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L’énigme Samir Abdelli

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Service IA, Business News

Par Maya Bouallégui

    Condamné mardi 7 juillet à 18 ans de prison dans une affaire mêlant accusations à caractère terroriste et blanchiment d’argent, Samir Abdelli reste l’un des personnages les plus insaisissables de la scène publique tunisienne. Avocat, homme d’affaires, ancien candidat à la présidentielle, cité dans les SwissLeaks puis les Panama Papers, il a longtemps cultivé une forte présence médiatique avant de disparaître brutalement des radars après son arrestation en mai 2024. Retour sur le parcours d’un homme dont la trajectoire intrigue autant que son silence.

    Pendant des années, Samir Abdelli semblait avoir trouvé la formule que beaucoup d’avocats recherchent sans jamais la maîtriser : être aussi à l’aise devant les caméras que devant un tribunal. Il était partout, dans les studios de télévision, sur les plateaux de débat, dans les couloirs des tribunaux, au gré des conférences de presse et des polémiques politiques. Peu d’avocats maîtrisent aussi bien que lui l’exercice médiatique. Il savait parler aux journalistes, multiplier les interventions publiques et faire entendre sa voix lorsqu’il estimait qu’un dossier le méritait. Au fil du temps, il s’était constitué un solide carnet d’adresses dans les médias et comptait parmi ces avocats dont le visage était devenu familier du grand public. Puis, brusquement, le silence.

    Le 28 mai 2024, lorsqu’il est placé sous mandat de dépôt dans une affaire mêlant accusations à caractère terroriste, de complot contre l’Etat et de blanchiment d’argent, Samir Abdelli disparaît presque totalement de l’espace médiatique. Aucune conférence de presse de ses avocats, aucune offensive de communication, aucune campagne de soutien comparable à celles menées par d’autres personnalités politiques poursuivies ces dernières années. Ses avocats restent discrets, ses proches également. Celui qui avait toujours semblé parfaitement comprendre les ressorts de la communication publique choisit, ou se voit conseiller, une stratégie radicalement différente.

    Deux ans plus tard, le contraste n’en est que plus saisissant. Mardi 7 juillet 2026, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme le condamne en première instance à 18 ans de prison. Son chauffeur écope de trois ans d’emprisonnement et sa secrétaire, jugée en état de liberté, est condamnée à deux ans de prison. Pourtant, malgré l’importance de cette condamnation, le fond du dossier demeure largement inconnu du public, vu qu’aucun de ses avocats n’a donné de déclaration de presse explicative.

    Cette opacité nourrit aujourd’hui le mystère entourant Samir Abdelli. Car derrière cette condamnation se cache un personnage dont le parcours traverse depuis plus de vingt ans les mondes judiciaire, politique et financier.

    L’ambition présidentielle

    Né le 12 décembre 1967 à Tunis, Samir Abdelli exerce la profession d’avocat tout en développant progressivement des activités d’homme d’affaires. Mais c’est la politique qui lui offre, pendant un temps, sa plus forte visibilité.

    À l’automne 2014, quelques mois après l’adoption de la nouvelle Constitution, la Tunisie organise sa première élection présidentielle au suffrage universel depuis la révolution. Au milieu des grandes figures nationales, un nom surprend : Samir Abdelli.

    Sans disposer d’un grand parti ni d’une véritable machine électorale, il obtient néanmoins 20.000 parrainages de citoyens lui permettant de valider sa candidature. Il mène campagne comme indépendant et tente de s’imposer dans un scrutin largement dominé par Béji Caïd Essebsi et Moncef Marzouki.

    Les électeurs ne le suivent pas. Il recueille seulement 0,15% des suffrages (5054 voix) et quitte rapidement la course à Carthage. Cet échec électoral ne met toutefois pas fin à son exposition publique. Bien au contraire. Samir Abdelli demeure un intervenant régulier dans les médias et continue de cultiver son image d’avocat engagé, à la frontière du droit, des affaires et de la politique.

    Cette triple identité va bientôt lui valoir une tout autre notoriété.

    Quand son nom apparaît dans les Panama Papers

    En avril 2016, des centaines de médias à travers le monde publient les premières révélations des Panama Papers, la plus vaste fuite de documents financiers offshore jamais exploitée par un consortium international de journalistes.

    Parmi les milliers de noms figurant dans les archives du cabinet panaméen Mossack Fonseca apparaît celui de Samir Abdelli.

