Le décret n° 2026-148 du 23 juillet 2026 rend enfin applicable le mécanisme des crédits d’honneur instauré par la réforme des chèques en 2024. Jusqu’à 25.000 dinars pourront être empruntés sans intérêts ni garanties, sur des ressources que les banques devront obligatoirement mobiliser à hauteur d’au moins 8 % de leurs bénéfices. La promesse est séduisante et l’objectif social défendable. Mais le dispositif laisse sans réponse plusieurs questions essentielles : comment sélectionner les bénéficiaires, qui assumera les impayés et pourquoi l’État impose-t-il aux banques une gratuité qu’il ne finance pas ? Car si le taux est bien nul pour l’emprunteur, le coût, lui, ne disparaît pas.
Il aura fallu près de deux ans pour que le mécanisme voie le jour. Introduit par l’article 412 ter du Code de commerce, dans le cadre de la loi n° 41-2024 du 2 août 2024 relative aux chèques, le crédit d’honneur attendait son texte d’application. Le décret n° 2026-148, publié la semaine dernière, en fixe désormais les bénéficiaires, les plafonds et les modalités.
Pour les particuliers et les entreprises confrontés à la cherté du crédit et aux exigences de garanties des banques, le dispositif ressemble à une aubaine. Le taux est nul, aucune sûreté ne peut être exigée et l’étude du dossier est gratuite. Mais derrière cette apparente simplicité se trouve un mécanisme autrement plus complexe : l’État ne finance pas ces crédits et ne compense pas les banques. Il leur demande de puiser dans leurs propres ressources et de supporter le risque.
Jusqu’à 25.000 dinars, sans intérêts ni garanties
L’article 412 ter impose à chaque banque de consacrer annuellement au moins 8 % des bénéfices de l’exercice comptable précédent à la création de lignes de microfinancements d’honneur. L’établissement doit épuiser chaque année l’intégralité de l’enveloppe.
Le nouveau décret oblige ainsi chaque banque à ouvrir dans ses livres un compte spécial, intitulé « compte de la ligne de financement d’honneur », sur lequel les ressources destinées au dispositif doivent être déposées.
Quatre catégories peuvent en bénéficier : les particuliers, les porteurs de petits projets, les petites et moyennes entreprises et les entreprises communautaires.
Le texte fixe trois plafonds :
– 5.000 dinars pour un particulier souhaitant financer des besoins de consommation ;
– 10.000 dinars pour le porteur d’un petit projet dont l’investissement cumulé ne dépasse pas 150.000 dinars ;
– 25.000 dinars pour une PME ou une entreprise communautaire.

Est considérée comme PME toute entreprise dont le volume d’investissement, création et extension comprises, se situe entre 150.000 et quinze millions de dinars, fonds de roulement inclus. Le mécanisme dépasse donc largement le seul microcrédit.
Les prêts doivent être remboursés sur une période maximale de deux ans, avec la possibilité d’une période de grâce pouvant atteindre six mois. Le taux est réellement nul. L’article 412 ter parle de financements accordés « sans intérêts et sans garanties », tandis que le décret interdit à la banque d’exiger une sûreté ou une garantie, quelle qu’en soit la nature.
Il ne s’agit donc pas d’appliquer le TMM en supprimant seulement la marge bancaire. Une PME qui emprunte 25.000 dinars et respecte son échéancier doit rembourser 25.000 dinars de principal. Aucun intérêt calculé sur le TMM ne vient s’y ajouter.
Le décret interdit également toute commission ou tous frais relatifs à l’étude du dossier. Il n’établit toutefois pas avec la même clarté la gratuité absolue de tous les frais pouvant survenir durant la vie du crédit, notamment en cas d’incident de paiement.
Les banques disposent de dix jours ouvrables bancaires pour examiner la demande et informer le client de leur décision par un moyen laissant une trace écrite. Tout refus doit être motivé. Les crédits sont attribués en tenant compte de l’ordre de dépôt des demandes et du principe d’égalité. Un bénéficiaire ne peut obtenir un nouveau financement qu’après avoir intégralement remboursé le précédent.
Sauf pour les banques dont l’objet statutaire limite le champ d’intervention, au moins 50 % de l’enveloppe doit être réservée aux PME et aux entreprises communautaires.
