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Oui, les prix de plus de 300 médicaments ont bien augmenté en Tunisie

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    Depuis le 4 août 2026, des pages Facebook proches du pouvoir affirment que l’annonce d’une hausse des prix des médicaments en Tunisie ne serait qu’une « campagne malveillante » destinée à semer la panique parmi les citoyens. Ces publications qualifient les informations de « rumeurs » et accusent leurs auteurs de chercher à alimenter les tensions et la désinformation.

    Nous avons vérifié.

    Notre vérification montre que l’augmentation des prix est bien réelle. Ce qui a nourri la confusion n’est pas l’existence de la hausse, mais la manière dont elle a été rendue publique.

    Le 24 juillet 2026, la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT) a publié la circulaire officielle n°30/2026 révisant les prix de 306 médicaments à usage humain. Contrairement à certaines affirmations diffusées sur les réseaux sociaux, cette décision n’est pas entrée en vigueur le 1er août  elle était applicable dès sa publication.

    L’information n’avait d’ailleurs rien de confidentiel. Le jour même, plusieurs médias, dont Business News, ont relayé la décision. Le Syndicat tunisien des propriétaires de pharmacies privées (Spot) a également réagi dès le 24 juillet en publiant un communiqué. Pourtant, cette révision tarifaire est restée largement inaperçue auprès du grand public.

    La raison est simple. La Pharmacie centrale a uniquement publié la nouvelle grille tarifaire sans indiquer les anciens prix ni les pourcentages d’augmentation. Pour un citoyen consultant le document officiel, il était impossible de mesurer l’ampleur réelle des hausses. Un médicament affiché à cinq dinars pouvait sembler abordable sans que le patient sache qu’il coûtait auparavant seulement 762 millimes.

    Il a fallu attendre le 2 août 2026 pour que l’ampleur de ces augmentations soit véritablement révélée. La plateforme Rassd a publié un tableau comparatif mettant en parallèle les anciens et les nouveaux prix, permettant ainsi de calculer les variations. C’est cette comparaison qui a déclenché la polémique sur les réseaux sociaux.

    Les chiffres sont particulièrement marquants pour plusieurs traitements. Le Basdene 25 mg, prescrit contre l’hyperthyroïdie, est passé de 0,762 dinar à 5 dinars, soit une augmentation de 556,17 %. Son prix a ainsi été multiplié par plus de six.

    Le Sintrom 4 mg, utilisé comme anticoagulant chez de nombreux patients souffrant de maladies cardiovasculaires, est passé de 1,563 dinar à 5 dinars, enregistrant une hausse de 219,9 %. Le Cortef 10 mg, indiqué notamment dans le traitement de l’insuffisance surrénalienne, est passé de 6,401 dinars à 20 dinars, soit une augmentation de 212,45 %.

    D’autres médicaments affichent également des hausses très importantes. La Digoxine augmente de 187,52 %, le Ster-Dex de 142,95 %, le Levothyrox 50 µg de 136,52 %, tandis que le Taver et la Rifocine progressent chacun de 122,32 %. Le Diamox augmente de 120,07 % et le Levothyrox 25 µg de 105,13 %.

    Selon l’analyse publiée par Rassd, dix médicaments sur les vingt-neuf références étudiées enregistrent une augmentation supérieure à 100 %. Cette sélection ne représente toutefois pas l’ensemble des 306 médicaments concernés. Elle met en évidence les cas les plus spectaculaires et ne permet pas d’établir une hausse moyenne de l’ensemble de la grille tarifaire.

    L’examen de la circulaire officielle révèle également une autre particularité. Cinquante-deux médicaments, soit près de 17 % des spécialités concernées, sont désormais commercialisés à des prix fixes de 5 ou 10 dinars. Trente-quatre médicaments sont désormais vendus à cinq dinars et dix-huit à dix dinars. Cette harmonisation explique pourquoi plusieurs produits auparavant commercialisés à un ou deux dinars affichent aujourd’hui des augmentations dépassant les 100 %.

    Contrairement à certaines affirmations circulant sur les réseaux sociaux, la liste ne concerne pas exclusivement des médicaments vitaux. Elle comprend des traitements destinés aux maladies chroniques comme les troubles de la thyroïde, les maladies cardiovasculaires, le diabète ou certaines pathologies hématologiques, mais également des vitamines, des produits homéopathiques, des pommades et d’autres médicaments dits de confort.

    Cette révision tarifaire constitue par ailleurs la deuxième augmentation importante en l’espace d’une année. En juillet 2025, la circulaire n°32/2025 avait déjà modifié les prix de plus de 280 médicaments importés. À l’époque, la vice-présidente du Spot, Molka El Moudir, indiquait que 60 % des médicaments concernés avaient subi une hausse, contre 40 % ayant enregistré une baisse. Cette précédente révision concernait principalement des médicaments essentiels ou intermédiaires et n’affectait pas les traitements vitaux.

    La révision de juillet 2026 marque une évolution notable puisque plusieurs médicaments destinés au traitement de maladies chroniques figurent désormais parmi les produits ayant connu les plus fortes augmentations.

    Le Syndicat tunisien des propriétaires de pharmacies privées a également dénoncé les conditions dans lesquelles cette décision a été prise. Dans son communiqué publié le 24 juillet, il affirme ne pas avoir été consulté en amont de cette nouvelle grille tarifaire. Le syndicat indique également avoir été écarté depuis près d’un an de la Commission d’achat des médicaments ainsi que de l’Observatoire du médicament, où sa participation ne se ferait désormais qu’à titre exceptionnel, sur invitation du ministère de la Santé ou de l’Agence nationale du médicament.

    Au-delà de la polémique politique, cette affaire met surtout en lumière un problème de transparence. La décision officielle était bien publique, mais l’absence de comparaison entre les anciens et les nouveaux tarifs a rendu son interprétation difficile pour les citoyens. Ce n’est qu’après un travail de comparaison réalisé par des acteurs indépendants que l’ampleur réelle des augmentations est apparue.

    Ainsi, les publications affirmant que la hausse des prix des médicaments serait une simple rumeur sont inexactes. La révision tarifaire a bien été décidée par la Pharmacie centrale de Tunisie à travers la circulaire officielle n°30/2026 du 24 juillet 2026.

    R.A.

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