Par Sadok Rouai
La récente correction de la Bourse de Tunis rappelle une leçon fondamentale des crises financières : une baisse des marchés n’est pas nécessairement une crise. Les marchés corrigent, ajustent les valorisations et intègrent de nouvelles informations. Le véritable risque apparaît lorsque cette correction technique se transforme en crise de confiance.
La première leçon est qu’une correction de marché ne doit pas être confondue avec une crise financière. Une baisse des cours ne constitue pas automatiquement un échec économique ou financier. Elle peut simplement refléter un ajustement normal des anticipations des investisseurs. La responsabilité des autorités est de distinguer clairement une correction ordonnée d’une situation de crise systémique et d’éviter qu’un mouvement technique ne soit interprété comme une crise généralisée.
La deuxième leçon concerne la communication. L’histoire financière montre que les crises ne naissent pas toujours d’un choc initial majeur. Elles sont souvent amplifiées par une mauvaise gestion de la communication, une absence de transparence ou des réactions improvisées des autorités. Une correction boursière peut alors devenir un signal négatif généralisé.
En période de tension, le silence ou les messages contradictoires peuvent alimenter l’incertitude davantage que le choc initial lui-même. Les autorités doivent fournir rapidement une information claire, cohérente et factuelle : quelle est la nature du mouvement observé ? Quels sont les risques réels ? Quels sont les instruments disponibles ?
La communication constitue ainsi un véritable instrument de stabilité financière. La crédibilité des institutions repose autant sur leur capacité à gérer les difficultés que sur leur aptitude à expliquer clairement les événements aux investisseurs et au public.
La troisième leçon concerne la préparation. Les autorités monétaires et financières doivent disposer de mécanismes permettant de surveiller les tensions, d’identifier les risques de contagion et de coordonner leurs réponses. Une correction sur un marché financier ne doit pas devenir une crise bancaire, une crise de liquidité ou une crise de confiance dans l’ensemble de l’économie.
La quatrième leçon est d’éviter les réactions excessives. Intervenir systématiquement pour empêcher toute baisse des marchés crée une illusion de protection. Le rôle des autorités n’est pas d’empêcher les ajustements, mais de garantir qu’ils se déroulent dans un cadre ordonné et transparent.
Les crises passées rappellent également que les investisseurs ne jugent pas uniquement les indicateurs économiques. Ils évaluent aussi la capacité des institutions à gérer l’incertitude. Une économie peut absorber une correction de marché lorsque les règles sont claires, que les institutions sont crédibles et que les autorités communiquent avec responsabilité.
La correction actuelle de la Bourse de Tunis doit donc être analysée avec sang-froid. Le véritable enjeu n’est pas d’empêcher toute baisse, mais d’éviter qu’une évolution normale des marchés ne soit transformée, par une mauvaise gestion de la confiance, en une crise financière.
Ce qu’il faut retenir
La meilleure prévention des crises repose souvent sur quatre principes simples : distinguer une correction de marché d’une crise financière, communiquer rapidement et avec transparence, être préparé et enfin éviter les réactions excessives.
Une chose est toutefois certaine dans le cas tunisien : le déficit de communication à tous les niveaux et l’absence de reconnaissance claire des difficultés constituent des facteurs de fragilité. Le message souvent répété sur la « résilience » de l’économie face aux chocs ne peut, à lui seul, remplacer une communication transparente sur les vulnérabilités, les risques et les mesures mises en œuvre pour y répondre. La confiance se construit moins par l’affirmation permanente de la résistance de l’économie que par la capacité des institutions à reconnaître les problèmes, à expliquer les choix effectués et à démontrer qu’elles disposent des moyens d’y faire face.
Cette question conduit à un enjeu plus profond : face à une crise financière, les institutions tunisiennes sont-elles encore en mesure de prendre rapidement les décisions nécessaires et d’assurer une coordination efficace de la réponse ? L’expérience internationale montre que les crises financières exigent des décisions rapides, une coordination étroite entre les autorités monétaires, financières et budgétaires, ainsi qu’une capacité d’action immédiate lorsque les tensions apparaissent.
Or, la centralisation croissante des pouvoirs et l’affaiblissement des institutions peuvent compliquer cette gestion. Les crises financières ne laissent que peu de temps pour agir : elles nécessitent une répartition claire des responsabilités, une coordination efficace entre les différentes institutions concernées et une capacité d’initiative lorsque les circonstances l’exigent. Lorsque les centres de décision sont excessivement concentrés ou que les institutions perdent leur autonomie, le risque de retards, d’hésitations ou de réponses inadaptées augmente.
Dans ce domaine, la solidité des institutions constitue un élément aussi important que la solidité des fondamentaux économiques.
Les marchés pardonnent une baisse ; ils pardonnent rarement l’improvisation, le silence et l’absence d’institutions capables d’agir.
BIO EXPRESS
Sadok Rouai est un ancien haut cadre de la BCT et ancien conseiller auprès du conseil d’administration du FMI.
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.











2 commentaires
SadokRouai
Merci pour les clarifications
jamel.tazarki
Cher Compatriote, Si Sadok,
dans le même sujet, je vous invite à lire mes commentaires sur le lien suivant :
https://businessnews.com.tn/2026/07/28/tout-ce-quil-faut-savoir-sur-le-credit-dhonneur-a-taux-zero/1412131/
Très Cordialement
Jamel