Le journaliste incarcéré Zied El-Heni a adressé, à l’occasion de la Journée nationale de la femme tunisienne, une lettre à la présidente du Parti destourien libre (PDL), Abir Moussi, elle-même en détention. Le texte, daté du 13 août 2026, a été rendu public samedi 22 août.
Dans cette lettre, Zied El Heni exprime d’abord sa « solidarité absolue » avec Abir Moussi, saluant son courage face à « l’épreuve de la prison et aux condamnations injustes » qui la frappent. Il revient également sur son parcours politique et sur son opposition à la dissolution du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), estimant qu’il aurait été préférable de permettre à l’ancien parti au pouvoir de se réformer et de se reconstruire.
Mais au-delà du soutien à la dirigeante du PDL, le journaliste lui adresse plusieurs critiques politiques et l’invite à revoir certains de ses positionnements.
Zied El Heni met en garde contre « une logique de division »
Se réclamant d’une tradition bourguibienne et rationaliste, Abir Moussi porte, selon Zied El-Heni, une « responsabilité accrue » vis-à-vis de l’unité et de l’avenir du pays. Le journaliste estime qu’elle a, durant la période précédente, contribué à une orientation politique « divisive », susceptible d’exacerber les fractures de la société et de l’État.
Pour lui, la Tunisie a aujourd’hui besoin de dépasser les divisions politiques et idéologiques pour se concentrer sur les valeurs de citoyenneté, de liberté, de dignité, de démocratie et de progrès.
Zied El-Heni rejette ainsi « le choix de la division et de l’exclusion en raison des divergences politiques et idéologiques », qu’il juge incapable de construire le pays. Il critique également la stratégie consistant à faire de l’exclusion de l’islam politique un objectif politique central.
Dans ce cadre, il défend la place de la mouvance islamiste dans le paysage politique tunisien, estimant que le mouvement Ennahdha constitue « une composante essentielle de la société tunisienne » et représente une importante frange conservatrice du pays.
Le journaliste considère qu’aucune partie ne devrait pouvoir lui retirer le droit de s’organiser et d’exercer une activité politique dans le cadre de la loi. Il estime qu’une telle approche serait préférable à la clandestinité, à l’exploitation du sentiment de victimisation ou à la volonté de renverser les institutions de l’État.
Un paysage politique organisé autour de plusieurs pôles
Dans sa lettre, Zied El-Heni va jusqu’à dessiner les contours du paysage politique qu’il estime nécessaire à la stabilité de la Tunisie.
Il plaide pour un véritable pluralisme fondé sur une alternance pacifique au pouvoir entre deux pôles principaux : un pôle centriste conduit par « les destouriens et les RCDistes » et un pôle conservateur conduit par Ennahdha. À ces deux pôles s’ajouteraient, selon lui, deux forces de rééquilibrage : un pôle de gauche dirigé par le Parti des travailleurs et un pôle « arabo-unitaire » conduit par le mouvement Echaâb.
Les indépendants auraient, pour leur part, un rôle à jouer dans l’animation de la vie politique.
Zied El-Heni salue dans ce contexte la participation de militants et militantes du PDL aux récentes mobilisations en faveur des libertés, contre les injustices et pour l’État de droit et les institutions.
Il appelle surtout le parti d’Abir Moussi à dépasser son seul cadre partisan et à rejoindre « l’ensemble des forces nationales », sans exclusion ni exception, afin de mettre fin à ce qu’il qualifie de « coup d’État » contre la Constitution et les institutions légitimes du pays, intervenu le 25 juillet 2021.
Pour le journaliste, cette démarche devrait permettre de « façonner les contours d’une nouvelle Tunisie », fondée sur la liberté et la démocratie, tout en tirant les leçons des erreurs commises depuis l’indépendance, dont il estime que toutes les forces politiques portent, à des degrés divers, la responsabilité.
« Soyez la Abir de la patrie »
Zied El-Heni termine sa lettre par une référence aux difficultés auxquelles font face les jeunes Tunisiens. Il évoque les départs à bord des embarcations de la mort et l’émigration des compétences, conséquence, selon lui, d’un pays qui n’est plus en mesure d’offrir suffisamment d’espoir et de perspectives à sa jeunesse.
C’est dans ce contexte qu’il adresse à Abir Moussi son ultime appel : mettre l’intérêt de la République au-dessus de celui de son parti.
« Pour ce rêve et pour la République, sois, Madame, la Abir de la patrie et pas seulement la dirigeante d’une aile partisane », écrit-il en substance, estimant que le PDL, aussi important soit-il, ne constitue qu’une composante d’une société pluraliste aspirant à la dignité et à la liberté dans le cadre d’un État citoyen.
Zied El-Heni conclut sa lettre par une formule : « Vive la Tunisie ».

R.B.H













7 commentaires
coline.dian
Si je comprend bien, Zied el Heni souhaiterait que cette femme, qui a défendu avec un courage incroyable une certaine idée de la démocratie libre de toute soumission, reste en prison dans l’intérêt de la patrie….Et de Zied el Heni, probablement. Retour à une case déjà connue.
Citoyen_H
IL N’Y A PAS GRAND-CHOSE À DÉMONTRER,
quant à l’opportunisme de tous ceux qui rasaient les murs, avant le coup d’État de 2011.
Hormis une langue qu’elle ne contrôle pas très bien, Mme Moussi est une très virulente patriote, mais encore, une des très rares patriotes présente sous nos cieux.
Ces derniers peuvent être comptés sur les doigts d’une main.
Chose certaine, est que Zied el Hani, est à des années lumières d’en faire partie, tout autant que l’ensemble des vendus et des traitres embastillés à ce jour.