Le contrôle sera étroit. Les banques devront transmettre tous les trois mois au ministère des Finances un état détaillé des crédits accordés, des montants récupérés et des impayés. La Banque centrale recevra ces informations chaque mois. Les commissaires aux comptes devront, de leur côté, établir un rapport annuel sur le respect du dispositif. Les manquements pourront entraîner les sanctions prévues par l’article 412 quater du Code de commerce.
Ce cadre très détaillé ne répond pourtant pas à plusieurs interrogations. Aucun critère précis de solvabilité, de revenu ou d’endettement n’est fixé. Le refus demeure possible, mais le texte ne dit pas clairement selon quels critères une banque pourra écarter un dossier trop risqué sans être accusée de contourner le dispositif.
Le sort des remboursements n’est pas davantage précisé. Pourront-ils réintégrer les ressources ordinaires de la banque ou devront-ils rester sur le compte spécial afin de financer de nouveaux crédits ? L’assiette des 8 % n’est pas clairement définie non plus : le texte évoque les « bénéfices de l’exercice précédent », sans préciser s’il s’agit du résultat net, du bénéfice distribuable ou du montant effectivement soumis à l’affectation de l’assemblée générale.
À l’étranger, le taux zéro a toujours un financeur
La Tunisie n’est pas le premier pays à proposer des crédits sans intérêts. Plusieurs États utilisent ce type d’instrument pour faciliter l’accès au logement, soutenir l’entrepreneuriat ou répondre à une crise. La différence se trouve dans la prise en charge du coût et du risque.
En France, le prêt à taux zéro destiné à l’accession à la propriété et l’éco-PTZ consacré à la rénovation énergétique sont distribués par des établissements ayant signé une convention avec l’État. Les banques ne travaillent cependant pas gratuitement : l’absence d’intérêts est compensée par un crédit d’impôt.
La banque française conserve également la liberté d’évaluer la solvabilité du demandeur, d’examiner les garanties et de refuser le financement.
Au Pakistan, le premier palier du programme public destiné aux jeunes entrepreneurs permet également d’obtenir un financement sans intérêts. Mais le gouvernement verse aux banques une subvention compensant leur rémunération et prend en charge une partie des pertes. Une garantie publique de première perte de 10 % est notamment prévue pour ce palier.
Au Royaume-Uni, les Bounce Back Loans mis en place pendant la pandémie étaient gratuits pour les entreprises durant la première année. Là encore, le gouvernement payait aux banques les intérêts et les frais, tout en garantissant 100 % du capital prêté.
Les États peuvent aussi contraindre les banques à orienter une partie de leurs ressources vers certaines catégories. L’Inde impose aux banques des objectifs de financement des secteurs prioritaires pouvant représenter 40 % de leurs crédits. Le Brésil affecte au moins 2 % des dépôts à vue au microcrédit productif. L’Égypte a demandé aux établissements de porter les financements destinés aux PME à au moins 25 % de leurs portefeuilles.
Ces crédits obligatoires ne sont toutefois pas accordés à taux zéro. Ils demeurent rémunérés, même lorsque leur taux est réglementé ou préférentiel. L’État peut donc imposer des orientations à des banques privées.
Parmi les principaux dispositifs examinés, aucun ne réunit exactement les caractéristiques du modèle tunisien : une enveloppe annuelle calculée sur les bénéfices, l’obligation de la distribuer intégralement, un taux nul, l’absence de garanties, l’absence de compensation publique et la possibilité de financer jusqu’à de simples dépenses de consommation.
Hier poursuivis, aujourd’hui contraints de prêter sans garantie
Les banques ne sont pas des entreprises comme les autres. Elles collectent l’épargne, financent l’économie et exercent une activité fortement réglementée. L’État peut leur imposer des normes prudentielles, des plafonds tarifaires et des obligations destinées à favoriser l’inclusion financière.
Cela ne transforme pas pour autant leurs ressources en fonds publics. Lorsqu’il impose à une banque privée d’utiliser une partie de ses bénéfices pour financer une politique sociale, l’État intervient directement dans l’emploi de capitaux appartenant à l’entreprise et à ses actionnaires. Une intervention de cette ampleur exige au minimum de la prévisibilité, des règles précises et une répartition transparente des risques.
