La Tunisie de Habib Bourguiba, Hassen Belkhodja, Béji Caïd Essebsi, Hédi Mabrouk, Habib Ben Yahia et Khemaïs Jhinaoui n’est plus. Ces personnalités ont marqué la diplomatie tunisienne et y ont apposé leur empreinte, contribuant à donner la meilleure image qui soit du pays. Certains ne sont restés en fonction que quelques semaines, à l’instar d’Ahmed Ounaïs, mais ont réussi à laisser derrière eux une forte impression, tant ils maîtrisaient les usages et les exigences du métier.
Place désormais à une diplomatie sans objectifs clairs, balbutiante et qui donne du pays la pire des images. On pensait avoir atteint le fond avec Nabil Ammar, mais son successeur, Mohamed Ali Nafti, ne fait pas beaucoup mieux.
Il faut dire que les deux hommes, notamment le second, ne font qu’exécuter les ordres de leur chef, le président de la République Kaïs Saïed.
Une diplomatie sans cap ni ambassadeurs
Samedi 25 juillet 2026, la Tunisie a célébré le 69e anniversaire de la République. Ni la présidence de la République ni le ministère des Affaires étrangères n’ont rendu public le moindre message adressé, à cette occasion, par un pays frère ou ami, contrairement aux usages observés les années précédentes. Peut-être de tels messages ont-ils été reçus sans être publiés. Mais, en diplomatie, ce qui n’est pas montré finit par ne plus exister.
Les relations se sont dégradées avec l’Union européenne, la France, la Libye, les Pays-Bas, la Syrie et l’Italie. Elles sont totalement inexistantes avec le Maroc, qui fut jadis plus qu’un pays frère. À l’inverse, la proximité avec l’Algérie, la Chine et l’Iran est beaucoup plus ostensiblement affichée, tout comme le rapprochement avec la Russie.
Selon un décompte réalisé par le site d’investigation Al Qatiba, trente ambassades tunisiennes sont actuellement dépourvues d’ambassadeur attitré, y compris dans de grandes capitales telles que Washington, Riyad et Moscou. La mission permanente auprès de l’ONU à Genève n’a pas non plus d’ambassadeur. Pire, et c’est une première historique, aucune de nos ambassades dans les capitales les plus proches n’a d’ambassadeur : Tripoli, Alger et Rome. Seule La Valette fait exception.
Ce n’est pas la faute de M. Nafti, loin s’en faut. Le ministre a bel et bien soumis ses propositions à Carthage, mais le président n’a toujours pas daigné y répondre.
Peut-être parce que le ministre a commis l’impair de soumettre d’abord la liste à la Kasbah avant de la transmettre à Carthage.
Tout cela, sans même parler de ce que devrait accomplir la diplomatie en matière de lobbying, de promotion des produits tunisiens à l’export ou encore d’encouragement à l’investissement.
On peine, en tout cas, à percevoir dans l’action de nos ambassades une mobilisation à la hauteur de celle que déploient les chancelleries étrangères.
Une convocation sans objectif
Le contraste est saisissant. Le pouvoir laisse sans titulaire trente ambassades et plusieurs représentations stratégiques, mais il trouve le temps et l’énergie nécessaires pour convoquer une ambassadrice à propos d’une interview télévisée. C’est dans ce contexte que, vendredi dernier, on a appris que l’ambassadrice de France, Anne Guéguen, avait été convoquée par le secrétaire d’État aux Affaires étrangères afin de « lui faire part de la vive protestation de la Tunisie à la suite de l’entretien diffusé récemment par une chaîne publique française avec une personne recherchée par la justice tunisienne ».
Durant l’entretien, le secrétaire d’État a exprimé « la ferme condamnation et la profonde indignation de la Tunisie face à la répétition délibérée de telles pratiques sur des médias publics français, utilisés pour diffuser des contenus incitant à la haine et des allégations mensongères à l’encontre de l’État tunisien ».
