Le programme national de reconstitution du cheptel bovin annoncé par le ministère de l’Agriculture intervient beaucoup trop tard pour une filière qui se dégrade depuis 2016, selon le conseiller économique de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), Fathi Ben Khelifa. Celui-ci estime que le redressement du secteur ne peut se limiter au renouvellement du cheptel, après la disparition de 30% de ses effectifs.
Le conseiller économique de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), Fathi Ben Khelifa, a réagi, lundi 3 août 2026, dans une déclaration rapportée dans le bulletin d’information de 13 heures de Mosaïque FM, à la récente communication du ministère de l’Agriculture sur la crise de la filière laitière.
Quelques jours plus tôt, le département avait annoncé la préparation d’un programme national de reconstitution du cheptel bovin, destiné à compenser la baisse du nombre d’animaux et à rétablir l’équilibre de la filière. Une réponse que Fathi Ben Khelifa juge très tardive au regard de la dégradation enregistrée depuis près de dix ans.
Un secteur qui « saigne » depuis 2016
Pour Fathi Ben Khelifa, la décision du ministère intervient après des années d’alertes restées sans réponse suffisante, alors que la filière a perdu 30% de son cheptel.
« Nous considérons que cette décision arrive très tard. Depuis 2016, le secteur est en train de saigner », a-t-il déclaré.
Le représentant de l’Utap a regretté que la Tunisie soit désormais contrainte d’importer du lait en poudre pour fabriquer des yaourts, des fromages et d’autres produits laitiers, alors qu’elle disposait auparavant d’importants excédents.
L’excédent de production atteignait, selon lui, entre 60 et 70 millions de litres, une partie étant exportée vers la Libye, d’autres pays africains ainsi que des marchés du Moyen-Orient.
« Nous avions toujours des excédents dans nos stocks stratégiques, qui atteignaient soixante à 70 millions de litres. Nous faisions partie des pays exportateurs vers la Libye, certains pays africains et certains pays du Moyen-Orient. Aujourd’hui, nous importons du lait en poudre pour fabriquer les yaourts et les fromages », a-t-il déploré.
Des répercussions sur les viandes rouges et toute la filière
Fathi Ben Khelifa a également établi un lien entre le recul de la filière laitière et l’augmentation des prix des viandes rouges. Il a expliqué que le cheptel bovin contribuait à alimenter le marché en veaux et en vaches arrivés au terme de leur cycle de production, constituant ainsi une quantité importante de viande susceptible de participer à la régulation des prix.
La diminution du nombre d’animaux aurait donc contribué à déséquilibrer le marché. Il a cité le prix du kilogramme de viande ovine, qui serait passé de quinze dinars à soixante ou 70 dinars, tandis que celui de la viande bovine se situe désormais, selon lui, entre quarante et soixante dinars.
Le conseiller économique de l’Utap a toutefois insisté sur le fait que la crise ne pourrait être résolue par la seule reconstitution du cheptel. La filière laitière, a-t-il rappelé, a été construite et structurée sur plusieurs décennies autour des organismes chargés de l’élevage, des centres de collecte, des équipements de refroidissement dans les centres et les exploitations ainsi que de la formation et de la mise à niveau des éleveurs.
La baisse de la production affecte également la rentabilité des centres de collecte, dont certains ne fonctionneraient plus qu’à 50%, 60% ou 70% de leurs capacités, contre 100% auparavant.
Fathi Ben Khelifa a, par ailleurs, rappelé qu’un précédent programme de reconstitution du cheptel avait été prévu dans une Loi de finances et que des fonds lui avaient été affectés à travers le Fonds de développement de la compétitivité, sans que les mesures annoncées ne soient mises en œuvre.
« La filière laitière ne nécessite pas seulement la reconstitution du cheptel », a-t-il souligné.
Le ministère défend les mesures engagées
Dans sa récente communication, le ministère de l’Agriculture a attribué la crise de la filière à une accumulation de facteurs structurels et conjoncturels. Il a notamment évoqué les années successives de sécheresse, la raréfaction des ressources en eau et leurs répercussions sur la production locale de fourrages, ainsi que la hausse des prix des matières premières destinées à l’alimentation animale sur les marchés internationaux.
Le département a également mis en avant la fragmentation du secteur, la petite taille des troupeaux détenus par une grande partie des éleveurs et la vulnérabilité de ces derniers face aux chocs économiques et climatiques.
Face aux critiques sur son action, le ministère a affirmé que six conseils ministériels avaient été consacrés à la filière entre 2020 et 2024. Il a rappelé que le prix minimum garanti du lait à la production avait été relevé à trois reprises, en août 2020, avril 2021 et février 2023, passant de 0,945 dinar à 1,34 dinar le litre.
La prime de collecte a également été portée à 0,115 dinar le litre. Le ministère a, en outre, évoqué le plafonnement des prix des aliments pour bétail, la préparation d’un plan national de développement de la production fourragère et la finalisation des textes d’application du programme de reconstitution du cheptel.
Fathi Ben Khelifa a toutefois rappelé qu’un précédent programme de reconstitution du cheptel, pourtant assorti de financements, n’avait pas été concrétisé, estimant que le redressement de la filière nécessite bien davantage que le seul renouvellement du cheptel.
I.N.