    L’enquête le décrit comme bien davantage qu’un simple avocat. Les documents consultés par les journalistes le présentent successivement comme avocat d’affaires, intermédiaire et actionnaire de plusieurs sociétés offshore créées entre 2006 et 2015. L’une d’elles, Faygate Corp, est constituée au Panama en novembre 2006 avant d’être dissoute en octobre 2014, au moment même où Samir Abdelli se lance dans la campagne présidentielle.

    Les Panama Papers relèvent également son implication dans d’autres montages internationaux et soulignent qu’il intervient parfois comme conseil juridique, parfois comme actionnaire, parfois encore comme facilitateur de structures destinées à des clients étrangers.

    Ces révélations ne débouchent cependant sur aucune condamnation judiciaire connue en Tunisie. Samir Abdelli conteste toute irrégularité. Il explique que les sociétés évoquées relevaient exclusivement de son activité professionnelle et qu’aucune d’entre elles n’avait été créée dans un but illicite.

    Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que son nom apparaît dans une enquête financière internationale.

    En février 2015 déjà, quelques mois avant les Panama Papers, les Swiss Leaks révélaient l’existence d’un compte ouvert à son nom auprès de HSBC Private Bank en Suisse. Selon cette enquête, ce compte, ouvert en 2006, aurait enregistré une opération d’environ 80.000 dollars. Là encore, Samir Abdelli avait fermement contesté toute fraude ou toute évasion fiscale, expliquant notamment qu’il ne résidait pas en Tunisie à l’époque et que ce compte pouvait être lié à son activité professionnelle. Une instruction judiciaire a bel et bien été ouverte par le parquet de Tunis, mais on ignore ce qu’elle a donné comme résultat et si elle a abouti à un procès.

    À cette époque, ces révélations alimentent les débats mais ne bouleversent pas durablement son parcours. Samir Abdelli continue d’exercer, de fréquenter les médias et d’évoluer dans les milieux politique et judiciaire. Rien ne laisse encore présager que, quelques années plus tard, son nom sera au cœur d’une enquête d’une tout autre nature.

    Une enquête aux contours mouvants

    Le 28 mai 2024 marque un tournant. Ce jour-là, Samir Abdelli est interpellé puis placé sous mandat de dépôt par le pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme. Les qualifications retenues sont lourdes : divulgation de secrets d’État, complot contre la sûreté de l’État, intelligence avec des parties étrangères et blanchiment d’argent. L’information fait immédiatement grand bruit. L’un des aspects les plus étonnants de cette affaire est son point de départ : la plainte émane du… propre frère de Samir Abdelli. Celui-ci aurait affirmé aux enquêteurs détenir des informations faisant état d’un complot contre l’État. Au cours de l’instruction, les magistrats évoquent également l’existence d’échanges entre l’avocat et des parties étrangères, sans que leur contenu ne soit rendu public. Très vite, l’enquête semble dépasser le seul cas de Samir Abdelli.

    Le jour même de son arrestation, Business News révèle que les investigations s’intéressent également à d’autres personnalités, parmi lesquelles l’ancienne directrice du cabinet présidentiel, Nadia Akacha, et l’ancien directeur général de la Sûreté nationale, Kamel Guizani. Quelques semaines plus tard, Le Courrier de l’Atlas rapporte de son côté que l’homme d’affaires Slim Chiboub aurait lui aussi été placé en garde à vue dans le cadre de cette enquête.

    Deux ans plus tard, une question demeure pourtant sans réponse : qu’est-il advenu de ces différentes pistes ? Les éléments rendus publics ne permettent pas de savoir si elles ont été abandonnées, disjointes ou poursuivies dans d’autres procédures. Le jugement rendu hier mardi ne concerne, lui, que Samir Abdelli, son chauffeur et sa secrétaire.

    Contrairement à d’autres grands dossiers politico-judiciaires de ces dernières années, l’affaire Abdelli n’a donné lieu ni à la publication de larges extraits de la procédure, ni à une bataille médiatique nourrie entre défense et accusation. Au fil des mois, les qualifications pénales sont restées connues. Les faits précis qui les sous-tendent, eux, sont demeurés largement hors de la connaissance du public.

    Deux ans d’instruction dans un silence inhabituel

    Après plus d’une année d’investigations, le premier juge d’instruction du pôle judiciaire antiterroriste prononce, en août 2025, la clôture de l’information judiciaire.

    Samir Abdelli est alors renvoyé devant la chambre d’accusation spécialisée dans les affaires de terrorisme, qui décide à son tour de le traduire devant la chambre criminelle spécialisée près le Tribunal de première instance de Tunis.

