L’hospitalisation de Rached Ghannouchi, âgé de 85 ans, et le silence des autorités sur son état de santé ont alimenté, dimanche, les rumeurs les plus graves. Au-delà de son cas, plusieurs personnalités politiques tunisiennes de plus de 60 ans restent incarcérées alors qu’elles ne sont poursuivies pour aucun crime de sang. De la France aux États-Unis, des mécanismes permettent pourtant d’adapter la peine à l’âge, à la santé et à la dangerosité réelle du détenu. La Tunisie ne peut attendre qu’un drame survienne pour ouvrir ce débat.
Rached Ghannouchi est-il toujours hospitalisé ? Dans quel établissement se trouve-t-il ? Quel est exactement son état de santé ? Ses jours sont-ils en danger ?
Depuis dimanche 26 juillet, aucune réponse officielle n’a été apportée à ces questions. La famille de l’ancien président de l’Assemblée des représentants du peuple affirme elle-même ne disposer d’aucune information précise.
Dans une longue vidéo publiée dimanche, sa fille Soumaya Ghannouchi a exprimé son inquiétude. Selon son témoignage, son père, âgé de 85 ans, souffre de plusieurs pathologies, dont la maladie de Parkinson. Ses avocats se seraient présentés à la prison pour lui rendre visite, mais auraient été informés de son transfert à l’hôpital, d’après ce qu’ils ont déclaré jeudi dernier. Son épouse et son autre fille se seraient alors rendues dans l’établissement hospitalier, sans être autorisées à le voir.
La famille ne demande même plus, à ce stade, un bulletin médical détaillé. Elle demande simplement de savoir où se trouve Rached Ghannouchi, dans quel état il est et si sa vie est menacée.
Le silence qui fabrique les rumeurs
Dimanche après-midi, puis tout au long de la soirée, les rumeurs les plus graves ont circulé sur les réseaux sociaux. Certaines publications annonçaient le décès de Rached Ghannouchi. D’autres affirmaient qu’il se trouvait dans un état critique. Aucune de ces informations n’a pu être vérifiée.
Les autorités n’ont ni confirmé ni démenti. Elles n’ont pas davantage communiqué sur son hospitalisation ou sur son état de santé.
Ce silence est incompréhensible. Rached Ghannouchi est un détenu placé sous la garde de l’État. Celui-ci porte donc la responsabilité entière de son intégrité physique, de son suivi médical et, en dernière instance, de sa vie. Lorsqu’un prisonnier de 85 ans, atteint selon sa famille de plusieurs maladies, est transféré à l’hôpital, une information minimale devrait être communiquée à ses avocats et à ses proches, dans le respect du secret médical.
L’absence d’information alimente les soupçons, donne du crédit aux nouvelles les plus invraisemblables et transforme un problème médical en crise politique.
Ce n’est d’ailleurs pas la première alerte. Fin avril 2026, Ennahdha avait déjà annoncé une hospitalisation urgente de Rached Ghannouchi après une dégradation brutale de son état de santé. Les autorités n’avaient alors apporté aucun commentaire immédiat aux demandes d’information de la presse.
Plusieurs hommes âgés, aucun crime de sang
Le cas de Rached Ghannouchi est le plus urgent, mais il n’est pas isolé.
Plusieurs personnalités politiques ou figures de la vie publique tunisienne âgées de plus de 60 ans sont actuellement incarcérées. Parmi elles figurent l’homme d’affaires et lobbyiste Kamel Letaïef, âgé de 71 ans ; l’avocat et militant Ahmed Néjib Chebbi, âgé de 81 ans et qui en aura 82 ce jeudi 30 juillet ; l’avocat Ayachi Hammami, 67 ans ; l’ancien dirigeant d’Ennahdha Abdelhamid Jelassi, 66 ans ; l’avocat et ancien dirigeant d’Attayar Ghazi Chaouachi, 63 ans ; et le président d’Al Jomhouri, Issam Chebbi, âgé de 68 ans. La liste n’est pas exhaustive.
