et aux Pays-Bas (3-1). 17 buts si l’on ajoute la lourde défaite en match de préparation contre la Belgique (5-0). Dernière des 48 nations qualifiées, avec un goal-average de -10, la Tunisie signe la pire campagne de son histoire en Coupe du monde. Jamais, en près d’un demi-siècle de compétitions internationales, la Tunisie n’avait offert un visage aussi démuni. Une telle débâcle n’est plus un accident, c’est l’image crue d’un sport tunisien qui s’effondre sous nos yeux.

    Une crise qui dépasse le football

    Comme si douze buts encaissés et une dernière place mondiale ne suffisaient pas, le sport tunisien a offert, cette semaine, un nouveau spectacle désolant.

    Cette fois, il concernait Amenallah Tissaoui. Quelques heures après avoir battu, pour la troisième fois cette saison, le record du monde du 1.500 mètres paralympique, le champion tunisien dénonçait publiquement son sentiment d’abandon, son manque de reconnaissance et ses différends avec sa fédération. Cette dernière rejette ces accusations et affirme avoir rempli toutes ses obligations administratives et financières.

    Au fond, la question n’est même pas de savoir qui dit vrai. Le véritable problème est qu’un recordman du monde tunisien en arrive à laver son linge sale sur Facebook. Dans un système sportif qui fonctionne, un recordman du monde n’a pas besoin de Facebook pour se faire entendre. Son différend avec sa fédération aurait dû se régler dans le bureau du ministre, loin du spectacle public, avec un État capable d’appeler, de convoquer et de trancher.

    Cette nouvelle affaire s’ajoute à une série de crises qui, depuis plusieurs années, minent le sport tunisien bien au-delà du seul football.

    Des images plutôt que des résultats

    Ces deux affaires (la débâcle en Coupe du monde et l’appel au secours public d’un recordman du monde) ont en commun d’avoir éclaté sans que le ministère ne les anticipe, ne les gère ni n’en assume visiblement la responsabilité. Ce n’est pas un hasard de calendrier, c’est le portrait d’un ministre.

    Depuis sa nomination, en août 2024, Sadok Mourali s’est surtout illustré par sa communication.

    On se souvient de cette séquence où il expliquait à un jeune qu’il devrait renoncer à son rêve sportif pour créer une entreprise communautaire sur un terrain municipal. Ce n’était pas une réponse aux difficultés du jeune. C’était un slogan politique reprenant l’un des projets les plus chers au président Kaïs Saïed.

    Alors que les préparatifs de la Coupe du monde entraient dans leur phase décisive, le ministre a choisi le mois dernier de médiatiser son pèlerinage à La Mecque. Déplacement dans une délégation officielle, passage par l’aérogare présidentielle, publication de plusieurs photographies en tenue de pèlerin.

    Personne ne lui reproche d’avoir accompli un devoir religieux. En revanche, le choix d’en faire une opération de communication publique, précisément à ce moment-là, interroge inévitablement sur ses priorités. Les Tunisiens attendaient un ministre concentré sur la Coupe du monde. Ils ont surtout vu un ministre faire de son pèlerinage une séquence de communication.

    Le contraste avec les résultats est saisissant

    La question s’impose d’elle-même : à quoi sert encore le ministre des Sports ?

    Un ministre ne marque pas de buts, il ne court pas le 1.500 mètres et ne construit pas lui-même un stade.

    En revanche, il fixe une stratégie, arbitre les conflits, accompagne les fédérations, soutient les champions et assume les résultats de son secteur.

    Or, aujourd’hui, le ministère donne surtout le sentiment de courir derrière les événements.

    Le football traverse la pire Coupe du monde de son histoire.

    Et chaque nouvelle crise renforce l’impression d’un ministère davantage dans la réaction que dans l’action.

    Le temps des responsabilités

    Sadok Mourali n’est pas responsable de tous les problèmes du sport tunisien, loin s’en faut. Le déclin est ancien et certaines décisions qui pèsent encore aujourd’hui ont été prises bien avant son arrivée.

    Mais cela fait désormais suffisamment longtemps qu’il est en poste pour que les résultats lui appartiennent aussi.

    Avant Sadok Mourali, il y avait Kamel Deguiche. Sous son mandat, le président de la Fédération tunisienne de football, Wadie El Jary, a été harcelé puis jeté en prison. Le stade olympique d’El Menzah a été détruit sans qu’aucune reconstruction ne voie le jour. Les fédérations ont continué à naviguer de crise en crise et le sport tunisien a poursuivi son lent décrochage.

    Puis Kamel Deguiche est parti et Sadok Mourali est arrivé.

    Et rien n’a changé. Les crises continuent de s’accumuler, les scandales se succèdent, les résultats continuent de se dégrader et les champions continuent de se sentir abandonnés.

    Sous le régime de Kaïs Saïed, on change facilement les ministres. C’est plus simple que de changer de politique. Et à un moment, il faut cesser de croire aux coïncidences.

    Quand deux ministres se succèdent, que les problèmes s’aggravent et que les résultats continuent de se dégrader, la question dépasse forcément les ministres. Elle remonte jusqu’à celui qui les nomme, fixe leurs priorités et imprime la ligne de l’État.

    Le problème dépasse désormais la personne de Sadok Mourali.

    Le sport tunisien a besoin d’une nouvelle politique, d’une nouvelle vision et d’un sang neuf. Pas seulement au ministère des Sports, mais partout où les mêmes responsables continuent d’appliquer les mêmes recettes en espérant des résultats différents.

    Cela ne signifie pas pour autant que Sadok Mourali doive être exonéré de ses responsabilités. Au contraire.

    Dans n’importe quelle démocratie, un ministre qui devient le visage d’une telle succession d’échecs en tire les conséquences ou les pouvoirs publics les tirent à sa place.

    Le maintien de Sadok Mourali envoie aujourd’hui un message inquiétant : celui d’un pouvoir qui considère qu’une humiliation historique à la Coupe du monde, un champion du monde qui règle publiquement ses différends avec sa fédération et un sport qui accumule les crises ne justifient même plus une remise en question.

    À force de communiquer sur tout, jusqu’à son propre pèlerinage, Sadok Mourali a fini par ne plus pouvoir communiquer sur la seule chose qui compte pour un ministre : ses résultats. Car la communication peut faire oublier une crise pendant quelques jours. Elle ne fait jamais gagner un match, reconstruire un stade ou accompagner un champion.

    Raouf Ben Hédi

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