Le communiqué ne nomme ni la chaîne ni la personne concernée, mais il visait, selon toute vraisemblance, France 24 et l’ancien président Moncef Marzouki.
Dans une diplomatie ordinaire, qui fonctionne selon les codes universels, chaque mot et chaque geste comptent.
Alors une question toute simple, voire toute bête : pourquoi cette convocation ? Qu’espérait-on obtenir ?
Que le Quai d’Orsay s’immisce dans le travail des journalistes de France 24 ? Ce serait méconnaître le fonctionnement des médias français, y compris publics.
Que France 24 exige un B3 de ses invités ? Ou encore qu’elle n’invite plus les personnalités politiques exilées ? Ce serait, une fois de plus, méconnaître les rudiments des médias français.
On peut contester les choix éditoriaux de France 24, critiquer la sélection de ses invités et répondre point par point aux propos de Moncef Marzouki. Encore faudrait-il identifier précisément les allégations mensongères reprochées à la chaîne. Le communiqué tunisien n’en cite aucune. Il transforme ainsi une interview critiquable, diffusée par un média indépendant dans ses choix éditoriaux, en contentieux entre deux États.
À signaler au passage que les critiques formulées lors de l’entretien par l’ancien président étaient exclusivement dirigées contre le régime de Kaïs Saïed, et non contre l’État.
Une protestation qui se retourne contre Tunis
La réponse française n’a d’ailleurs pas tardé. Une source diplomatique a rappelé à l’AFP que France 24 disposait d’une « totale indépendance éditoriale » et réaffirmé son soutien à la liberté de la presse.
Autrement dit, la convocation ne pouvait produire aucune des conséquences attendues par Tunis. Elle ne pouvait qu’exposer publiquement la méconnaissance, par nos autorités, du fonctionnement de la diplomatie et de l’audiovisuel public français.
Mais la mauvaise image ne s’est pas arrêtée au Quai d’Orsay. Commentant cette convocation, le magazine Le Pointa osé ce titre des plus méprisants : « Convocation de l’ambassadeur de France : quand la Tunisie singe l’Algérie ». Son auteur, Benoît Delmas, estime qu’« en accusant la France “d’inciter à la haine” via ses médias, Carthage s’aligne sur la politique algérienne à l’égard des journalistes français ».
Voilà où en est la diplomatie tunisienne. Non seulement elle peine à assurer certaines de ses missions les plus élémentaires, mais elle provoque en plus des articles hostiles dont elle a elle-même fourni l’angle et les arguments.
Mais, encore une fois, celui qu’il faut blâmer n’est ni le ministre ni le secrétaire d’État, mais le président de la République qui, sans aucun doute, a ordonné cette convocation totalement injustifiée, improductive et dommageable.
Le cadeau fait à Marzouki
Revenons à la question première. Pourquoi cette convocation ? L’objectif était de réagir aux propos de Moncef Marzouki.
Qu’espérait-on obtenir ? Qu’il se taise ? Ce ne sera jamais le cas.
Et même dans l’hypothèse, des plus improbables, où France 24 lui fermerait ses portes, il disposerait toujours d’Al Jazeera, dont l’audience est bien supérieure.
Que ferait ensuite le régime tunisien ? Oserait-il convoquer l’ambassadeur du Qatar comme il l’a fait avec l’ambassadrice de France ? D’ailleurs, pourquoi l’ambassadeur du Qatar n’a-t-il jamais été convoqué alors que Moncef Marzouki intervient régulièrement sur Al Jazeera ?
Pourquoi, dès lors, offrir un incident diplomatique à Moncef Marzouki en s’en prenant à la France, premier partenaire du pays ?
L’ancien président a perdu depuis longtemps l’essentiel de son influence politique. Les Tunisiens l’ont lourdement sanctionné dans les urnes en 2014, puis de nouveau en 2019. Ses interventions médiatiques ne suscitent plus qu’un écho limité. La réponse la plus efficace à ses déclarations aurait donc été le silence ou, à la rigueur, une mise au point factuelle du ministère.