C’est mon point de vue qui n’engage que moi, en espérant que la liberté d’expression, tant décriée par certains, me soit accordée en tant que telle !
Tunisino
C’est exactement ce bavardage illettré et malhonnête qui a conduit la Tunisie au désastre. Les islamistes sont des criminels en Egypte mais des anges en Tunisie! Abir Moussi est une patriote alors qu’elle a détruit tout un parlement. Le RCD est joli alors qu’il a conduit à un soulèvement. Aucune référence à la constitution de 1956 qui aura due rester, ni aux aspect technique pour que la Tunisie devient un pays meilleur, que de la philosophie vide. Les même erreurs de 2011 se répètent avec des journalistes foutus. Les bêtes ne doivent jamais être autorisé à s’exprimer, il faut trouver une formule dans toute troisième république, comme imposer des mathématiques intensives aux journalistes, ceux qui sont faibles en mathématiques ne doivent pas exercer le métier.
Citoyen_H
C’EST CURIEUX,
je suis entièrement d’accord avec vos propos !
« LES MÊMES ERREURS QUE CELLES DE 2011, SONT EN TRAIN D’ÊTRE MISES EN PLACE »
ABSOLUMENT, VRAI à 100.000%
Les barbus doivent disparaitre de la circulation, à JAMAIS !
Le grand et illustrissime BOURGUIBA avait ORDONNÉ de couper la tête du crotale.
ZABA, l’a trahi !
Ils doivent être inscrits dans le catalogue des plus dangereux terroristes, représentant une grande menace pour l’humanité.
Ces fourbes, ces vendus, ces rkhass, se vendent aux plus offrant.
jamel.tazarki
Imposer des mathématiques intensives non seulement aux journalistes, mais aussi aux juristes et à la faculté de droit.
HatemC
Le grand écart idéologique (2011–2019)
Alors qu’une partie de la société civile mettait en garde contre le projet sociétal de l’islam politique, ZEH a défendu la théorie du « consensus » et de l’intégration d’Ennahdha dans le jeu démocratique. Pour ses contradicteurs, cette complaisance a légitimé un système de cohabitation qui a affaibli les institutions républicaines.
Il critique aujourd’hui la division politique, mais son positionnement en « arbitre » a souvent servi de caution médiatique aux arrangements de coulisses entre partis rivaux au détriment de réformes de fond.
Dans sa lettre, Zied El Heni propose de redistribuer les cartes en quatre pôles (Destouriens, Islamistes, Gauche, Nationalistes arabo-unitaires).
En remettant au goût du jour le nationalisme arabe (représenté dans son schéma par le mouvement Echaâb) aux côtés de l’islamisme, Zied El Heni propose en réalité deux faces d’une même pièce dogmatique.
– L’islam politique (Ennahdha) … Subordonne l’État-nation à l’Oumma transnationale et à un projet théocratique.
– Le panarabisme / nationalisme arabe (Echaâb) … Subordonne la Tunisie à une entité panarabe théorique, souvent nostalgique des régimes autoritaires de la région (Nasser, le Baath).
Deux idéologies fondées sur la négation de la souveraineté nationale
Le nationalisme arabe a historiquement démontré son incapacité à construire des États démocratiques, prospères ou respectueux des libertés individuelles.
Vouloir en faire un « pôle de rééquilibrage » dans la Tunisie de 2026 relève de l’anachronisme pur.
Ce modèle tente de ressusciter le schéma de la décennie 2011-2021, que la majorité de la population et le camp du Parti destourien libre (PDL) considèrent comme l’ère des compromissions et du blocage institutionnel.
En demandant à Abir Moussi d’abandonner son combat central contre l’islam politique, il lui demande de renier l’identité même de son électorat pour se soumettre à un schéma d’« union nationale » dont les acteurs passés ont tous échoué.
La position d’Abir Moussi et de son camp repose précisément sur le rejet de ces projets hégémoniques — qu’ils soient verts (islamistes) ou rouges/arabisants (nationalistes de gauche).
Pour le PDL, la priorité n’est pas de faire du bricolage idéologique avec des courants partisans du passé, mais de restaurer l’État républicain, civil et souverain, centré exclusivement sur l’intérêt national tunisien (Tounes Awalan).
L’analyse de Zied El Heni montre à quel point une partie de la classe médiatico-politique reste bloquée dans des schémas d’alliances artificielles, là où l’électorat demande une ligne claire, patriotique et moderniste. …. CE MEC EST DU PASSE ET SURTOUT DANGEREUX POUR UNE VRAIE DEMOCRATIE
HatemC
Zied El-Heni s’érige en donneur de leçons et en arbitre du paysage politique, alors qu’il a lui-même soutenu les processus politiques post-2011 qui ont mené au délitement de l’État et à la crise actuelle.
Reprocher à Abir Moussi d’être une figure de division revient à ignorer la ligne politique claire et constante qu’elle a toujours défendue. Son refus de s’allier ou de normaliser avec l’islam politique (Ennahdha) constitue le socle même de son engagement.
L’appel d’El-Heni à intégrer Ennahdha dans un « pôle conservateur » réactive le modèle de gouvernance d’avant 2021, que beaucoup considèrent comme responsable de la faillite économique et institutionnelle du pays.
La posture d’Abir Moussi n’est pas un refus d’unité, mais une exigence de principes : pas de compromis avec ceux qu’elle estime avoir affaibli la République. En cherchant à lui dicter sa ligne, Zied El-Heni tente d’imposer une synthèse politique que son électorat a toujours rejetée.
Ce type nous sort du nez