Après avoir évoqué une possible détente des prix il y a un mois, Hatem Ben Youssef revoit désormais ses prévisions. Le gramme d’or 18 carats est aujourd’hui vendu à partir de 430 dinars en Tunisie et, selon le président de la Chambre syndicale des bijoutiers, un recul significatif des prix paraît désormais très peu probable à court terme.
Hatem Ben Youssef, président de la Chambre syndicale des bijoutiers, est revenu, mardi 14 juillet 2026, au micro de Nabila Abid dans l’émission Yaoum Saïd sur la Radio nationale, sur l’évolution des prix de l’or en Tunisie et les difficultés que traverse le secteur.
Selon lui, le gramme d’or 18 carats est actuellement proposé à partir de 430 dinars dans les bijouteries, alors que son coût, hors fabrication, s’élève à environ 285 dinars lorsqu’il est acheté auprès de la Banque centrale de Tunisie.
Des prix toujours élevés malgré le recul du coût de l’or
Hatem Ben Youssef a expliqué que l’écart entre le coût de l’or acheté par les professionnels et le prix payé par le consommateur s’explique notamment par les coûts de fabrication, le travail artisanal et les conditions dans lesquelles les stocks ont été constitués.
Au plus fort de la hausse, le prix de certains bijoux avait dépassé 500 dinars le gramme. Il est désormais possible de trouver de l’or 18 carats autour de 430 à 440 dinars le gramme, mais ce niveau constitue, selon lui, un minimum et varie en fonction du modèle et du travail de fabrication.
Le responsable professionnel a souligné que plusieurs commerçants détiennent encore des stocks acquis lorsque les cours étaient particulièrement élevés. Certains sont ainsi contraints de vendre avec des marges très faibles, voire à leur prix de revient, afin de pouvoir renouveler progressivement leurs marchandises.
Cette situation intervient en pleine saison estivale, période traditionnellement marquée en Tunisie par les mariages et les fiançailles et, par conséquent, par une demande plus soutenue de bijoux. Le marché reste toutefois pénalisé par l’érosion du pouvoir d’achat, qui pousse une partie des consommateurs à réduire leurs achats ou à privilégier l’argent ou les bijoux d’imitation.
Une flambée alimentée par les tensions internationales
Hatem Ben Youssef a expliqué la forte hausse des prix de l’or par les tensions géopolitiques internationales, notamment la guerre russo-ukrainienne et les conflits au Moyen-Orient.
Selon lui, le gel de certains avoirs russes et les tensions autour des monnaies internationales ont contribué à renforcer la méfiance envers le dollar. De nombreuses banques centrales et plusieurs États auraient ainsi accru leurs achats d’or afin de sécuriser une partie de leurs réserves.
La Chine, la Russie et plusieurs pays du Golfe figurent, selon le responsable, parmi les acteurs qui soutiennent la demande mondiale. Dans ce contexte, l’or continue de jouer son rôle de valeur refuge.
La Tunisie demeure directement exposée à ces évolutions, puisque la matière première utilisée par les bijoutiers est importée et suit les fluctuations du marché international.
Des perspectives moins optimistes qu’en juin
Cette analyse marque une évolution par rapport aux propos tenus par Hatem Ben Youssef un mois plus tôt. Le 12 juin 2026, le président de la Chambre syndicale des bijoutiers estimait que le marché de l’or avait amorcé une baisse après plusieurs mois de flambée.
Il indiquait alors que le coût du gramme d’or 18 carats acheté par les professionnels, après avoir atteint près de 380 dinars, était retombé autour de 295 à 297 dinars. Cette détente du prix de la matière première pouvait, selon lui, permettre au prix de vente dans les bijouteries de revenir progressivement dans une fourchette comprise entre 400 et 420 dinars le gramme.
Un mois plus tard, le responsable se montre nettement plus prudent. Il estime désormais qu’une baisse importante des prix est très peu probable et écarte notamment un retour aux niveaux observés en 2024, lorsque le gramme d’or 18 carats tournait autour de 200 dinars.
Il prévoit également une hausse du prix de l’argent, portée notamment par le renforcement de la demande mondiale liée aux batteries, aux véhicules électriques et aux équipements d’énergie solaire.
Pour Hatem Ben Youssef, tant que les tensions géopolitiques continueront d’alimenter la demande mondiale pour l’or, un retour à des niveaux de prix comparables à ceux de 2024 restera très improbable. Dans ce contexte, les ménages devront composer avec des prix durablement élevés au moment où débute la période traditionnellement la plus active de l’année pour les achats de bijoux.
I.N.












Commentaire
Roberto Di Camerino
Cet article et cette étude de marché passent complètement à côté de l’essentiel. Comparer le prix de l’or après sa transformation n’a aucun sens.
Un même gramme d’or, travaillé à Paris, Florence ou New York, peut valoir de 30 à 100 fois plus que ce même gramme façonné à Tunis ou à Sfax. La valeur ne réside plus dans le métal lui-même, mais dans le savoir-faire, le design, l’exclusivité et la réputation de la maison qui le signe.
Allez donc acheter une création Bulgari, Van Cleef & Arpels, Chaumet ou Cartier : vous constaterez immédiatement que son prix n’est plus déterminé par le poids de l’or, mais par la qualité exceptionnelle de l’ouvrage, le prestige de la marque et son héritage. En réalité, vous n’achetez pas seulement de l’or ; vous achetez avant tout une signature.