Les perturbations dans l’alimentation en eau potable qui touchent plusieurs régions du pays ne s’expliquent pas par une seule cause. Fuites, casses sur le réseau, difficultés liées aux ressources hydriques dans certaines régions et, surtout ces derniers jours, multiplication des coupures d’électricité : la Sonede fait face à une accumulation de contraintes qui affectent directement la continuité de la distribution. Selon Mounir Dridi, jusqu’à mille interruptions quotidiennes de courant ont été enregistrées au niveau des stations de pompage durant les journées des 14 et 15 juillet 2026.
Mounir Dridi, directeur régional de l’exploitation et de la distribution de l’eau du Grand Tunis à la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede), est revenu, lundi 20 juillet 2026, sur les perturbations d’approvisionnement en eau potable, dans une intervention téléphonique au micro de Nabila Abid dans l’émission Yaoum Saïd sur la Radio nationale.
Le responsable a expliqué que les interruptions constatées ces derniers jours résultent de plusieurs facteurs qui se cumulent. Aux casses et aux fuites enregistrées quotidiennement sur le réseau s’ajoutent des difficultés liées aux ressources hydriques dans certaines régions alimentées principalement par les nappes souterraines. Mais la multiplication récente des coupures d’électricité a, selon lui, considérablement aggravé la situation.
Entre 700 et mille coupures d’électricité par jour dans les stations de pompage
Mounir Dridi a indiqué que les stations de pompage de la Sonede avaient enregistré, durant les journées des 14 et 15 juillet, entre 700 et mille interruptions quotidiennes de l’alimentation électrique.
Une coupure de courant dans une station de pompage entraîne automatiquement l’arrêt des équipements et, par conséquent, l’interruption du remplissage des réservoirs et de l’alimentation du réseau. Lorsque cette situation se répète, les réservoirs se vident et les conduites se remplissent progressivement d’air, compliquant la remise en service du réseau.
Le retour de l’électricité ne signifie donc pas un rétablissement immédiat de l’alimentation en eau. Selon M. Dridi, il faut ensuite remettre les installations en fonctionnement, remplir les réservoirs et rétablir progressivement la pression dans les conduites. En fonction de la longueur du réseau et du niveau de remplissage des réservoirs, le retour à la normale peut ainsi nécessiter cinq, six, voire sept heures.
Le responsable avait déjà expliqué, jeudi 16 juillet sur Mosaïque FM, que les perturbations observées durant la vague de chaleur étaient en grande partie liées aux coupures d’électricité affectant les stations de pompage. Cette nouvelle intervention vient préciser l’ampleur du phénomène et confirmer l’impact direct des difficultés du réseau électrique sur la distribution de l’eau.
La Sonede ne prévoit toutefois pas, à ce stade, de coupures d’eau programmées pour les prochains jours. Mounir Dridi a précisé que les opérations de maintenance nécessitant une interruption planifiée de l’alimentation sont généralement réalisées en dehors de la période estivale. Il a cependant prévenu qu’une coupure d’électricité touchant une station de pompage pouvait automatiquement provoquer une interruption de l’eau ou une baisse de pression.
Environ 70 casses et 500 fuites enregistrées chaque jour
Les coupures d’électricité ne constituent cependant qu’une partie du problème. La Sonede exploite un réseau d’environ 60.000 kilomètres à travers le pays, sur lequel sont enregistrées quotidiennement, selon Mounir Dridi, environ 70 casses et 500 fuites.
La durée des perturbations provoquées par une casse varie selon l’importance de la conduite concernée. Une intervention sur une canalisation de petit diamètre peut nécessiter deux à trois heures, tandis qu’une casse affectant une conduite plus importante peut entraîner une interruption de sept à huit heures.
Le vieillissement d’une partie des infrastructures contribue également à la multiplication de ces incidents. Mounir Dridi a indiqué qu’environ 16% du réseau avait plus de 54 ans, une ancienneté qui favorise l’apparition de casses spontanées. D’autres dommages peuvent également être provoqués par des travaux et des opérations de terrassement réalisés sans coordination préalable avec la Sonede.
L’entreprise consacre, selon lui, chaque année une partie de son budget au renouvellement et à la réhabilitation du réseau afin de réduire progressivement ces incidents.
Des barrages à 60%, mais des difficultés persistantes pour les nappes souterraines
Sur le plan des ressources hydriques, Mounir Dridi a confirmé que la situation des eaux de surface était relativement favorable, avec un taux de remplissage des barrages avoisinant les 60%. Cette amélioration ne bénéficie toutefois pas de la même manière à toutes les régions.
Certaines zones, notamment dans le Centre, le Sud et une partie du Nord-Ouest, dépendent principalement des nappes souterraines et des forages. Or, après sept à huit années de sécheresse, ces nappes ont enregistré une baisse importante de leur niveau. Selon le responsable, une bonne saison pluvieuse ne suffit pas à inverser immédiatement cette tendance, la recharge des nappes nécessitant plusieurs années.
La Sonede a ainsi mis en œuvre un programme destiné à renforcer l’approvisionnement des régions confrontées à des difficultés, notamment à travers le forage de nouveaux puits, le raccordement de réseaux à d’autres ressources et le remplacement de pompes. Mounir Dridi a indiqué que le programme prévu pour 2026, doté d’une enveloppe d’environ 70 millions de dinars, avait été réalisé à près de 80%.
Le responsable a toutefois souligné que les difficultés se sont particulièrement accentuées avec la récente envolée des températures et la multiplication concomitante des coupures d’électricité. Avant le pic de chaleur, la Sonede ne constatait pas, selon lui, de perturbations d’une ampleur comparable.
Alors que la vague de chaleur continue de soumettre les réseaux d’eau et d’électricité à une forte pression, la situation met ainsi en évidence leur interdépendance : chaque interruption électrique affectant une station de pompage est susceptible de se répercuter plusieurs heures sur l’alimentation en eau, même après le rétablissement du courant.
I.N.












2 commentaires
Gg
L’eau, l’électricité, tout lâche.
Ma femme est en Tunisie en ce moment dans le centre du pays. Elle avait « des problèmes à regler ».
J’ai peur pour elle…
HatemC
Entre les coupures d’eau et d’électricité en été et les inondations systématiques en hiver, ce pays est devenu invivable. Même des zones en crise comme l’Afghanistan gèrent mieux le quotidien de leur population… Bienvenue dans le quart-monde.