    Mardi 7 juillet 2026, le verdict tombe. L’avocat est condamné, en première instance et en sa présence, à 18 ans de prison pour des infractions à caractère terroriste et de blanchiment d’argent. Son chauffeur écope de trois ans de prison. Sa secrétaire, qui comparaissait libre, est condamnée à deux ans d’emprisonnement.

    Le jugement reste susceptible d’appel.

    Au-delà de la sévérité de la peine, une interrogation demeure : les qualifications pénales évoquées au début de l’enquête sont-elles toutes celles qui ont finalement fondé la condamnation ? Les informations rendues publiques ne permettent pas de répondre avec certitude à cette question. Les chefs d’inculpation initiaux étaient connus. Les motifs détaillés du jugement, eux, ne l’étaient pas encore au moment où nous écrivons ces lignes.

    Le plus grand mystère : son silence

    Le silence de l’avocat est finalement ce qui intrigue le plus. Samir Abdelli n’est pas un inconnu découvrant brutalement le fonctionnement des médias. Pendant des années, il en a fréquenté les rédactions, les plateaux de télévision et les studios de radio. Il connaît personnellement de nombreux journalistes et responsables de médias. Il sait comment se construit une opinion publique et comment se mène une bataille de communication. Or, depuis son arrestation en 2024, il n’a pas fait fonctionner son réseau médiatique.

    Ni conférence de presse de ses proches, ni campagne médiatique organisée, ni interventions répétées de ses avocats. Ni stratégie de communication destinée à défendre sa version des faits, comme on a pu l’observer dans de nombreux autres dossiers politico-judiciaires récents.

    Ce silence ne signifie évidemment rien en lui-même et n’autorise aucune conclusion. Il peut relever d’un choix personnel, d’une stratégie de défense ou d’une recommandation des conseils de l’intéressé.  Ce silence tranche toutefois avec le personnage que les Tunisiens avaient appris à connaître.

    Pendant plus d’une décennie, Samir Abdelli a occupé des univers rarement réunis chez une même personne : le barreau, les affaires, la politique et les médias. Il a été candidat à la magistrature suprême, cité dans deux grandes enquêtes financières internationales, puis condamné dans un dossier dont les contours demeurent encore largement méconnus.

    Au fond, c’est là que réside la véritable énigme Samir Abdelli.

    Non pas dans l’image souvent sulfureuse qui lui a longtemps collé à la peau, ni même dans la lourde condamnation prononcée mardi.

    Mais dans ce paradoxe d’un homme qui, après avoir passé des années à occuper la scène publique, a choisi (ou s’est résigné) à la quitter au moment où toute la Tunisie aurait voulu entendre sa version de l’histoire.

    Maya Bouallégui

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    2 commentaires

    1. Bourdon croyant soulever lièvre...

      Répondre
      8 juillet 2026 | 19h58

      « Quoi de neuf à carrer, docteur ? »

      « Rien à carrer. »

      Kissidi ki jwadou.

      Version de l’appareil judiciaire satrapisé esKroK enturbanné bullchiiteur comme celle connue courrue d’avance typé avocat véreux « pa(l)per pa(l)per »…

      Mêmes tenants, mêmes aboutissants.
      Ni étonnant ni intriguant.
      MiKS et remiKS.

      Encore un papier sans grand intéret.

      Peu importe.

      Bientôt tout un pays fixé par sa massive, populaire et pacifique reddition démocratique autentique et transparente imposée de leurs sales comptes, sans oubli ni clémence.

      Allégo(l) rie..ou pas, d’ici là.

      https://m.youtube.com/watch?v=mRtkqog_DPA&list=RDmRtkqog_DPA&start_radio=1&pp=ygUPcGFuYW1hIHBhcGVyIG12oAcB

    2. Roberto Di Camerino

      Répondre
      8 juillet 2026 | 13h05

      Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures : la réponse est simple. Le régime a mis la justice à sa solde. Les magistrats qui lui sont inféodés n’obéissent qu’à leur maître, et le mécanisme est désormais parfaitement huilé.

      Vous avez des aspirations politiques ou vous devenez gênant ? Vous passez devant les tribunaux et, selon le « plat du jour », vous êtes accusé de terrorisme, de blanchiment d’argent ou d’atteinte à la sûreté de l’État.

      Puis tombent des peines d’une sévérité exceptionnelle, comparables à celles habituellement réservées aux crimes les plus graves, distribuées à tour de bras comme un simple instrument d’intimidation.

    Répondre

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