Leurs parcours, leurs idées et leurs responsabilités ne sont évidemment pas identiques. Certains ont été des adversaires politiques durant de longues années. Il serait absurde de les présenter comme un groupe homogène ou d’effacer les divergences qui les séparent. Ils ont néanmoins deux points communs.
Le premier est qu’ils sont tous détenus dans des affaires à caractère politique. Plusieurs ont été condamnés dans l’affaire dite de complot contre la sûreté de l’État, au terme de procédures contestées par leurs avocats et dénoncées par des organisations tunisiennes et internationales de défense des droits humains.
Le second est qu’aucun d’entre eux n’est emprisonné, dans les dossiers qui justifient aujourd’hui leur détention, pour un meurtre, un viol, un attentat ou un autre crime de sang.
La justice a prononcé des condamnations et l’État les considère comme coupables. Eux rejettent les accusations et dénoncent des procès politiques. Ce débat judiciaire existe et ne saurait être escamoté. Mais il ne doit pas empêcher une autre question, distincte de celle de leur culpabilité : est-il nécessaire de maintenir derrière les barreaux des hommes de 63 à 85 ans qui ne présentent aucun danger physique pour la société ?
Ahmed Néjib Chebbi a consacré plus d’un demi-siècle à la politique et à la défense des libertés. Ayachi Hammami et Ghazi Chaouachi sont des avocats connus pour leurs engagements publics. Abdelhamid Jelassi a déjà passé plus de seize années dans les prisons de Ben Ali sans avoir été impliqué dans un attentat. Issam Chebbi dirige un parti légal et, comme son frère Néjib, il a milité pour les libertés et la démocratie toute sa vie. On peut combattre leurs idées, critiquer leurs choix et leur demander des comptes. Rien ne permet cependant de les assimiler à des criminels violents dont la remise en liberté menacerait la sécurité des citoyens.

La prison ne vieillit pas comme la vie ordinaire
La détention est plus éprouvante pour une personne âgée que pour un détenu de trente ou quarante ans. Les pathologies chroniques se multiplient, la mobilité diminue et les risques de chute, d’infection ou de décompensation augmentent. Le suivi des traitements devient plus complexe. La chaleur, le froid, la promiscuité et l’absence d’aménagements adaptés pèsent plus lourdement sur des organismes fragilisés.
Une prison ordinaire n’est ni une maison de retraite médicalisée ni un service de gériatrie.
Le Conseil de l’Europe rappelle que les personnes détenues vieillissent généralement plus vite et présentent davantage de problèmes de santé que celles qui vivent en liberté. Il demande aux États de prévoir des procédures permettant aux détenus âgés ou en phase terminale de solliciter une libération compassionnelle. Il met également en garde contre les décès indignes en cellule ou dans un hôpital pénitentiaire, loin de la famille et sans soins palliatifs adaptés.
L’Europe ne considère pourtant pas que l’âge efface la faute ou annule une condamnation. Elle admet simplement qu’une peine peut être exécutée autrement lorsque la détention en milieu fermé n’est plus indispensable.
Après 70 ans, la France et l’Espagne aménagent la peine
En France, un condamné âgé de plus de 70 ans peut bénéficier d’une libération conditionnelle sans avoir accompli la durée de détention normalement exigée, selon l’article 729 du Code de procédure pénale. Il doit disposer d’un hébergement ou d’une prise en charge adaptée à sa sortie. La mesure peut être refusée s’il existe un risque grave de récidive ou si la libération est susceptible de provoquer un trouble grave à l’ordre public.
L’article 720-1-1 du même code permet également de suspendre une peine, quelle que soit sa nature ou sa durée, lorsque le pronostic vital est engagé ou que l’état de santé est durablement incompatible avec la détention. Cette suspension peut être assortie d’obligations et révoquée si ses conditions ne sont plus respectées.
En Espagne, lorsqu’un condamné atteint 70 ans, l’administration pénitentiaire transmet au juge un dossier de libération conditionnelle, selon article 196 du règlement pénitentiaire. Le détenu doit satisfaire aux autres exigences légales, mais il n’est plus tenu d’avoir purgé les deux tiers ou les trois quarts de sa peine. Le même mécanisme est prévu pour les personnes atteintes de maladies incurables particulièrement graves.
