Alors que les coupures programmées d’électricité ont suscité une vive inquiétude auprès des Tunisiens en pleine période de fortes chaleurs, Atef Bouabdallah, membre de la Fédération générale de l’électricité et du gaz relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), a livré une lecture détaillée des causes profondes ayant conduit la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) à recourir aux délestages. Invité sur les ondes de Jawhara FM mardi 4 août 2026, il a mis en avant un déficit d’investissements, des retards dans les projets de production et une hausse structurelle de la demande électrique.
Pour le représentant syndical, les délestages actuels n’étaient que l’aboutissement d’une situation contre laquelle les partenaires sociaux avaient régulièrement alerté les autorités de tutelle.
Atef Bouabdallah a d’abord pointé du doigt le retard enregistré dans la mise en œuvre de plusieurs projets énergétiques, notamment ceux liés aux énergies renouvelables portés par la Steg. Selon lui, des projets adoptés en Conseil des ministres en 2016, notamment une capacité de 300 mégawatts d’énergie solaire, n’ont toujours pas été réalisés à ce jour.
« On nous accuse parfois d’être opposés aux énergies renouvelables. C’est faux. Nous n’avons jamais été contre les énergies propres ni contre le développement. Nous étions opposés à une certaine orientation qui risquait de transformer ces ressources en un monopole au profit des grands capitaux », a-t-il expliqué.
Le syndicaliste a noté que la transition énergétique aurait pu être conçue autrement, en permettant une implication plus large des citoyens, des jeunes entrepreneurs et des classes moyennes.
« Les énergies renouvelables sont aujourd’hui rentables. Pourquoi ne pas permettre aux Tunisiens d’investir eux-mêmes dans ce secteur ? Pourquoi réserver ces opportunités uniquement aux grands investisseurs ? », s’est-il interrogé.
Il a cité l’exemple des petites installations photovoltaïques collectives, estimant qu’un modèle permettant à plusieurs citoyens de participer à des projets solaires pourrait démocratiser l’accès à cette activité.
« Un mégawatt solaire représente un investissement très important, inaccessible pour un simple citoyen. Mais si l’on permet à des groupes d’investir ensemble, avec l’accompagnement de l’État, cela devient possible », a-t-il expliqué.
Pour Atef Bouabdallah, le problème central reste l’écart entre les capacités disponibles et l’évolution rapide de la consommation nationale. Il a rappelé que le parc de production de la Steg disposait d’une capacité d’environ 4 500 mégawatts, alors que la demande atteint désormais des niveaux records durant les périodes de pointe estivales.
Selon lui, la climatisation représente aujourd’hui le principal facteur de pression sur le réseau électrique. Il a évoqué les estimations de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), selon lesquelles la Tunisie compterait entre 2,7 et 2,8 millions de climatiseurs.
« Si une grande partie de ces appareils fonctionne simultanément, cela peut représenter près de 3 000 mégawatts de consommation », a-t-il indiqué.
À cela s’ajoute l’interconnexion avec l’Algérie, qui permettrait, selon lui, d’obtenir entre 600 et 700 mégawatts supplémentaires en période de besoin. Malgré cela, la demande nationale a dépassé les 6 000 mégawatts lors des pics récents.
« Nous avons atteint des records historiques de consommation. Ce n’est pas uniquement un problème de production, mais aussi une conséquence d’une évolution de la demande que nous n’avons pas suffisamment anticipée », a-t-il souligné.
Tout en reconnaissant l’importance de la rationalisation de la consommation, Atef Bouabdallah a refusé de faire peser la responsabilité de la crise uniquement sur les ménages. Selon lui, la multiplication des équipements de climatisation est aussi le résultat d’une évolution normale des modes de vie face à la hausse des températures.
Il a également souligné que les coupures nocturnes, parfois difficiles à comprendre pour les citoyens, s’expliquent par le fait que la pointe de consommation reste élevée même en dehors des heures administratives.
« La demande nocturne est certes inférieure à celle de la journée, mais elle dépasse encore les capacités disponibles dans certaines situations », a-t-il précisé.
Le représentant syndical a également insisté sur une limite importante des énergies renouvelables : leur dépendance aux conditions naturelles. « L’énergie solaire nous aide durant la journée, mais la nuit, il n’y a pas de soleil. Tant que nous ne disposons pas de capacités importantes de stockage, nous avons besoin d’autres moyens de production », a-t-il expliqué.
Selon lui, la Tunisie doit donc continuer à investir dans des centrales classiques, notamment au gaz, parallèlement au développement des renouvelables.
Il a regretté l’abandon de certains projets de centrales électriques envisagés auparavant, notamment des unités capables de fournir plusieurs centaines de mégawatts supplémentaires. « Nous avons fait le choix de miser fortement sur les énergies renouvelables, mais nous avons négligé les capacités nécessaires pour assurer la sécurité du système électrique », a-t-il estimé.
Atef Bouabdallah a également regretté le retard pris dans les projets de stockage d’énergie, qui permettraient de mieux exploiter les sources renouvelables. Il a cité notamment le projet de Béni M’tir, intégrant une capacité solaire avec stockage par batteries, mais a estimé que ces initiatives restent insuffisantes par rapport aux besoins.
Il a également évoqué un projet de stockage de 80 mégawatts porté par la Steg qui aurait été envisagé en 2019 avec un financement international, mais qui n’a pas abouti.
Pour le syndicaliste, la situation actuelle constitue un avertissement sérieux. « Une entreprise qui n’investit pas finit par mourir. Le secteur de l’électricité et du gaz concerne toute la collectivité nationale. Personne n’est à l’abri des coupures », a-t-il averti.
Le syndicaliste a par ailleurs avancé plusieurs solutions. Parmi les pistes évoquées, Atef Bouabdallah a cité l’installation prochaine d’une nouvelle unité de production électrique au gaz, qui pourrait renforcer le réseau avec une capacité estimée à environ 300 mégawatts.
Il a également mentionné la possibilité d’améliorer certaines infrastructures existantes, notamment à la centrale de Radès, afin d’augmenter les capacités disponibles.
Concernant le recours à la location de groupes électrogènes ou de capacités temporaires de production, il s’est montré réservé, estimant que ces solutions représentent un coût élevé pour les contribuables.
« Louer des équipements pour répondre à une urgence peut coûter très cher. Ces montants pourraient plutôt servir à construire des capacités de production durables pour l’avenir », a-t-il plaidé.
Pour Atef Bouabdallah, les délestages actuels doivent donc être considérés comme un signal d’alarme. Sans investissements rapides et une stratégie énergétique cohérente, la Tunisie risque, selon lui, de connaître des difficultés encore plus importantes lors des prochains étés.
N.J











Commentaire
Citoyen_H
QUI DÉJÀ, MENAIT LA DANSE EN 2016 ????
No comment !!!