Or le calendrier retenu pose problème. Le principe des 8 % est connu depuis août 2024. Les banques ne peuvent donc pas affirmer qu’elles découvrent aujourd’hui l’existence de l’obligation. Mais elles ignoraient jusqu’au 23 juillet 2026 les bénéficiaires, les plafonds, le délai de traitement, l’interdiction de toute garantie et les modalités de financement du compte.
Le décret exige que celui-ci soit alimenté dans les quinze jours suivant l’assemblée générale ayant décidé l’affectation des bénéfices. Il précise simultanément que le mécanisme s’applique dès l’affectation des bénéfices de l’exercice 2025.
Toutes les banques tunisiennes cotées en bourse, soit la quasi-totalité des banques tunisiennes, ont pourtant déjà tenu leur assemblée générale et affecté leurs bénéfices. Pour elles, le délai de quinze jours était expiré avant même la publication du décret. Aucun régime transitoire ni nouveau calendrier n’a été prévu dans le décret de la semaine dernière.
La base de calcul repose par ailleurs sur l’exercice précédent. Une banque bénéficiaire en 2025 restera donc tenue de financer la ligne en 2026 même si ses résultats se dégradent ou si elle bascule dans les pertes. Le décret ne prévoit ni suspension pour difficulté financière ni adaptation aux contraintes prudentielles propres à chaque établissement.
L’absence de garanties place également les banquiers dans une contradiction particulièrement sensible. Des dirigeants et cadres de banques publiques ont été poursuivis, incarcérés ou condamnés pour des crédits considérés par la justice comme insuffisamment garantis.
En décembre 2025, l’ancien PDG de la BH Bank Ahmed Rjiba a été condamné à trois ans de prison ferme dans une affaire de crédits accordés sans garanties en première instance, peine alourdie à cinq ans en appel en avril dernier.
L’ancien PDG de la BNA, Habib Haj Gouider est également en prison, en attente de son procès, à la suite de l’octroi de crédits sans garantie
Il ne s’agit pas de réduire ces dossiers judiciaires à la seule absence de garanties ni de se prononcer sur leur fond. Mais leur effet sur le comportement des banquiers est évident. Chaque membre d’un comité de crédit sait désormais qu’une décision commerciale jugée trop risquée peut, des années plus tard, être relue pénalement.
L’État demande donc aujourd’hui aux mêmes banques de financer sans intérêts et sans garanties des dossiers que leurs dirigeants devront approuver personnellement. Il leur ordonne de prendre un risque que la justice vient de reprocher à certains de leurs prédécesseurs d’avoir pris.
Le décret protège-t-il le banquier qui applique la nouvelle obligation contre une future accusation de mauvaise gestion ? Rien ne le précise. Il impose de prêter, mais ne définit ni les critères minimaux de solvabilité ni la frontière entre le risque socialement accepté et la faute de gestion.
Le coût ne disparaît pas, il change de payeur
Le crédit est gratuit pour le bénéficiaire, mais il coûte à la banque dès le premier dinar versé. Avec un TMM de 6,99 % en juin 2026, un prêt de 25.000 dinars amorti sur deux ans représente déjà environ 1.800 dinars de rémunération abandonnée, voire 2.250 dinars avec six mois de différé. Ce calcul, purement illustratif puisque le décret ne fixe pas l’échéancier, ne comprend ni les frais de gestion et de recouvrement ni le risque d’impayé.
Comme le résume l’ancien haut cadre de la BCT Sadok Rouai dans une tribune publiée hier par Business News, « le coût ne disparaît jamais, il change simplement de payeur ». Une créance impayée devra être provisionnée puis, éventuellement, absorbée par la banque. La charge pèsera d’abord sur ses bénéfices et ses actionnaires, mais elle pourra ensuite être répercutée sur les autres clients : taux plus élevés, commissions accrues, épargne moins rémunérée ou conditions d’accès au crédit plus sévères.
Cette répercussion ne sera pas nécessairement visible. Dans un marché où les taux et certaines commissions sont encadrés, elle pourra prendre la forme d’un rationnement du crédit : davantage de refus et une préférence renforcée pour les clients les plus rentables et les mieux garantis. Un mécanisme conçu pour favoriser l’inclusion financière risquerait alors de compliquer le financement de ceux qui n’y sont pas éligibles.