L’Italie prévoit, elle aussi, la possibilité pour une personne ayant atteint 70 ans d’exécuter sa peine à domicile, selon l’article 47-ter de la loi sur l’organisation pénitentiaire. Cette faculté est soumise à des conditions et comporte des exclusions, notamment pour certaines infractions particulièrement graves ou lorsque le condamné est considéré comme un délinquant habituel.
Il ne s’agit donc, dans aucun de ces pays, d’une libération automatique de tous les prisonniers âgés. Les meurtriers, les violeurs, les auteurs d’attentats ou les individus représentant encore une menace peuvent rester détenus. La décision repose sur une appréciation individuelle tenant compte de l’âge, de la santé, du parcours du condamné et du risque qu’il ferait courir à la société.
Même la justice américaine le prévoit
Le système pénal américain, pourtant réputé pour sa sévérité et la longueur de ses peines, prévoit lui aussi des mesures spécialement destinées à certains détenus âgés.
Une libération compassionnelle peut être accordée à une personne âgée d’au moins 65 ans dont la santé physique ou mentale connaît une dégradation sérieuse liée au vieillissement, lorsqu’elle a purgé au moins dix ans ou 75 % de sa peine, le seuil le moins élevé étant retenu. La décision appartient au juge et reste soumise à l’examen de la dangerosité du condamné.
Un autre programme permet à certains condamnés fédéraux âgés d’au moins 60 ans et ayant purgé les deux tiers de leur peine de terminer celle-ci à domicile. Les personnes condamnées pour des crimes violents ou sexuels en sont notamment exclues.
Ces dispositifs ne sont pas directement transposables à la Tunisie et ne signifient pas que chacun de nos détenus politiques remplirait les conditions prévues à Paris, Madrid, Rome ou Washington. Ils établissent néanmoins un principe commun : l’âge n’efface pas la condamnation, mais il peut et doit modifier la manière dont elle est exécutée lorsque le détenu ne présente plus de danger réel.
Libérer ou placer sous contrôle à domicile
Une distinction s’impose cependant. L’âge ne saurait devenir, à lui seul, un motif automatique de libération. Un détenu âgé condamné pour un assassinat, un viol, un attentat ou susceptible de récidiver peut continuer à représenter un danger pour la société. Les personnalités évoquées ici relèvent d’une tout autre situation : elles sont emprisonnées dans des affaires politiques ou sécuritaires, n’ont commis aucun crime de sang et ne présentent aucune menace physique pour les citoyens. C’est la combinaison de ces trois éléments (l’âge, la nature des faits reprochés et l’absence de dangerosité) qui rend leur maintien en prison difficilement défendable en 2026.
La solution la plus juste serait donc leur libération.
À défaut, l’État pourrait leur permettre de poursuivre leur détention à domicile, sous contrôle judiciaire et, si nécessaire, sous surveillance électronique. Il est parfaitement possible de protéger la procédure judiciaire sans maintenir en cellule un homme de 85 ans souffrant de plusieurs maladies ou un militant de plus de 80 ans dont toute la vie s’est déroulée dans l’espace politique légal.
Une telle décision ne constituerait ni un acquittement ni une réhabilitation. Elle modifierait uniquement les conditions d’exécution de la peine ou de la détention.
Elle permettrait également à l’État de ne plus supporter seul l’organisation et le coût d’un suivi médical lourd, des transferts hospitaliers et de la surveillance permanente de détenus fragiles. Mais l’argument budgétaire demeure secondaire. Une vie humaine ne se mesure pas aux économies réalisées sur une hospitalisation.
L’enjeu essentiel est moral, juridique et politique. Tant que ces hommes restent incarcérés, l’État est pleinement responsable de leur santé. Si l’un d’eux venait à mourir en détention après des alertes répétées, le coût politique serait considérable et aucune explication administrative ne pourrait effacer la question qui s’imposerait alors : ce décès pouvait-il être évité ? Il est encore temps de ne pas avoir à la poser.
