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« Si vous êtes incapable de finaliser les dossiers, démissionnez » : Imed Aouled Jebril défie Sarra Zaafrani Zenzri

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Par Nadya Jennene

    Le député Imed Aouled Jebril a vivement interpellé la cheffe du gouvernement Sarra Zaafrani Zenzri sur Facebook, dressant un réquisitoire contre ce qu’il considère comme l’immobilisme de l’Exécutif et l’accumulation des dossiers restés sans issue. Dans une publication au ton particulièrement critique diffusée jeudi 20 août 2026, il estime que la cheffe du gouvernement ne peut plus invoquer ni la nouveauté de sa fonction ni un manque d’informations, puisqu’elle connaît une grande partie de ces dossiers depuis son passage au ministère de l’Équipement et de l’Habitat.

    « Vous n’êtes pas arrivée au pouvoir exécutif le jour où vous avez pris la présidence du gouvernement », lance d’emblée le député. Il rappelle que Sarra Zaafrani Zenzri a occupé le portefeuille de l’Équipement depuis le gouvernement de Najla Bouden, avant de poursuivre sous les gouvernements d’Ahmed Hachani et de Kamel Maddouri, tout en assurant également la gestion du ministère du Transport.

    À ce titre, poursuit-il, elle était déjà au cœur des dossiers liés aux routes, aux ponts, au logement, aux infrastructures, au transport, aux marchés publics et aux projets bloqués. « Vous avez vécu ces dossiers en tant que ministre avant de devenir cheffe du gouvernement et d’être responsable de leur règlement », souligne-t-il.

    Pour Imed Aouled Jebril, cette trajectoire rend difficilement recevable toute demande de temps supplémentaire pour comprendre les problèmes. Les mêmes dossiers, observe-t-il, ont traversé plusieurs gouvernements et plusieurs conseils ministériels sans parvenir à une issue concrète.

    Des dossiers connus, des réformes toujours au point mort

    Le député cite notamment le Code des changes, le Code de l’investissement, le Code des eaux, le Code des hydrocarbures, la loi sur les structures sportives, le système des marchés publics, la réforme des entreprises publiques, la transformation numérique, le transport ainsi que les projets bloqués.

    Concernant le Code des changes, il rappelle qu’une réforme avait été présentée en mars 2024 comme une « révolution législative » et un tournant historique. Pourtant, affirme-t-il, aucun projet gouvernemental issu du gouvernement de Sarra Zaafrani Zenzri n’est finalement parvenu au Parlement. Le texte arrivé devant les députés était une proposition de loi déposée par des parlementaires en octobre 2025.

    « Où est le projet du gouvernement ? Qui l’a bloqué ? Et pourquoi n’avez-vous pas expliqué au peuple ce qu’il est devenu ? », demande-t-il.

    Même constat pour la loi sur l’investissement. Le gouvernement avait tenu un conseil ministériel en novembre 2025, puis un autre en décembre, au cours duquel le projet avait été présenté article par article. Pourtant, en juin 2026, la présidence du gouvernement annonçait encore que la révision du cadre juridique était en cours.

    Pour le député, cette situation traduit moins une accélération du processus législatif qu’une « gestion du report ».

    La loi sur les structures sportives serait, elle aussi, concernée. Elle avait été examinée par le gouvernement de Kamel Maddouri en octobre 2024, auquel Sarra Zaafrani participait en tant que ministre, avant d’être à nouveau discutée sous sa présidence en novembre 2025. Malgré cela, le Parlement poursuivait en 2026 l’examen d’une proposition déposée par des députés, tandis que le sort du projet gouvernemental demeurait, selon Imed Aouled Jebril, inconnu.

    Le Code des eaux constitue un autre exemple avancé par le député. Il avait été discuté en mars et août 2024, puis en février 2025, avec, à chaque fois, des appels à la révision et à la finalisation du texte.

    En juin 2026, un nouveau conseil ministériel consacré au système de l’eau a encore été organisé.

    « Plus de deux ans de conseils et le pays est toujours sans nouveau Code des eaux », déplore-t-il, alors que les coupures d’eau se poursuivent, que les réseaux vieillissent et que plusieurs projets hydrauliques accusent des retards.

    Le même scénario se répète dans le secteur énergétique. Le Code des hydrocarbures a été présenté en février 2025 avant de rester parmi les réformes attendues. Les Codes des mines, des énergies renouvelables ainsi que de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme demeureraient, selon lui, des dossiers régulièrement évoqués sans calendrier législatif contraignant.

