Lancée en 2018, la station de dessalement d’eau de mer de Sidi Abdelhamid, à Sousse, devait constituer l’un des projets phares de la Tunisie pour renforcer la sécurité hydrique du Sahel et répondre à la pression croissante exercée sur les ressources conventionnelles. La Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) avait annoncé une durée d’exécution de sept ans pour la réalisation de cette infrastructure stratégique, ce qui situait son achèvement autour de 2025. Pourtant, à la mi-2026, la station n’est toujours pas entrée en exploitation, alors que les annonces de mise en service se sont multipliées ces derniers mois.
Depuis le début de l’année, le PDG de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux avait indiqué que la station devait commencer à produire avant la fin de l’année 2026. En avril dernier, il avait également affirmé que les travaux devaient être achevés au début de l’été, laissant espérer une mise en service imminente. Mais alors que la période annoncée est désormais dépassée, aucune communication officielle n’est venue expliquer les raisons précises de ce décalage.
Derrière les retards, l’hypothèse d’une incompatibilité technique
C’est dans ce contexte que plusieurs interrogations émergent autour du fonctionnement de l’installation. Des interrogations auxquelles l’ancien élu d’Attayar à Sousse, Mejdi Ben Ghezala, dit avoir un début de réponse.
Dans une publication diffusée sur les réseaux sociaux dimanche 2 août 2026, il a avancé une explication d’ordre technique qui, si elle venait à être confirmée, mettrait en évidence une difficulté majeure affectant le fonctionnement même de l’installation.
Selon les informations qu’il dit tenir de certaines sources, le démarrage de la station serait retardé en raison d’une incompatibilité entre les caractéristiques réelles de l’eau de mer captée sur le site et le système de filtration installé dans l’usine. Cette incompatibilité pourrait, selon ces mêmes sources, entraîner une dégradation rapide des équipements les plus sensibles de l’installation.
Des membranes à plusieurs millions menacées par le colmatage ?
Toujours selon cette version des faits, le problème concernerait plus précisément l’étape dite de « prétraitement », une phase essentielle dans toute usine de dessalement utilisant la technologie de l’osmose inverse.
Avant que l’eau de mer ne soit dessalée, elle doit en effet subir plusieurs opérations destinées à éliminer les particules en suspension, les micro-organismes, les algues, les sédiments ainsi qu’une partie des matières organiques susceptibles d’endommager les membranes d’osmose inverse. Ce prétraitement constitue l’une des étapes les plus critiques du processus, car il conditionne la performance et la durée de vie des membranes, dont le coût de remplacement est particulièrement élevé.
Les sources citées par l’ancien député soutiendraient que les caractéristiques de l’eau de mer prélevée au niveau de la prise d’eau de Sidi Abdelhamid différeraient sensiblement des hypothèses retenues lors des études initiales. La concentration en matières en suspension, la présence d’algues marines, certains dépôts sédimentaires ou encore la composition chimique de l’eau pourraient ainsi être différentes des paramètres qui avaient servi à concevoir le système de filtration.
Dans cette hypothèse, les filtres et les membranes d’osmose inverse installés ne seraient pas totalement adaptés aux caractéristiques réelles de l’eau brute. Leur mise en fonctionnement dans ces conditions pourrait provoquer un phénomène de colmatage rapide, c’est-à-dire l’obstruction progressive des pores des filtres et des membranes par les particules transportées par l’eau.
Le colmatage constitue l’un des principaux risques techniques auxquels sont confrontées les usines de dessalement. Lorsqu’il est important, il réduit fortement les performances de production, augmente la consommation énergétique et peut entraîner une détérioration prématurée des membranes, dont chaque remplacement représente un investissement considérable.
Selon les mêmes informations, les équipes techniques auraient ainsi interrompu les essais afin d’éviter d’endommager des équipements particulièrement coûteux avant qu’une solution technique ne soit trouvée.
Une panne potentielle aux conséquences nationales
La station de dessalement de Sidi Abdelhamid dont les travaux ont commencé en 2018 constitue l’une des pièces maîtresses du programme national destiné à renforcer durablement l’alimentation en eau potable pour la région du Sahel dans un contexte marqué par l’aggravation des effets du changement climatique et la diminution des ressources conventionnelles.
Selon la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede), le projet s’inscrit dans un vaste dispositif comprenant également la retenue de stockage d’El Kalaa Kebira, une nouvelle station de traitement des eaux d’une capacité de 350.000 m³ par jour ainsi que la station de dessalement de Sfax. L’objectif affiché est de réduire progressivement la dépendance aux ressources provenant du système de transfert des eaux du Nord et aux nappes souterraines, dont l’exploitation devient de plus en plus difficile, en développant des ressources dites « non conventionnelles », plus résilientes face aux sécheresses répétées.
