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Bourse de Tunis : suspension des cotations après une nouvelle chute de plus de 3% du Tunindex

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Par Imen Nouira

    La Bourse de Tunis a de nouveau suspendu la cotation, mercredi 29 juillet 2026, après une baisse de plus de 3% du Tunindex. Le mécanisme de « coupe-circuit » est ainsi déclenché pour la deuxième séance consécutive, au lendemain d’une première interruption des échanges provoquée par un décrochage similaire.

    La reprise des échanges mercredi matin aura été rapidement interrompue. Dans un avis publié dans la matinée, la Bourse de Tunis a annoncé avoir déclenché le mécanisme réglementaire d’interruption de la cotation après le franchissement, une nouvelle fois, du seuil de -3% par son indice phare.

    « Suite à la baisse de plus de 3% de l’indice Tunindex, la Bourse a déclenché le mécanisme d’interruption de la cotation, conformément aux dispositions de l’article 3.7 du Règlement de parquet », indique l’institution.

    La cotation a été suspendue pendant une heure et sa reprise est annoncée à partir de 10h16.

    Deuxième déclenchement consécutif du coupe-circuit

    Cette nouvelle interruption intervient au lendemain d’une séance particulièrement mouvementée. Mardi 28 juillet, le Tunindex avait déjà reculé de plus de 3%, conduisant la Bourse à activer le premier niveau de son mécanisme de « coupe-circuit ».

    La cotation avait alors été suspendue pendant une heure. Compte tenu de l’horaire d’été en vigueur à la Bourse de Tunis depuis le 1er juillet, les échanges n’avaient toutefois pas repris dans la journée. Sur le marché principal en continu, la négociation s’achève en effet à 12 heures, avant le fixing de clôture à 12h05. Dans un second communiqué publié quelques heures plus tard, la Bourse avait annoncé que la cotation reprendrait « dans les conditions habituelles à partir du mercredi 29 juillet 2026 ».

    Le Règlement de parquet prévoit deux niveaux d’intervention en cas de forte baisse. Lorsque l’indice phare franchit un palier de 3% à la baisse, la cotation est interrompue pendant une heure, durant laquelle l’annulation des ordres reste autorisée. Si la baisse atteint 5%, la séance est suspendue pour le reste de la journée et le dernier cours coté devient le cours de clôture.

    Toujours aucune explication officielle sur les causes de la chute

    Jusqu’à mercredi matin, aucune explication officielle n’a été avancée par la Bourse de Tunis sur les facteurs à l’origine du décrochage observé depuis mardi.

    La veille, le directeur de l’information et de la communication de la Bourse de Tunis, Lotfi Khezami, avait indiqué sur Diwan FM que la suspension des échanges était liée à l’application du mécanisme réglementaire de « coupe-circuit », après une baisse de plus de 3,4% du Tunindex.

    Il avait expliqué que cette interruption temporaire vise à permettre aux investisseurs d’évaluer la situation face à une forte variation du marché et à préserver le bon déroulement des échanges. Il s’agit, avait-il souligné, d’un dispositif de précaution prévu par la réglementation tunisienne et également appliqué sur d’autres places boursières.

    Face à ce décrochage, les analyses divergent toutefois sur la lecture à en donner.

    L’économiste Aram Belhadj, docteur en sciences économiques et enseignant-chercheur à l’Université de Carthage, invite ainsi à ne pas interpréter le déclenchement du coupe-circuit comme un signal d’alarme en lui-même.

    « Le déclenchement du coupe-circuit à la Bourse de Tunis n’est pas un signal d’alarme en soi : ce mécanisme existe justement pour éviter les mouvements de panique, pas pour les provoquer », souligne-t-il.

    Selon lui, le recul du marché intervient après plusieurs mois marqués par une progression exceptionnelle, particulièrement notable pour un marché aussi étroit. Une évolution qui, estime-t-il, pouvait logiquement être suivie d’une correction.