    Le système des marchés publics est également dans le viseur du député. Après une discussion en septembre 2024, le gouvernement de Sarra Zaafrani Zenzri a tenu un nouveau conseil ministériel consacré à sa révision en novembre 2025. En juin 2026, il était encore question de le développer et de réduire les délais.

    Dans le même temps, la Commission des grands projets a tenu douze réunions pour tenter de débloquer des projets, dont certains seraient précisément entravés par les lourdeurs du système des marchés publics.

    Douze réunions, mais où sont les résultats ?

    Imed Aouled Jebril dénonce cependant l’absence d’un tableau de bord public permettant de suivre les décisions prises. Il réclame une publication recensant les projets examinés, la décision prise pour chacun d’eux, le délai fixé pour sa réalisation, son taux d’avancement et l’entité responsable du blocage.

    « Nous connaissons le nombre de réunions, mais nous ne savons pas le nombre de projets sortis du blocage », écrit-il. « Nous entendons parler de reddition des comptes, mais nous ne savons pas qui a été sanctionné. »

    Le député fait le même reproche au calendrier d’exécution : les délais sont annoncés, mais aucune feuille de route publique ne permettrait au citoyen d’en vérifier le respect.

    Le Plan de développement 2026-2030 a, lui aussi, été renvoyé devant les conseils ministériels à au moins quatre reprises entre juillet 2025 et juin 2026, sans qu’un tableau d’exécution clair ne soit publié, selon le député.

    Il réclame notamment que soient rendus publics le coût de chaque projet, sa source de financement, sa date de démarrage et sa date d’achèvement.

    Sur la transformation numérique, Imed Aouled Jebril relève également une succession de réunions. Le dossier a, selon lui, été examiné par le gouvernement en septembre 2025, puis en février, avril et août 2026.

    À chaque fois, estime-t-il, les mêmes appels à accélérer et à finaliser les travaux reviennent, alors que les échéances relatives à l’identité numérique et à l’interconnexion des administrations avaient déjà été annoncées sous le gouvernement de Najla Bouden en 2022.

    « Quatre années de plans, puis on annonce que 2026 sera l’année du véritable démarrage de la numérisation complète », ironise-t-il, avant de poser la question : « Qui assume la responsabilité de ces années perdues ? »

    Le député s’en prend également à la gestion des entreprises publiques. Selon lui, chaque établissement est traité au moment où sa crise éclate : transport, eau, phosphates, ciment, papier et autres.

    Les gouvernements multiplient les conseils consacrés à chaque entreprise et évoquent régulièrement leur restructuration, mais sans qu’un programme national global et public ne précise, pour chacune, le niveau d’endettement, les pertes, le plan de sauvetage, le calendrier d’exécution et le responsable des résultats.

    Des réunions à répétition, une présence sur le terrain contestée

    Au-delà des textes et des réunions, Imed Aouled Jebril reproche à Sarra Zaafrani Zenzri son absence du terrain. Il affirme que, depuis son accession à la présidence du gouvernement, aucune visite de travail sur le terrain dans une région ou une délégation, consacrée à un projet bloqué, ne figure dans son agenda officiel rendu public. 

    Il relève également l’absence, selon lui, de visites destinées à constater directement des dégâts ou une crise, de déplacements dans des entreprises publiques en difficulté, d’inspections d’hôpitaux, de stations de transport ou d’infrastructures hydrauliques.

    Il déplore aussi l’absence de rencontres directes avec les citoyens pour entendre leurs préoccupations. Pour le député, les déplacements à l’étranger, les forums organisés dans les hôtels ou les événements internationaux ne peuvent être assimilés à une présence gouvernementale sur le terrain.

    « La présence sur le terrain, c’est se tenir devant le projet à l’arrêt, entrer dans l’entreprise en difficulté, constater la crise, écouter le citoyen, le travailleur et le cadre, puis demander des comptes au responsable sur son lieu de travail », écrit-il.

    À ses yeux, les projets régionaux sont désormais suivis « à travers les écrans », tandis que les gouverneurs participent à distance et que les citoyens continuent de subir les retards, les coupures et la dégradation des services.

    Le député reproche enfin à Sarra Zaafrani Zenzri de ne pas organiser de conférence de presse périodique permettant de présenter aux Tunisiens le bilan de son gouvernement.