En convoquant l’ambassadrice de France pour une affaire aussi dérisoire, le pouvoir tunisien a obtenu le résultat inverse de celui qu’il recherchait. Il a transformé une interview promise à une audience limitée en affaire diplomatique reprise par la presse internationale. Il a rendu à Moncef Marzouki une visibilité qu’il n’avait plus.
Une grande diplomatie ne mesure pas sa puissance au nombre de communiqués indignés qu’elle publie. Elle la mesure à son influence, à ses relais, à sa capacité d’anticipation et aux résultats qu’elle obtient. La diplomatie tunisienne laisse trente ambassades sans titulaire, mais mobilise son énergie contre une interview. C’est moins une démonstration de fermeté qu’un aveu de défaillance.











8 commentaires
emalsayin
Réponse au Citoyen H,
Les colonisateurs français sont arrivs en Tunisie en 1881 et sont partis en 1956 ensuite il ont lâché Bizerte en 1961. J’étais présent et depuis j’ai vu malheureusement la Tunisie régressée jusqu’à aujourd’hui.
Que des ges commencent à entretenir une haire envers la France alors qu’elle a colonisé et contruit une infrastructure en Tunisie. Qu’en est-il ppour la colonisation des Othomans en Afrique du Nord, pendant HUIT SIECLES et qu’est-ce que ce colonisateur a édifié en Tunisie ? routes ? chemin de fer ? villes ? barrages ? monuments ????????? Y’a t il un Tunisien qui pourrait débarqué sans visas en Turquie et mettre le bazar comme certains le font aujourd’hui ? Personne n’est capable de le faire. Beaucoup d’OQTF et plétores d’illégaux TUNISIENS que j’ai rencontré dans diverses conditions sont remontés contre la France parce qu’ils n’ont aucun pouvoir pour se révolter contre leur propre pouvoir au bled en Tunisie. La seule solution qu’ils ont trouvé c’est de faire n’importe quoi en FRANCE parce qu’ils savent que les Policiers/Gendarmes et autres pouvoirs judiciaires est tenu par les droits de l’homme, suaf que le comportement de tout les illégaux et certains de légaux, ont un comportement de criminels. Quand la France est paryit de la Tunisie, depuis le 20 mars 1956, pas un mètre de rail n’a été ajouté au circuit déjà contruit par la France depuis 1881. Cela aurait été positif si la Tunisie aurait gardé un contact assez étroit et fort avec la France afin de réguler et d’aplanir les problèmes liés aux crimes, aux illégaux et tout autres soucis afin de pouvoir offrir à toutes tunisienns,, à tout tunisien qui voudrait immigrer légalement, une porte ouverte en permanence et surtout un support permanent due à la v=bonne entente entre les politiques des deux pays. Peut-être que la RUSSIE et la CHINE seraient meilleurs que la France. J’espère que la Tunisie ne disparaisse pas sous le rouleaux compresseur de ces deux pays, car les droits de l’homme sont insxistants et en Algérie aussi.
Dommage, car c’est un pays merveilleux mais malheureusement occupé par des gens qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.
Lehi traout likoulam : Stein
Citoyen_H
@LOL 28 juillet 2026 | 14h48
MA VIE, N’EST PAS LE SUJET DE CET ARTICLE
Ouh là, ce que tu nous révèles, ressemble fortement au parcours du criminel Khriji, alors qu’il était à la tête de la NATION.
Même l’AIPAC lui en décerna, un !
Il reçut des prix, les seuls qui furent décernés par ces instituts en question, de toute leur existence.
Prenons tout de même compte, à titre d’information, que le père du morfal Marzoukiki, ton héros, fut un goumier au service des colonisateurs français de l’époque !!!!
Je ne décrirai pas le rôle des goumiers, juste par respect aux lecteurs de BN
C’était juste pour mettre en avant, le titre de noblesse qui était alloué à son géniteur !
