Malgré des barrages remplis à environ 60% de leur capacité, de nombreux Tunisiens continuent de subir des coupures d’eau. La Sonede assure qu’il ne s’agit pas d’un retour des restrictions liées au manque de ressources hydriques, mais des conséquences des coupures d’électricité provoquées par la forte pression exercée sur le réseau durant cette période de canicule, auxquelles s’ajoutent plusieurs contraintes techniques. Avec une vague de chaleur qui devrait se poursuivre jusqu’aux 24 ou 25 juillet, ces perturbations pourraient se prolonger tant que le réseau électrique restera soumis à une forte demande.
Jeudi 16 juillet 2026, Mounir Dridi, directeur régional de l’exploitation et de la distribution de l’eau du Grand Tunis à la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede), est intervenu au micro de Jihene Miled dans l’émission Ahla Sbeh sur Mosaïque FM pour expliquer les nombreuses interruptions d’alimentation en eau enregistrées ces derniers jours dans plusieurs régions du pays.
Selon lui, ces perturbations sont principalement la conséquence des coupures d’électricité qui empêchent le fonctionnement des stations de pompage, auxquelles s’ajoutent les fortes consommations d’eau observées durant cette période de canicule.
Des coupures d’électricité qui perturbent la distribution d’eau
Mounir Dridi distingue trois types d’interruptions. Le premier correspond aux coupures programmées, annoncées à l’avance lorsqu’elles sont nécessaires pour réaliser des travaux de maintenance sur les réseaux, les conduites ou les stations de pompage. Le deuxième concerne les pannes imprévues, provoquées notamment par des casses ou des fuites nécessitant une intervention urgente. Enfin, la troisième catégorie, qui explique selon lui la majorité des perturbations observées ces derniers jours, résulte des coupures d’électricité.
« Lorsque les stations de pompage sont privées d’électricité, elles s’arrêtent automatiquement. Les réseaux d’eau et les réseaux électriques sont intimement liés : sans électricité, les stations ne peuvent plus alimenter les réservoirs », a-t-il expliqué.
Cette analyse rejoint celle présentée la veille par le PDG de la Steg, Fayçal Trifa, selon laquelle les fortes chaleurs entraînent une hausse exceptionnelle de la consommation d’électricité, mettant le réseau sous forte pression et provoquant des coupures destinées à préserver son équilibre, auxquelles peuvent également s’ajouter des incidents techniques.
Le retour de l’électricité ne rétablit pas immédiatement l’eau
Le responsable de la Sonede insiste également sur un point souvent mal compris par les usagers : le rétablissement du courant ne signifie pas un retour instantané de l’eau.
Lorsque les stations de pompage s’arrêtent, les réservoirs se vident progressivement et de l’air pénètre dans les conduites. Une fois l’électricité rétablie, les équipes doivent remettre progressivement le réseau sous pression, évacuer cet air et remplir de nouveau les canalisations.
« Cette opération peut prendre quatre à cinq heures. Ce n’est pas parce que l’électricité revient que l’eau peut être distribuée immédiatement », a précisé Mounir Dridi.
Les quartiers situés en altitude sont généralement les derniers à retrouver une alimentation normale, le temps que les réservoirs se remplissent de nouveau et que la pression redevienne suffisante.
Une consommation qui explose pendant les fortes chaleurs
Au-delà des coupures d’électricité, la Sonede souligne que la consommation d’eau atteint actuellement des niveaux exceptionnels.
Mounir Dridi compare le réseau à une autoroute : lorsque la circulation est fluide, l’infrastructure absorbe facilement le trafic, mais aux heures de pointe, elle atteint rapidement ses limites.
Selon lui, deux pics de consommation sont observés quotidiennement, en milieu de journée puis en soirée, lorsque la majorité des habitants rentrent chez eux.
Durant ces périodes, la demande peut augmenter de 50% à 60% par rapport à la normale. Le niveau des réservoirs baisse alors rapidement, entraînant une diminution de la pression, notamment dans les immeubles élevés et les quartiers situés en hauteur.
Des réserves d’eau rassurantes, mais un réseau sous tension
Ces difficultés surviennent pourtant alors que les réserves hydriques du pays se sont nettement améliorées.
Fin juin, le directeur général des Barrages et des grands travaux hydrauliques au ministère de l’Agriculture, Faiez Moslem, avait indiqué que les barrages tunisiens affichaient un taux de remplissage d’environ 60%, contre 41% à la même période en 2025. Il avait qualifié cette situation de « très rassurante », estimant que les réserves disponibles permettraient de couvrir les besoins durant l’été, tout en rappelant que certaines difficultés persistent dans quelques barrages du Centre, notamment celui de Nebhana.
Les perturbations actuelles sont donc davantage liées aux contraintes d’exploitation du réseau de distribution qu’à un manque d’eau disponible.
Des perturbations qui pourraient durer encore plusieurs jours
Les usagers devront donc encore s’armer de patience. Selon le spécialiste des questions climatiques Hamdi Hached, la vague de chaleur actuelle devrait se poursuivre pratiquement jusqu’aux 24 ou 25 juillet, avec des températures dépassant encore largement les 35 degrés Celsius sur une grande partie du pays et pouvant localement approcher les cinquante degrés Celsius.
Tant que cette chaleur exceptionnelle maintiendra la demande d’électricité à des niveaux très élevés, les coupures de courant devraient continuer à affecter le fonctionnement de certaines stations de pompage. Or, comme l’a rappelé la Sonede, toute interruption de l’alimentation électrique de ces équipements se répercute directement sur la distribution d’eau.
Les coupures d’eau pourraient donc continuer à affecter une partie des usagers, en particulier durant les périodes de plus forte consommation, jusqu’au recul durable des températures.
I.N.










