L’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) est entrée dans le débat opposant l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT) à plusieurs établissements privés d’enseignement supérieur. Dans un communiqué publié jeudi 30 juillet 2026, l’organisation patronale rappelle que la reconnaissance du diplôme national d’ingénieur relève exclusivement du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Elle appelle également à davantage de transparence afin de mettre fin aux incertitudes qui pèsent sur les étudiants, les familles, les établissements concernés et les employeurs.
Selon l’Utica, les récentes publications de l’Ordre des ingénieurs tunisiens présentant une liste d’établissements privés dont les diplômes seraient admis à l’inscription au tableau de l’Ordre ont créé une confusion préjudiciable. L’organisation estime qu’elles entretiennent une incertitude autour de la reconnaissance des diplômes et de l’insertion professionnelle des futurs ingénieurs.
Elle rappelle que la reconnaissance du diplôme national d’ingénieur relève exclusivement du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, seule autorité légalement habilitée à autoriser, contrôler et reconnaître les établissements d’enseignement supérieur. Elle souligne également que les textes régissant l’Ordre des ingénieurs n’exigent pas une accréditation du diplôme, mais uniquement sa reconnaissance par l’État.
L’Utica réclame davantage de transparence
Dans son communiqué, l’organisation patronale invite l’Ordre des ingénieurs à publier, dans un souci de transparence, les fondements juridiques de sa démarche, les critères d’évaluation retenus, la méthodologie appliquée ainsi que les modalités de la procédure engagée.
Elle estime également que la valeur ajoutée d’une telle procédure mérite d’être clarifiée, en particulier lorsqu’elle concerne des établissements déjà accrédités par des organismes internationaux de référence, tels que la Commission des titres d’ingénieur (CTI), l’Accreditation Board for Engineering and Technology (ABET) ou encore l’Agence allemande d’accréditation ASIIN.
L’Utica affirme également avoir été sollicitée par plusieurs établissements privés afin d’examiner leurs dossiers d’accréditation et les prestations correspondantes, pour un montant pouvant atteindre 10.000 dinars par établissement. Elle appelle, là aussi, à davantage de transparence et de bonne gouvernance.
Un différend ancien sur fond de fuite des compétences
Cette prise de position intervient dans un contexte de tensions récurrentes entre l’Ordre des ingénieurs tunisiens et plusieurs établissements privés d’enseignement supérieur au sujet de la qualité des formations et des conditions de reconnaissance des diplômes.
À plusieurs reprises, le président de l’ordre, Mohsen Gharsi, a réaffirmé qu’aucune concession ne serait faite envers les établissements ne respectant pas les standards internationaux de la formation en ingénierie. L’OIT considère que, si l’autorisation d’ouverture des écoles privées relève des autorités compétentes, il lui appartient de veiller à la qualité de la formation d’ingénieur et à sa conformité avec les référentiels internationaux.
L’ordre a également appelé les futurs étudiants à examiner attentivement les programmes d’enseignement, les accréditations académiques et la reconnaissance des diplômes avant de choisir un établissement privé. En octobre 2025, il avait par ailleurs mis en garde contre l’utilisation jugée trompeuse des termes « ingénieur » et « ingénierie » dans certaines campagnes publicitaires d’établissements privés, rappelant que le port du titre d’ingénieur demeure strictement encadré par la législation tunisienne et qu’il est subordonné à l’inscription au tableau de l’Ordre.
Au-delà de ce différend, l’Utica souligne que l’enjeu est aussi celui de la rétention des compétences. Elle rappelle qu’environ 46.000 ingénieurs ont quitté la Tunisie au cours des dix dernières années et qu’environ 6.000 autres continuent de partir chaque année, des chiffres également avancés ces derniers mois par le président de l’ordre, Mohsen Gharsi.
Dans ce contexte, l’organisation considère que les priorités devraient être le renforcement de l’attractivité du métier, l’amélioration de l’employabilité des jeunes diplômés et la valorisation des compétences nationales. Selon elle, toute initiative susceptible de créer une incertitude autour de la reconnaissance d’un diplôme ou de compliquer l’insertion professionnelle des jeunes ingénieurs risque d’accentuer leur découragement et d’alimenter davantage la fuite des compétences.
L’Utica souligne également que les écoles privées d’ingénieurs participent pleinement à la formation des compétences nationales, avec près de 6.500 diplômés chaque année et un taux d’insertion professionnelle supérieur à 75% dans les six mois suivant l’obtention du diplôme.
En conclusion, l’organisation appelle les étudiants, les futurs bacheliers et leurs familles à se référer exclusivement aux décisions officielles du ministère de l’Enseignement supérieur concernant la reconnaissance des diplômes. Elle réaffirme enfin sa volonté de poursuivre le dialogue avec l’ensemble des parties prenantes afin de préserver la qualité de la formation et le rayonnement du diplôme national d’ingénieur tunisien.
I.N.