Dans les banques publiques, la facture pourrait finalement revenir au contribuable si les impayés dégradent les bilans au point d’exiger une recapitalisation. L’État ferait ainsi financer indirectement une politique sociale qu’il n’a pas inscrite dans son propre budget.
L’objectif du crédit à taux zéro demeure légitime : la réforme des chèques a privé de nombreux ménages et petites entreprises d’un moyen informel de financement. Mais une politique sociale durable suppose un ciblage précis, une évaluation de la solvabilité et un partage explicite du risque. Ailleurs, l’État compense les intérêts, garantit les prêts ou fournit une ressource bonifiée. En Tunisie, il a fixé le taux à zéro et transféré le risque aux banques, sans désigner celui qui paiera la facture.
Le décret peut supprimer les intérêts du contrat. Il ne peut supprimer le coût de l’argent.
Maya Bouallégui












4 commentaires
jamel.tazarki
A) La distinction entre « l’article 412 ter » et « L’article 412-III »
–>
Il est facile de les confondre car ils portent le même numéro de base, mais ils concernent deux aspects totalement différents de la réforme du Code de commerce tunisien de 2024.Voici la distinction simple:
a1. L’article 412 ter : Le soulagement financier –> Il s’attaque au coût de l’argent.
– Sujet : Les intérêts des crédits bancaires.
– Objectif : Réduire de moitié le taux d’intérêt (coefficient 0,5) pour les prêts à taux fixe de plus de 7 ans, si les intérêts payés dépassent 8 % du capital restant.
– Public : Les emprunteurs (citoyens) qui sont « étranglés » par leurs mensualités.
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a2. L’article 412-III (ou 412-3) : La dépénalisation du chèque
Celui-ci s’attaque entre autres aux sanctions juridiques. Il fait partie de la réforme majeure destinée entre autre à vider les prisons.
– Sujet : entre autre les chèques sans provision.
– Objectif : Il définit les nouvelles procédures pour échapper à la prison. Il permet notamment de régulariser sa situation même après un jugement définitif en payant le montant du chèque et les frais.
– Public : Les commerçants et particuliers poursuivis pour avoir émis des chèques sans provision.
B) – L’article 412-3 (III) pour entre autre un crédit de « sauvetage » (L’aspect « Faveur »)
b1) L’article 412-3 (III) du Code de commerce, dans sa nouvelle version, impose effectivement aux banques une obligation de « soutien ».–> Pour aider entre autre un client qui a émis un chèque sans provision à ne pas finir en prison, la banque peut lui proposer une ligne de crédit spécifique pour couvrir ce chèque, même si le client manque de garanties classiques.
– La faveur : La banque accorde un prêt à quelqu’un qui est techniquement en situation de défaut (un « interdit de chéquier »). Normalement, aucune banque ne prêterait à ce profil.
– L’objectif : Permettre au client de payer le bénéficiaire du chèque immédiatement pour stopper les poursuites judiciaires.
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b2) Pourquoi la banque le ferait-elle ?
– Ce n’est pas par pure générosité. La loi a instauré une responsabilité bancaire accrue:
– Si la banque refuse de payer un chèque de faible montant (souvent moins de 500 DT) ou refuse d’aider à la régularisation sous certaines conditions, elle peut être tenue pour responsable.
– L’article 412-3 encadre donc ce « crédit forcé » qui permet de transformer une dette pénale (risque de prison) en une dette bancaire classique (remboursement à la banque avec intérêts).
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b3) La différence avec le 412 ter
– Article 412 ter : C’est un cadeau sur les crédits existants (on réduit les intérêts de moitié pour tout le monde).
– Article 412-3 : C’est une obligation de proposer entre autre (si ce n’est en particulier) un nouveau crédit de secours pour éviter la prison à ceux qui ont fait des chèques sans provision. C’est ici que se trouve le « crédit sans garantie » dont parle tout les Tunisiens.
– En résumé : Le 412-3 utilise le crédit bancaire entre autre comme un outil pour vider les prisons. La banque devient l’amortisseur entre le débiteur et le juge.