    Il lui demande notamment d’expliquer pourquoi certains textes ont été retardés, ce qui a réellement été exécuté parmi les décisions prises lors des conseils ministériels et quelles réponses sont apportées aux crises de l’eau, du transport, de la santé, des prix, de l’investissement et de l’emploi.

    « La cheffe du gouvernement n’est pas une présidente de réunions », martèle-t-il. « La responsabilité, c’est une décision, une exécution, des délais, une présence sur le terrain, de la transparence et de la reddition des comptes. »

    Le problème n’est pas le manque de diagnostic, mais l’absence de décision

    Pour Imed Aouled Jebril, le problème ne réside donc plus dans l’absence de diagnostic. Sarra Zaafrani Zenzri, insiste-t-il, connaît ces dossiers depuis son passage au ministère, les a retrouvés à la tête du gouvernement et les a fait examiner à nouveau sans parvenir à les trancher.

    « Le problème n’est pas le manque de diagnostic, mais l’absence de décision. Ce n’est pas le manque de réunions, mais le fait de faire de la réunion un substitut à l’action. Ce n’est pas l’absence de promesses, mais l’absence de bilan », résume-t-il.

    Au terme de sa publication, le député hausse encore le ton. Il estime qu’après toutes ces années, la priorité ne peut plus être de convoquer un nouveau conseil ministériel.

    Il réclame que le sort de chaque projet de loi soit rendu public, que les responsables des blocages soient identifiés et que les textes soient transmis au Parlement. Il demande également la publication d’un calendrier des projets permettant de distinguer clairement ce qui a été réalisé de ce qui ne l’a pas été, ainsi qu’un retour sur le terrain et une communication directe avec la population.

    « Si vous êtes incapable de finaliser les dossiers que vous connaissiez en tant que ministre, que vous avez hérités en tant que cheffe du gouvernement et que vous avez de nouveau présentés sans résultat, alors la responsabilité politique vous impose de présenter votre démission », affirme-t-il.

    Le député assure que cette demande ne constitue ni un slogan ni une attaque personnelle, mais serait, selon lui, « la conséquence logique d’un bilan » qui montre que Sarra Zaafrani Zenzri était présente lorsque les blocages se sont accumulés avant de devenir la première responsable de leur persistance.

    Sa conclusion se veut sans ambiguïté : lorsque la présidence du gouvernement se réduit à une « salle de réunions », lorsque le mot « accélération » devient la preuve de la longueur des retards, et lorsque les lois restent dans les bureaux, les projets dans les tableaux et la cheffe du gouvernement loin du terrain, « rester au pouvoir ne résout plus la crise, mais en devient une partie ».

    « Présentez votre démission », conclut Imed Aouled Jebril, estimant que la Tunisie a besoin d’un exécutif capable de trancher les dossiers, de réaliser les projets, d’aller sur le terrain et de rendre des comptes aux citoyens, et non de « davantage de conseils autour des conseils et de promesses autour des promesses ».

    N.J

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    3 commentaires

    1. Sgh Sgh

      Répondre
      22 août 2026 | 14h35

      Oui Monsieur Mohamed Mabrouk vous êtes raison pour dire »qu’il n’est pas question de realiser, mais de stabiliser pour qu’on ne revienne pas trop cher aux créanciers qui mettent deja un bon paquet pour nous tenir a flot..  » mais on ne doit pas passer 10 ans pour stabiliser un pays, la progression des dossiers et les grandes décisions aussi sont nécessaires dans cette période…

    2. Mohamed Mabrouk

      Répondre
      21 août 2026 | 19h44

      Gerer quels dossiers? avec quels moyens?
      Ce deputé ne distingue pas le blabla de la realité. Il n’ a pas compris qu’il n’est pas question de realiser, mais de stabiliser pour qu’on ne revienne pas trop cher aux créanciers qui mettent deja un bon paquet pour nous tenir a flot
      Il n’a pas compris que dans un pays dont les recettes fiscales ne couvrent pas les depenses courantes, ce sont les cresnciers qui decident des projets

    3. jamel.tazarki

      Répondre
      21 août 2026 | 11h08

      @Mr. Imed Aouled Jebril ,

      merci pour votre prise de position intelligente. Toutefois, il faut comprendre que les personnes capables de diriger la Tunisie de manière intelligente refusent de travailler sous la direction de Kais Saied. Et ceux qui veulent le pouvoir à tout prix sont incapables de gérer le pays efficacement. La situation socio-économique de la Tunisie restera probablement bloquée jusqu’au départ de Kais Saied !

      Très cordialement

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

    Répondre

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