Raouf Ben Hédi











5 commentaires
Tunisino
Agées! Tout dépend des crimes! Un type comme Ghannouchi, un traitre suprême qui a fait échoué toute une deuxième république ne mérite que tout BIEN, pour qu’il souffre de ses méfaits et soit un exemple pour tous les politiciens aventuriers et suicidaires, bêtes et irresponsables.
LOL
Ils ne sont pas en prison, ils sont aux oubliettes… ce n’est pas pareil. Un prisonnier a encore quelques droits et un minimum de soutien. Kaïs veut les effacer de l’histoire, de l’existence, de la mémoire et leur infliger des tortures physiques et psychologiques. C’est d’un machiavélisme surprenante, surtout envers des vieillards.
jamel.tazarki
Mr. Kais Saied avait toutes les cartes en main pour réussir et faire réussir la Tunisie. Et pourtant, il a échoué. Pourquoi ?
1) Sa loi électorale et sa Constitution, après le putsch, sont encore pires que les précédentes.
2) Il y a eu et il y a encore trop d’emprisonnements non justifiés et de peines excessives.
3) Il détient tous les pouvoirs.
4) Il n’a pas préparé le pays à faire face à une catastrophe naturelle ou épidémique ;
5) Le putsch n’était pas indispensable. Il aurait fallu opter pour une solution constitutionnelle. Il aurait fallu dissoudre le Parlement pour convoquer des élections législatives anticipées, tout en apportant quelques modifications à la loi électorale de 2014:
5.1) Interdire le passage des députés d’un parti politique à un autre (non au tourisme parlementaire). Par exemple, les députés de Nidaa Tounes, élus lors des élections législatives de 2014, sont passés à d’autres partis politiques entre autres à Ennahdha afin de garantir à ce dernier la majorité absolue. Le parti politique Ennhdha a obtenu le pouvoir absolu injustement grâce aux passages des députés d’un parti politique à un autre. Certains d’entre eux se vendaient au meilleur offrant.
5.2) Revoir les lois régissant le fonctionnement des partis politiques en Tunisie.
5.3) Il n’est pas nécessaire de collecter des parrainages pour se présenter aux élections législatives. Il faut redonner aux partis politiques le poids politique qu’ils avaient avant les élections législatives de 2022.
5.4) Je propose de limiter à trois ou quatre le nombre de députés représentant les Tunisiens résidant à l’étranger. Pourquoi ? Réponse : les élections législatives de 2019 et de 2014 n’étaient pas justes envers les Tunisiens, envers la Tunisie, mais aussi envers 97 % des partis politiques qui disposaient de peu de financements et de privilèges pour présenter des candidats dans toutes les circonscriptions électorales, en Tunisie et à l’étranger, contrairement à Ennahdha et Ettayar. De plus, le taux de participation des Tunisiens résidant à l’étranger était trop faible et non représentatif. En 2014, le député représentant les Tunisiens résidant en Allemagne a été élu avec seulement 204 voix sur 110 000 Tunisiens. 🙂
6) Concernant le « bilan d’une décennie 2011-2021 manquée », je vous invite à lire le commentaire ci-dessous de HatemC.
Pour plus de détails, je vous invite à lire mes commentaires sur le lien suivant :
https://businessnews.com.tn/2026/03/27/abir-moussi-et-seif-eddine-makhlouf-le-cout-politique-du-chaos/1393831/
Certes, il faudrait libérer tous les prisonniers politiques, mais il faut interdire à certains d’entre eux toute activité politique!
La faute ne réside pas dans le désir excessif de pouvoir et de richesses de certains de nos politiciens., mais dans l’absence de contrôles et de garanties constitutionnels, sur la base d’un État de droit. C’est la médiocrité de notre loi électorale et de notre Constitution, d’avant et d’après le putsch, ainsi que l’absence d’un État de droit, qui ont permis à certains partis politiques et à certains politiciens de se comporter de manière inappropriée.