C) Fazit:
l’article 412 ter » et « L’article 412-III » sont un mélange fascinant de paternalisme d’État et de bricolage législatif. En forçant les banques à devenir des « assureurs sociaux » (que ce soit pour réduire les intérêts avec le 412 ter ou pour éviter la prison aux gens avec le 412-3), l’État tente de maintenir un équilibre précaire.
C’est le paradoxe tunisien résumé en deux articles :
– On demande aux banques d’être moins gourmandes sur les vieux crédits.
– On les oblige à être plus imprudentes en prêtant à des gens déjà en faillite.
Sur le papier, c’est une bouffée d’oxygène pour le citoyen. Dans la réalité économique, c’est une pression énorme sur le système financier qui finit par se répercuter ailleurs (frais de tenue de compte, nouveaux taux de crédits de consommation plus élevés pour les nouveaux clients, etc.). Comme on dit souvent : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », surtout en finance.
C’est cette gymnastique permanente pour éviter l’explosion sociale qui rend l’observation de la Tunisie aussi intéressante qu’inquiétante.
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
jamel.tazarki
La suite de mon commentaire ci-dessus:
– L’État tunisien gâte donc le système bancaire en lui proposant des obligations d’État généreuses pour financer ses dépenses, qu’il récupère ensuite avec « l’article 412 ter » et « L’article 412-III »
–> ce que certains économistes appellent un « circuit fermé » entre l’État et les banques.
A) Le « Gâteau » : Le financement de l’État par les banques
a1) Effectivement, l’État tunisien, ayant un accès limité aux financements extérieurs, s’appuie massivement sur les banques locales pour financer son budget (via les BTA – Bons du Trésor Assimilables).
– Le mécanisme : L’État emprunte aux banques à des taux élevés (souvent indexés sur le TMM + une marge).
– Le profit : Cela garantit aux banques des revenus confortables, peu risqués et peu coûteux en fonds propres. En 2023-2024, une part prépondérante des bénéfices bancaires provenait directement de ces intérêts payés par l’État.
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a2) La « Reprise » : « l’article 412 ter » et « L’article 412-III » comme outil de redistribution
L’article 412 ter agit comme un correcteur social imposé par le pouvoir politique :
– L’objectif : Puisque les banques réalisent des bénéfices records grâce à l’argent public (et à la hausse des taux), l’État les contraint légalement à « rendre » une partie de cette manne, non pas au Trésor, mais directement aux citoyens emprunteurs.
– La logique politique : C’est une manière pour l’État de soulager le pouvoir d’achat des ménages sans piquer dans ses propres caisses (déjà vides), mais en ponctionnant la marge d’intérêt des banques.
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a3) Un équilibre fragile
Votre théorie d’un État qui « gâte » puis « récupère » souligne un paradoxe :
– D’un côté, l’État a besoin de banques solides pour continuer à lui prêter de l’argent.
– De l’autre, il ne peut pas laisser les banques afficher des bénéfices insolents alors que le citoyen est étranglé par l’inflation et les taux.
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a4) En résumé : « l’article 412 ter » et « L’article 412-III » sont perçus par beaucoup comme une « taxe sociale » déguisée sur les profits bancaires. L’État tolère les marges élevées sur sa propre dette, mais exige en retour que les banques fassent un geste massif sur les crédits aux particuliers pour maintenir la paix sociale.
B) Ce système de financement par les banques locales présente un risque pour l’économie à long terme:
b1) C’est en effet le revers de la médaille. Ce système, bien qu’il permette à l’État de fonctionner et aux citoyens de souffler un peu via « l’article 412 ter » et « L’article 412-III », crée deux risques majeurs que les économistes appellent l' »effet d’éviction » et la « souveraineté captive » :
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b1.1) L’assèchement du crédit privé (Effet d’éviction) : Chaque dinar que la banque prête à l’État via les BTA est un dinar qui ne va pas vers l’investissement des entreprises ou la création d’emplois. Pourquoi une banque prendrait-elle le risque de prêter à une PME locale quand elle peut prêter à l’État avec un taux garanti et zéro risque de défaut (théoriquement) ?
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b1.2) Le « destin lié » (L’étreinte mortelle) : Les banques deviennent tellement dépendantes des intérêts payés par l’État que si ce dernier venait à avoir une difficulté majeure de paiement, tout le système bancaire s’effondrerait avec lui. C’est ce qu’on a vu dans d’autres crises financières (comme au Liban ou en Grèce).