Réalisée pour le compte de la Sonede par le consortium formé par Abengoa et l’entreprise tunisienne Engineering Procurement & Project Management (EPPM), la station de Sidi Abdelhamid a été conçue pour produire quotidiennement 50 000 mètres cubes d’eau potable, avec une extension prévue permettant de doubler cette capacité à 100 000 mètres cubes par jour. L’eau de mer est captée depuis le canal de refroidissement de la centrale électrique de Sidi Abdelhamid, exploitée par la Steg, avant d’être soumise à un prétraitement par double filtration puis à un procédé d’osmose inverse, technologie aujourd’hui considérée comme la référence mondiale en matière de dessalement.
L’installation devait également être raccordée au système des Eaux du Nord grâce à près de sept kilomètres de conduites de grand diamètre destinées à assurer la prise d’eau, l’évacuation de la saumure et l’intégration de la nouvelle ressource au réseau national de distribution.
La portée du projet est considérable. D’après la Sonede, près de 3,7 millions d’habitants des gouvernorats de Sousse, Monastir, Mahdia, du Cap Bon et de Sfax devraient bénéficier directement de cette nouvelle ressource. En raison de l’interconnexion du système des Eaux du Nord, l’impact potentiel s’étendrait en réalité à près de sept millions de Tunisiens, incluant les régions du Grand Tunis. Au-delà de la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable, les autorités présentent cette infrastructure comme un levier essentiel pour soutenir le développement économique, industriel et touristique de toute la façade orientale du pays.
Cette dimension stratégique explique pourquoi les informations relayées par l’ancien député Mejdi Ben Ghezala suscitent autant d’interrogations. Si les difficultés techniques évoquées par certaines sources venaient à être confirmées, elles ne concerneraient pas un simple incident de chantier, mais une infrastructure appelée à jouer un rôle central dans la politique nationale de mobilisation des ressources hydriques non conventionnelles, à un moment où la Tunisie subit une pression croissante sur ses réserves en eau.
Les informations rendues publiques par le groupe espagnol Abengoa, chef de file du consortium chargé de la réalisation de la station, permettent d’ailleurs de mieux comprendre les enjeux techniques soulevés par cette hypothèse. Elles confirment que l’installation repose sur une succession d’étapes particulièrement sensibles, dont le bon fonctionnement conditionne l’ensemble du procédé de dessalement.
Selon Abengoa, l’eau de mer destinée au dessalement est captée dans le canal de refroidissement de la centrale électrique de Sidi Abdelhamid, exploitée par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg). Avant d’alimenter les unités de dessalement proprement dites, elle doit obligatoirement franchir une phase de prétraitement reposant sur un système de double filtration destiné à retenir les particules, les matières en suspension, les algues et les autres organismes susceptibles d’endommager les équipements. Ce n’est qu’à l’issue de cette étape que l’eau est acheminée vers deux chaînes d’osmose inverse, où des membranes de haute précision séparent les sels dissous afin de produire de l’eau potable.
Cette architecture technique confère une crédibilité particulière à l’hypothèse avancée par l’ancien député, sans toutefois la confirmer. Si les informations qu’il relaie étaient exactes, les difficultés rencontrées concerneraient précisément cette phase cruciale de prétraitement. Une inadéquation entre les caractéristiques réelles de l’eau prélevée et les performances du système de filtration pourrait provoquer un colmatage prématuré des filtres, entraînant à son tour une dégradation accélérée des membranes d’osmose inverse. Or ces dernières constituent le cœur technologique de toute installation de dessalement et figurent parmi les composants les plus coûteux du procédé. Leur détérioration compromettrait non seulement la mise en service de la station, mais pourrait également occasionner des pertes financières importantes.
À ce stade, cette hypothèse demeure toutefois non confirmée. Ni la Sonede, maître d’ouvrage du projet, ni les autres intervenants n’ont communiqué officiellement sur les raisons précises du report de la mise en exploitation de la station.

N.J











4 commentaires
le financier
BN vous pourriez me remercier , il y a 5-6 semaine que je vous avais annoncé ce scoop et j en ai plein d autre … 😉
ali.labyedh
Il aurait fallu des le départ faire appel à l’entreprise française Veolia leader incontesté dans la dessalinisation de l’eau de mer.Veolia est dominante dans la dessalinisation au proche orient.
Mhammed Ben Hassine
Projet lancé en 2018
Est ce normale que la réalisation de cette unité dure 7 ans ou plus
A4
A la recherche du moins-disant …