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
HatemC
Alors qu’ils avaient entre les mains une occasion unique dans le monde arabe de bâtir un État démocratique, moderne et fondé sur des institutions solides, une grande partie des dirigeants de la post-révolution, aujourd’hui en prison ont préféré les jeux d’appareil, la captation des ressources et le partage du « gâteau » étatique.
Le bilan d’une décennie manquée
Le constat de ces dix années (2011-2021) est particulièrement lourd :
– L’obsession des fauteuils plutôt que des réformes, au lieu de restructurer l’économie, de moderniser la santé, l’éducation et la justice, l’énergie politique a été presque entièrement absorbée par des tractations pour former des gouvernements éphémères, placer des proches et distribuer des prébendes, avec un Ghannouchi devenu le marionnettiste ….
Pendant une décennie, Rached Ghannouchi et Ennahdha ont appliqué une stratégie de centrage du jeu politique, Ennahdha restait le pivot indispensable de toutes les coalitions.
– Des alliances de convenance, pour conserver le pouvoir ou obtenir un portefeuille, des figures politiques qui s’étaient présentées comme des démocrates ou des progressistes n’ont pas hésité à faire des compromis cyniques et des pactes de pouvoir avec Ennahdha, reniant leurs engagements devant leurs électeurs.- Nida Tounes – pour ne citer que ce parti …
C’est précisément ce naufrage moral et politique qui explique le soutien initial de la population à Kaïs Saïed en 2021. La colère populaire était telle que le rejet de l’ancienne classe politique a balayé toute autre considération.
Sur le plan de l’histoire et de la politique, la responsabilité de ces hommes est immense : ils ont raté leur rendez-vous avec l’Histoire et ont déçu les espoirs de tout un peuple. Mais sur le plan du droit, transformer la justice en outil de punition ou de vengeance politique ne résout pas les problèmes de la Tunisie — cela ne fait que déplacer le problème et affaiblir davantage l’État de droit que ces mêmes hommes n’ont pas su construire.
Aujourd’hui, l’ironie tragique est que beaucoup de ces responsables se retrouvent en prison sous un régime qui utilise contre eux le rejet populaire qu’ils ont eux-mêmes contribué à créer pendant dix ans.
HatemC
Je veux parler de la tragédie politique tunisienne depuis 2011 : l’écart immense entre l’espoir immense de la révolution et le naufrage institutionnel qui a suivi.
Ces figures politiques ont été, pour beaucoup, une « erreur de casting » historique, incapables d’endosser le costume de pères bâtisseurs.
Je veux mettre en lumière tout le paradoxe de la situation politique tunisienne actuelle.
– D’un côté, il y a la réalité stricte des droits humains et du droit pénitentiaire, la gestion des détenus âgés ou malades — peu importe leur passé — pose une question de dignité et de responsabilité pour l’État. Le silence des autorités sur l’état de santé de personnalités de plus de 80 ans transforme effectivement une question médicale en un baril de poudre politique dont le régime en place aura à assumer les conséquences en cas de drame.
– De l’autre côté, sur le plan politique, l’immense gâchis de l’après-2011.
La transition démocratique, au lieu d’être portée par des bâtisseurs capables de consolider les institutions et d’assainir l’économie, a été confisquée par des calculs partisans, des alliances d’appareil avec Ennahdha et des querelles de postes. C’est précisément cette faillite de la classe politique traditionnelle et ce sentiment de trahison qui ont fait le lit du régime actuel et permis la concentration de tous les pouvoirs entre les mains de Kaïs Saïed.
On se retrouve ainsi dans un cercle vicieux tragique pour le pays :
– Des figures politiques qui ont échoué à instaurer une démocratie solide et inclusive lorsqu’elles en avaient le pouvoir.
– Un pouvoir actuel qui exploite ce rejet de l’ancienne classe politique pour instrumentaliser la justice, faire taire toute opposition et verrouiller le système.
Si l’histoire jugera très sévèrement l’opportunisme et les erreurs stratégiques des dirigeants de la dernière décennie, la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si la Tunisie peut se reconstruire en remplaçant les erreurs du passé par une logique de répression systématique.