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b2) « l’article 412 ter » et « L’article 412-III » sont donc une petite bouffée d’oxygène pour les ménages, mais il ne règle pas le problème de fond : une économie où les banques préfèrent financer le train de vie de l’État plutôt que la croissance réelle.
C) Lorsqu’un État en vient à imposer des lois comme l’article 412 ter pour corriger directement les bilans des banques au profit des citoyens, il joue souvent ses dernières cartes de popularité sociale. –> Ce scénario de « fuite en avant » présente généralement trois signes précurseurs :
– La rupture de confiance avec les élites financières : En s’attaquant aux marges des banques (qui sont pourtant ses seuls créanciers), l’État fragilise le pilier qui le maintient à flot.
– L’épuisement des leviers : Une fois que les intérêts des crédits ont été réduits, quelle sera la prochaine mesure pour calmer la grogne sociale si l’inflation continue de grimper ?
– L’isolement international : Ce type de régulation forcée et l’endettement interne massif éloignent les investisseurs étrangers et les institutions comme le FMI, rendant la chute financière plus brutale en cas de choc.
– L’histoire économique montre que ce genre de « circuit fermé » (l’État qui finance ses dépenses par les banques puis les taxe pour la paix sociale) finit souvent par une crise de liquidité majeure.
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
jamel.tazarki
La suite de mon commentaire ci-dessus:
Introduction: La solution de la dernière décennie est-elle meilleure ? En effet, la BCT prêtait de l’argent en dinars aux banques commerciales à 2%, qui le prêtaient ensuite à l’État tunisien à 10%. Alors que la que Méthode actuelle est un Financement direct BCT
–>
En réalité, aucune des deux méthodes n’est bonne, mais elles déplacent le problème et les risques différemment:
a) Pourquoi l’ancienne méthode (via les banques) était toxique –> Le système des années passées (interdire le prêt direct de la BCT à l’État et forcer le passage par les banques commerciales) présentait des dérives majeures :
a1) Un enrichissement sans risque sur le dos du contribuable : Les banques privées prenaient l’argent créé par la BCT au taux directeur, puis l’utilisaient pour acheter des Bons du Trésor à des taux élevés. Les banques tunisiennes ont ainsi réalisé des bénéfices historiques pendant dix ans, non pas en finançant l’économie réelle, mais en vivant simplement des intérêts payés par l’État (donc par les impôts des Tunisiens).
a2) L’asphyxie totale du secteur privé (L’effet d’éviction) : Pourquoi une banque prendrait-elle le risque de prêter à un jeune entrepreneur, à une PME ou à un particulier pour un crédit immobilier si elle peut prêter des milliards à l’État avec un taux d’intérêt garanti et zéro risque de défaut ? Ce mécanisme a totalement bloqué l’accès au crédit pour l’économie tunisienne.
b) Pourquoi la méthode actuelle (prêt direct de la BCT) est dangereuse –> Pour stopper cette rente bancaire du point a) injuste, l’État a voté des dérogations pour emprunter directement à la BCT, sans passer par les banques privées.
b1) L’avantage : L’État économise les marges d’intérêts exorbitantes des banques. Les intérêts payés à la BCT reviennent à l’État sous forme de dividendes.
b2) Le grand danger (L’inflation) : Dans l’ancien système, les banques commerciales servaient de « tampon » ou de filtre pour réguler la quantité de monnaie en circulation. Aujourd’hui, le financement direct est une injection pure et massive de liquidités (la fameuse « planche à billets »). Sans création de richesse économique en contrepartie, cette méthode détruit la valeur du dinar et alimente une inflation structurelle très difficile à stopper.
C) Fazit: Un choix entre la peste et le choléra
c1) L’ancienne solution n’était pas meilleure : elle transférait l’argent public vers les actionnaires des banques privées tout en bloquant l’économie. La solution actuelle élimine ce parasitisme financier, mais fait peser le risque de l’effondrement de la monnaie directement sur le citoyen par le biais de l’inflation.
c2) La seule et unique réside dans la relance de la production et des exportations pour que l’État tunisien dégage des recettes réelles et n’ait plus besoin, ni des banques, ni de la planche à billets, pour survivre.
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
Mhammed Ben Hassine
Du n’importe quoi mais d’un autres niveau