Les injections esthétiques cristallisent les tensions entre les professionnels de la beauté et les médecins esthétiques. Alors que le Syndicat tunisien des médecins esthétiques alerte depuis plusieurs semaines sur la multiplication d’actes pratiqués par des personnes non habilitées, la Chambre nationale des centres de beauté conteste les accusations visant la profession et réclame des preuves concrètes.
Intervenant lundi 17 août 2026 sur Diwan FM, Nadia Bouguerra, membre de la Chambre nationale des centres de beauté, a demandé au syndicat des médecins de présenter des dossiers précis concernant les cas de clients qui auraient subi des séquelles ou des déformations après des injections réalisées dans des centres de beauté.
La représentante de la Chambre a appelé à dépasser les accusations générales et à organiser une séance de travail réunissant les deux parties sous l’égide de l’organisation patronale. Cette réunion devrait, a-t-elle expliqué, permettre d’identifier les éventuels dépassements et de travailler à un encadrement plus strict du secteur.
Elle s’est engagée, au nom de la profession, à soutenir des sanctions sévères lorsqu’une infraction est établie. Celles-ci pourraient aller jusqu’à la fermeture immédiate de tout centre reconnu responsable de pratiques illégales ayant entraîné des dommages pour la santé des clients.
Une polémique qui oppose centres de beauté et médecins
Cette sortie intervient alors que les médecins esthétiques multiplient les mises en garde contre l’exercice illégal de la médecine esthétique.
La présidente du Syndicat tunisien des médecins esthétiques, Imene Ben Amara, avait récemment alerté sur la prolifération d’actes médicaux réalisés par des personnes ne disposant ni du statut de médecin, ni des qualifications nécessaires, ni des autorisations requises.
Le syndicat pointe notamment le recours à des produits injectables dont l’origine, la composition ou les conditions de conservation ne seraient pas toujours connues. Il met en garde contre les risques liés à l’utilisation de substances non homologuées, susceptibles d’entraîner des complications graves, des séquelles permanentes, voire des déformations ou des handicaps.
Les réseaux sociaux occupent une place centrale dans cette bataille. Des prestations y sont proposées et largement promues, souvent à des tarifs attractifs, tandis que la frontière entre soins esthétiques et actes relevant de la médecine devient de plus en plus difficile à distinguer pour les clients.
Une proposition de loi déposée au Parlement
Le Syndicat tunisien des médecins esthétiques avait franchi une nouvelle étape, jeudi 23 juillet 2026, en présentant une proposition de projet de loi devant la Commission de la santé de l’Assemblée des représentants du peuple.
Le texte vise à lutter contre l’exercice illégal de la médecine et les formations médicales non autorisées, avec pour objectif affiché de renforcer la protection des patients.
Le syndicat réclame notamment une législation interdisant explicitement la pratique de la médecine esthétique par toute personne autre qu’un médecin habilité. Il demande également un encadrement plus strict de l’importation et de la commercialisation des produits injectables ainsi qu’un contrôle renforcé des publicités et des contenus diffusés sur les réseaux sociaux.
Le ministère de la Santé avait, de son côté, annoncé la préparation d’un cahier des charges destiné à définir les conditions d’exercice de la médecine esthétique et les normes auxquelles doivent répondre les espaces dans lesquels ces actes sont pratiqués.
Les centres dénoncent une campagne médiatique à leur encontre
Face à ces accusations, Nadia Bouguerra a dénoncé ce qu’elle considère comme une « campagne médiatique sans précédent » contre les centres de beauté depuis le début de l’année.
Elle a affirmé que cette polémique avait déjà eu des conséquences économiques, évoquant des investissements affectés et de nombreuses annulations de rendez-vous. Elle a également estimé que les accusations avaient porté préjudice au secteur de la formation académique et professionnelle en esthétique.
La responsable a surtout contesté l’évolution de la position du syndicat des médecins sur la possibilité, pour les centres exerçant légalement, de recruter des médecins afin que ceux-ci assurent directement les injections.
Elle a défendu, plus largement, la qualification des professionnels du secteur, soulignant que des experts en esthétique disposent de diplômes supérieurs et que les établissements concernés exercent dans un cadre légal et fiscal déclaré. Elle a également rappelé que cette activité génère plusieurs milliers d’emplois.
Entre les médecins qui réclament que les actes relevant de la médecine esthétique soient strictement réservés aux praticiens habilités et les centres de beauté qui refusent d’être collectivement mis en cause, le différend porte désormais autant sur la définition des responsabilités que sur l’encadrement juridique d’un marché en pleine expansion.
M.B.Z