    Aram Belhadj relevait surtout, mardi, qu’aucun événement précis ne permettait alors d’expliquer le repli : « ni annonce d’entreprise, ni décision de politique économique, ni choc alarmant ». Il appelait ainsi à la prudence face aux spéculations et estimait que la séance de réouverture de mercredi serait plus instructive.

    Cette réouverture aura finalement été marquée, dès mercredi matin, par une nouvelle baisse de plus de 3% et par un deuxième déclenchement consécutif du coupe-circuit.

    Cette lecture rejoint celle de l’intermédiaire en Bourse MAC SA. Dans sa note de marché publiée mardi 28 juillet 2026, celui-ci estime que le repli intervient après plusieurs mois de hausse soutenue ayant porté le Tunindex vers des niveaux historiques et l’inscrit davantage dans une logique de prises de bénéfices que dans celle d’un retournement durable de tendance.

    Selon MAC SA, la progression enregistrée depuis le début de l’année a porté les valorisations à des niveaux favorisant naturellement les arbitrages et les prises de bénéfices. L’intermédiaire considère ainsi cette phase de consolidation comme une étape classique après une forte progression du marché.

    MAC SA estime, par ailleurs, que les fondamentaux demeurent globalement favorables, notamment au regard des résultats financiers des sociétés cotées et des perspectives bénéficiaires de plusieurs entreprises. L’intermédiaire appelle néanmoins à la sélectivité et n’exclut pas le maintien d’une volatilité élevée à court terme, le temps que le marché retrouve un nouvel équilibre entre acheteurs et vendeurs.

    Ces analyses ont toutefois été formulées avant la séance de mercredi. La réouverture aura finalement été marquée, dès la matinée, par une nouvelle baisse de plus de 3% et par un deuxième déclenchement consécutif du coupe-circuit.

    Ridha Chkoundali pointe le nouveau dispositif imposé aux banques

    Une autre lecture est avancée par le professeur universitaire en économie Ridha Chkoundali, qui estime que les turbulences actuelles pourraient notamment être liées aux nouvelles contraintes pesant sur le secteur bancaire.

    Dans une analyse publiée mardi, l’économiste a mis en cause le nouveau dispositif obligeant les banques à affecter au moins 8% de leurs bénéfices nets au financement de crédits d’honneur sans intérêts ni garanties.

    À ses yeux, cette mesure aurait modifié les anticipations des investisseurs, avec la perspective d’une diminution de la part des bénéfices pouvant être distribuée aux actionnaires et d’un risque accru de défaut sur ces crédits. Celui-ci pourrait contraindre les banques à constituer davantage de provisions et peser ainsi sur leur rentabilité et leurs fonds propres.

    Ridha Chkoundali considère que certains investisseurs ont ainsi pu chercher à sécuriser les gains engrangés au cours des derniers mois en cédant leurs titres bancaires, contribuant au mouvement de baisse.

    L’économiste inscrit cette analyse dans un contexte plus large. D’après lui, les performances enregistrées ces derniers mois par la Bourse de Tunis, notamment celles des valeurs bancaires, ne reflétaient pas nécessairement une amélioration de l’économie réelle, mais étaient notamment alimentées par les profits réalisés par les banques grâce au financement de l’État via les bons du Trésor.

    Il considère par ailleurs que les conséquences des turbulences actuelles pourraient dépasser le seul marché financier. Les banques pourraient durcir leurs conditions d’octroi de crédits pour compenser les nouveaux risques, avec des répercussions sur les entreprises et les porteurs de projets.

    Ridha Chkoundali évoque enfin un risque pour le financement de l’État : une dégradation durable de la rentabilité ou de la liquidité des banques pourrait, à ses yeux, réduire leur capacité à souscrire aux émissions de bons du Trésor.

    À ce stade, ces différentes lectures restent celles des économistes et des professionnels du marché qui les avancent. Aucune cause précise n’a été officiellement établie pour expliquer le décrochage du marché. La nouvelle suspension enregistrée mercredi matin montre néanmoins que les fortes tensions apparues mardi se prolongent pour une deuxième séance consécutive.

    I.N.

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