La Tunisie s’apprête à affronter un nouvel épisode de chaleur intense. Selon les prévisions météorologiques, une hausse marquée des températures est attendue à partir du vendredi 10 juillet 2026, avec un pic de chaleur prévu les samedi 11 et dimanche 12 juillet, lit-on dans le bulletin météo du mercredi 8 juillet 2026.
Selon l’Institut national de la météorologie, les températures dépasseront les normales saisonnières de 6 à 10°C sur la majorité du territoire. Les maximales oscilleront généralement entre 40 et 45°C, accompagnées du chergui (sirocco), un vent chaud et sec qui accentuera la sensation de chaleur. Les régions côtières de l’est seront relativement épargnées, avec des températures comprises entre 34 et 39°C.
Cette vague de chaleur devrait se prolonger en début de semaine prochaine, notamment dans les régions de l’ouest où les températures resteront particulièrement élevées sous l’effet persistant du sirocco.
Si les vagues de chaleur ont toujours existé sous les latitudes méditerranéennes, les climatologues observent depuis plusieurs décennies une évolution préoccupante : elles sont désormais plus fréquentes, plus précoces, plus longues et plus intenses.
Selon les travaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), le réchauffement climatique d’origine humaine augmente significativement la probabilité de survenue d’épisodes caniculaires extrêmes. Chaque augmentation de la température moyenne mondiale accroît également la fréquence des records de chaleur.
Le bassin méditerranéen figure d’ailleurs parmi les régions identifiées comme des « hotspots » du changement climatique, où le réchauffement est plus rapide que la moyenne mondiale.
Cette aggravation est également liée au réchauffement exceptionnel de la mer Méditerranée.
Depuis plusieurs années, les températures de surface de la Méditerranée atteignent régulièrement des niveaux record durant l’été. Une mer plus chaude agit comme un immense réservoir d’énergie, favorisant l’installation de masses d’air très chaudes et limitant le rafraîchissement nocturne.
Les nuits tropicales, durant lesquelles la température ne descend plus sous les 25°C dans certaines régions, deviennent ainsi plus fréquentes. Or, l’absence de baisse des températures pendant la nuit empêche l’organisme de récupérer efficacement après une journée de forte chaleur.
Les spécialistes évoquent également le phénomène du dôme de chaleur, de plus en plus observé lors des épisodes extrêmes.
Il s’agit d’une vaste zone de haute pression atmosphérique qui agit comme un couvercle au-dessus d’une région. Cette configuration bloque la circulation normale de l’air, comprime les masses d’air vers le sol et entraîne un réchauffement supplémentaire de l’atmosphère.
En empêchant les nuages et les perturbations de se développer, le dôme de chaleur favorise plusieurs journées, voire plusieurs semaines, de températures exceptionnellement élevées.
Lorsque ce phénomène coïncide avec des sols très secs et des vents chauds comme le sirocco, la chaleur peut atteindre des niveaux particulièrement dangereux.
Au-delà de l’inconfort, ces vagues de chaleur représentent un véritable enjeu de santé publique.
Le corps humain maintient normalement une température interne proche de 37°C grâce à la transpiration et à la circulation sanguine. Mais lorsque la température extérieure devient très élevée, surtout en l’absence de rafraîchissement nocturne, ces mécanismes perdent progressivement leur efficacité.
Les premiers symptômes peuvent apparaître rapidement : fatigue intense, déshydratation, maux de tête, vertiges, crampes musculaires et baisse des capacités de concentration.
Dans les situations les plus sévères, l’organisme peut être victime d’un coup de chaleur, une urgence médicale caractérisée par une température corporelle dépassant 40°C, accompagnée de troubles neurologiques pouvant évoluer vers une défaillance multiviscérale si la prise en charge n’est pas immédiate.
Les personnes âgées, les nourrissons, les femmes enceintes, les travailleurs exposés en extérieur ainsi que les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires, respiratoires ou rénales figurent parmi les populations les plus vulnérables.
Les scientifiques soulignent également que les épisodes de chaleur prolongés aggravent les maladies chroniques, perturbent le sommeil, réduisent les performances physiques et cognitives; et augmentent la mortalité.
Plusieurs pays européens viennent d’ailleurs de subir une vague de chaleur exceptionnelle, avec des températures dépassant localement les 40°C et des conséquences humaines importantes. Les premières estimations sanitaires font état de 4 000 décès liés à la chaleur en Europe au cours des dernières semaines.
Ces bilans rappellent que les vagues de chaleur ne constituent pas uniquement un phénomène météorologique, mais un risque sanitaire majeur. Avec l’augmentation de la fréquence et de la durée des épisodes extrêmes sous l’effet du changement climatique, la chaleur est désormais considérée par les spécialistes comme un « tueur silencieux ».
N.J












Commentaire
HatemC
Pourquoi ces épisodes deviennent-ils de plus en plus extrêmes ? Parce que l’aménagement du territoire et le manque d’anticipation politique qui transforment ces vagues de chaleur en crises majeures…. Le contraste avec la « Tunisie El Khadra » (la Tunisie Verte) des poèmes est particulièrement juste. Aujourd’hui, le pays fait face à un double défi : un réchauffement climatique global subi, et une vulnérabilité locale accentuée par des choix urbains et énergétiques obsolètes.
Le rendez-vous manqué de la transition énergétique
Il faut souligner le retard pris depuis les années 80. Avec plus de 300 jours d’ensoleillement par an, la Tunisie possède un gisement solaire exceptionnel. Pourtant :
– Le pays dépend encore massivement des énergies fossiles (notamment du gaz injecté pour l’électricité).
– Lors des canicules, la demande en climatisation explose, frôlant régulièrement le record de consommation nationale et menaçant le réseau de coupures (blackouts).
– Une transition précoce vers le solaire aurait non seulement réduit les émissions, mais aurait permis de concevoir des bâtiments bioclimatiques autosuffisants.
Pour que ces épisodes de sirocco et de canicule ne transforment pas les villes en pièges thermiques, la Tunisie doit repenser son urbanisme : réintroduire massivement les arbres d’ombrage adaptés à la sécheresse, utiliser des matériaux de construction réfléchissants (comme le blanchiment traditionnel des façades) et accélérer d’urgence les projets d’énergies renouvelables pour sécuriser le réseau électrique.