Ps : Les goumiers sont des soldats marocains engagés volontaires qui ont servi comme troupes supplétives dans l’armée française de 1908 à 1956.
1/3i
On appelle ça l’effet Barbra Streisand…
Une interview passée totalement inaperçue est devenu une information mondiale.
Des génies.
Je pense que le décret 54 devrait être mis en route pour notre ambassadrice, et tous les journalistes de F24. 🤣
A4
C’est ce qui se passe quand le minimum d’intelligence n’est pas acquis !!!
LIMITE
Ecrit par A4 – Tunis, le 01 Septembre 2018
Il ne faut pas prendre la barre
Et tenter avec sa barquette
De traverser la grande mare
Quand la brise est à la tempête
Il faut savoir rester à terre
Garder ses bottes et sa cagoule
Et ne jamais prendre la mer
Quand la vague est devenue houle
Mais allez raconter tout ça
A ces cervelles désertiques
Qui hélas sont bien en deçà
De la limite fatidique
Car il faut bien un minimum
Un minimum de rien du tout
Pour s’arrêter à l’optimum
Et ne jamais aller au bout
Il faut un soupçon de jugeote
Avec presque rien de bon sens
Pour savoir arrêter la note
A sa limite d’incompétence
Allez le dire à ces débiles
Qui doivent bien se la fermer
Que leurs paroles sont stériles
Qu’ils feraient mieux de s’enfermer
Allons-nous trouver la manière
Ou devons-nous un jour sévir
Pour museler, pour faire taire
Tous ces clowns qui n’ont rien à dire ?
LOL
C’est tout simplement de la jalousie maladive ! Moncef Marzouki est titulaire d’un doctorat en médecine de l’Université de Strasbourg (1973) ainsi que d’une licence en psychologie de l’Université de la Sorbonne. Il a exercé comme professeur de médecine à l’Université de Tunis. Il est parfaitement polyglotte. Il parle couramment l’arabe, le français et l’anglais, langues dans lesquelles il écrit des ouvrages et donne régulièrement des conférences et des interviews internationales.
Le Grand chef suprême Kaïs Saïed possède un diplôme d’études approfondies (DEA) en droit international public. Il a enseigné le droit constitutionnel en tant que maître-assistant (professeur adjoint), mais n’a jamais soutenu de doctorat. Il parle un français cassé (laisse-le passer) et un arabe démodé et ridicule, en se pétant les bretelles comme s’il était un grand intellectuel. Tout le monde le voit, sauf lui !
Citoyen_H
C’EST POUR CELA, QU’IL OBTINT,
les plus grands prix dédicacés aux plus grands et imminents chercheurs que l’humanité connut.
Quant à ses conférences, elles se déroulent, je pense, au sommet de l’Himalaya, avec comme seuls auditoires, des yaks et des Bouquetins !
Qu’est-ce qu’il ne faut pas lire !
LOL
En effet, il a reçu :
Le Prix de la Paix de la Fondation Ducci (2016) : Reçu à Rome en reconnaissance de ses efforts pour la cohabitation entre les religions, le dialogue interreligieux et la défense des droits humains.
Le Prix annuel d’Al Quds (2015) : Décerné à Chicago pour son engagement envers la cause palestinienne.
Le Prix des Droits de l’Homme de Human Rights Watch (2001) : Décerné pour son combat constant en faveur des libertés fondamentales.
Et ton grand idole Kaïssoun il a fait quoi?
Et toi, tu as fait quoi de ta vie, à part critiquer les autres avec jalousie et mesquinerie?
Fares
En deux mots: susceptibilité et suivisme. Je croyais que le problème des ambassades sans ambassadeurs a été réglé depuis plusieurs années. On n’entend que des peines à chaque, mais pour améliorer le quotidien des tunisiens à l’intérieur et à l’extérieur du pays, ben rien n’est fait. C’est hallucinant.1