Une publication largement relayée sur Facebook affirme que le directeur exécutif de la chaîne France 24 aurait été suspendu de ses fonctions à la suite de « l’indignation » exprimée par le président de la République, Kaïs Saïed, après la diffusion d’une interview de l’ancien président Moncef Marzouki. La publication laisse entendre que les autorités françaises auraient sanctionné un responsable de la chaîne en réponse à la protestation officielle de Tunis.

Pour rappel, le 24 juillet, le ministère tunisien des Affaires étrangères a annoncé avoir convoqué l’ambassadrice de France en Tunisie afin de lui transmettre une « vive protestation ». Cette démarche faisait suite à la diffusion, sur une chaîne publique française, d’un entretien avec une personne recherchée par la justice tunisienne.
Selon le communiqué du ministère, cette interview portait atteinte à « la souveraineté de l’État tunisien », visait « sa sécurité nationale et ses institutions » et constituait « un appel explicite à la sédition et aux affrontements internes ». La convocation de l’ambassadrice française est intervenue sur instruction du président Kaïs Saïed.
Même si le communiqué ne mentionnait ni le nom de la personne interrogée ni celui du média concerné, cette protestation est intervenue après la diffusion sur France 24 d’un entretien avec l’ancien président Moncef Marzouki. Au cours de cette interview, ce dernier a vivement critiqué la situation politique en Tunisie, la politique des autorités envers les migrants subsahariens ainsi que l’évolution institutionnelle du pays depuis le 25 juillet 2021.
Le gouvernement tunisien a estimé que cette diffusion dépassait les limites de la liberté d’expression et de la déontologie journalistique, accusant le média de diffuser des contenus incitatifs et des allégations mensongères contre l’État tunisien. Les autorités ont également considéré que le caractère public de la chaîne engageait la responsabilité morale de l’État français.
La publication virale évoque la suspension du « directeur exécutif » de France 24. Or, cette affirmation est inexacte jusque dans l’intitulé du poste. France 24 ne dispose pas d’un poste de « directeur exécutif » propre à la chaîne. La direction de France 24 est assurée par Vanessa Burggraf, directrice de la chaîne, tandis que sa gouvernance relève plus largement de France Médias Monde, le groupe audiovisuel public qui supervise également RFI et Monte Carlo Doualiya. Les décisions stratégiques sont prises au niveau de la direction et du comité exécutif de France Médias Monde. Aucune annonce officielle ne fait état de la suspension de Vanessa Burggraf ni d’un quelconque dirigeant du groupe à la suite de la protestation des autorités tunisiennes. L’affirmation relayée sur les réseaux sociaux repose donc sur un poste qui n’existe pas dans l’organigramme de France 24 et n’est étayée par aucune source officielle.
Les sites officiels de France 24 et de France Médias Monde, le groupe public auquel appartient la chaîne, n’ont publié aucun communiqué annonçant une suspension ou un changement de direction à la suite de la protestation tunisienne.
Nos recherches montrent également que la publication virale ne fournit aucune source, aucun document officiel ni aucune déclaration permettant d’étayer son affirmation.
La publication semble établir un lien de cause à effet entre la protestation officielle des autorités tunisiennes et une prétendue sanction prise par les autorités françaises contre la direction de France 24.
Or, aucune information ne confirme qu’une mesure disciplinaire ou administrative ait été engagée contre un responsable de la chaîne. France 24 dispose d’une indépendance éditoriale, même si elle appartient au groupe public France Médias Monde. Les nominations ou les éventuelles décisions concernant ses dirigeants répondent à des procédures internes et ne font l’objet d’aucune annonce correspondant aux affirmations relayées sur les réseaux sociaux.
L’affirmation selon laquelle le directeur exécutif de France 24 aurait été suspendu de ses fonctions après l’indignation exprimée par le président Kaïs Saïed est fausse.
R.A.













Commentaire
Gg
Heureusement que c’est faux!
Le directeur d’un journal N’EST PAS AUX ORDRES D’UN GOUVERNEMENT.
Il ne le sera jamais.