La station de dessalement d’eau de mer de Sidi Abdelhamid, à Sousse, est achevée mais n’est toujours pas entrée en exploitation. Alors que plusieurs échéances ont été avancées ces derniers mois, le directeur du projet, Moncef Amara, a détaillé les difficultés techniques qui retardent encore son démarrage. En cause : les essais et les réglages du prétraitement de l’eau, une étape déterminante avant son passage dans les membranes d’osmose inverse.
Le directeur du projet de la station de dessalement d’eau de mer de Sidi Abdelhamid, Moncef Amara, est revenu, vendredi 7 août 2026, au micro de Hatem Ben Amara dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM, sur les raisons pour lesquelles cette infrastructure stratégique n’est toujours pas opérationnelle.
D’un coût de 132 millions de dinars, le projet est divisé en quatre lots comprenant notamment la station, les conduites et les installations électriques. Selon M. Amara, l’ensemble de ces composantes est désormais prêt. La station elle-même est achevée, mais demeure en phase d’essais avant son entrée en exploitation.
Ce qui bloque encore la mise en service
Moncef Amara explique que les difficultés actuelles se concentrent sur une étape particulièrement sensible du processus de dessalement : le prétraitement de l’eau de mer.
La station fonctionne, schématiquement, en deux grandes étapes. La première consiste à traiter l’eau de mer avant de l’acheminer vers les membranes d’osmose inverse, qui constituent, selon les termes du responsable, « le cœur battant » de l’installation. Ces membranes permettent ensuite de séparer les sels dissous afin d’obtenir de l’eau pouvant être rendue potable.
Avant d’atteindre ces équipements particulièrement sensibles, l’eau doit répondre à des paramètres précis de qualité afin de préserver les membranes et de garantir leur fonctionnement dans la durée. Or, selon les explications de M. Amara, les essais menés au niveau du prétraitement ne permettent pas encore d’atteindre les paramètres recherchés avant le passage de l’eau vers les membranes.
Les équipes travaillent notamment sur le réglage de l’injection de produits chimiques, une opération que le directeur du projet décrit comme techniquement très précise. Il insiste sur la nécessité de maîtriser cette étape avant de poursuivre le processus, la station étant appelée à fonctionner pendant de nombreuses années et à servir également les générations futures.
Les essais et les ajustements se poursuivent donc avant le passage à l’osmose inverse. Le directeur du projet assure que les équipes travaillent actuellement 24 heures sur 24 et indique que les opérations se trouvent désormais dans leur dernière phase.
Ces explications apportent un nouvel éclairage aux interrogations apparues ces derniers jours autour du prétraitement. Des informations relayées début août faisaient état d’une possible inadéquation entre les caractéristiques de l’eau de mer captée à Sidi Abdelhamid et le système de filtration installé, avec un risque de colmatage prématuré des membranes.
L’intervention de Moncef Amara confirme que les difficultés rencontrées actuellement concernent bien le prétraitement de l’eau avant son passage vers les membranes. Elle ne confirme toutefois ni l’existence d’une incompatibilité entre les caractéristiques de l’eau captée et les équipements installés, ni un phénomène de colmatage des membranes.
Pas une goutte produite : Moncef Amara dément une eau impropre à la consommation
Le directeur du projet a également tenu à démentir catégoriquement les informations selon lesquelles la station aurait déjà commencé à fonctionner et produit une eau impropre à la consommation, voire contenant une substance dangereuse.
M. Amara affirme que la station n’est jamais entrée en exploitation et n’a encore produit aucune goutte d’eau destinée au réseau, qualifiant les informations contraires de totalement infondées. Il précise même que la conduite située après la station ne contient encore aucune eau produite par l’installation.
Il rappelle par ailleurs qu’avant toute mise en service et toute distribution, l’eau produite devra être conforme aux normes tunisiennes et satisfaire aux exigences des autorités sanitaires compétentes, notamment du ministère de la Santé. Il insiste sur le fait que la qualité de l’eau relève directement de la santé et de la sécurité des consommateurs.
Toujours aucune date ferme pour la mise en service
Malgré l’avancement des essais, Moncef Amara refuse de donner une date précise pour l’entrée en exploitation de la station. Il estime qu’annoncer une échéance constitue une responsabilité et ne souhaite pas avancer une nouvelle date qui pourrait, à son tour, ne pas être respectée.
Interrogé sur la possibilité de voir la station entrer en fonctionnement durant le reste de l’été, il a néanmoins estimé cet objectif encore possible.
Le responsable reconnaît l’impatience des habitants, particulièrement dans un contexte marqué par les difficultés d’approvisionnement en eau. Il appelle toutefois à laisser aux équipes le temps nécessaire pour achever les essais. L’objectif, souligne-t-il, est que la station puisse, une fois mise en service, fonctionner de manière continue sans devoir être arrêtée en raison de problèmes techniques.
Un projet lancé en 2018 et des échéances successivement repoussées
La station de dessalement de Sidi Abdelhamid est un projet attendu depuis plusieurs années. Lancés en 2018, les travaux devaient initialement s’étaler sur sept ans, ce qui situait leur achèvement autour de 2025. Plusieurs annonces concernant son entrée en exploitation se sont néanmoins succédé sans que la station ne commence effectivement à produire.
Au cours de l’année 2026, différentes échéances ont encore été avancées. Le PDG de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) avait indiqué que la station devait commencer à produire avant la fin de l’année. En avril, il avait également annoncé que les travaux devaient être achevés au début de l’été, laissant alors espérer une mise en service prochaine. Cette dernière échéance est désormais dépassée.
Réalisée pour le compte de la Sonede par le consortium formé par le groupe espagnol Abengoa et l’entreprise tunisienne Engineering Procurement & Project Management (EPPM), la station a été conçue pour produire 50.000 mètres cubes d’eau potable par jour, avec une extension prévue permettant de porter sa capacité à 100.000 mètres cubes quotidiennement.
L’eau de mer est captée depuis le canal de refroidissement de la centrale électrique de Sidi Abdelhamid, exploitée par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), avant de subir un prétraitement puis de passer par les unités d’osmose inverse. L’installation doit contribuer à renforcer l’alimentation en eau potable du Sahel et s’inscrit plus largement dans le dispositif national destiné à développer les ressources hydriques non conventionnelles.
Le projet a également traversé plusieurs difficultés au cours de sa réalisation. Moncef Amara a notamment évoqué les perturbations liées à la pandémie de Covid-19 ainsi qu’un recours à l’arbitrage international, des épisodes qu’il considère désormais dépassés.
Plus récemment, dimanche 2 août 2026, l’ancien élu d’Attayar à Sousse, Mejdi Ben Ghezala, avait relayé des informations faisant état d’une possible incompatibilité entre les caractéristiques réelles de l’eau captée et le système de filtration de la station. Selon les sources qu’il citait, cette situation aurait pu provoquer un colmatage rapide et endommager les membranes d’osmose inverse, conduisant les équipes à interrompre les essais. Ces éléments n’avaient toutefois été confirmés ni par la Sonede ni par les autres intervenants du projet.
Les explications fournies vendredi par Moncef Amara permettent désormais de situer officiellement la difficulté au niveau des essais et des réglages du prétraitement, sans confirmer l’ensemble des hypothèses qui avaient circulé. Après huit années de développement et plusieurs échéances annoncées, la mise en service de cette infrastructure stratégique reste ainsi suspendue à la réussite de ces derniers ajustements techniques, sans qu’une date ferme soit encore avancée.
I.N.











Commentaire
Roberto Di Camerino
L’usine ne peut pas trouver de l’eau de mer, nulle part.