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Nafas hausse le ton après la manifestation du 20 août : « L’exclusion ne permettra pas de sortir de la crise »

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Par Raouf Ben Hédi

    Après la manifestation du 20 août à Tunis, le mouvement citoyen « Nafas » hausse le ton. Dans un communiqué publié dans la soirée du dimanche 23 août 2026, le collectif dénonce les campagnes de « dénigrement » et d’« incitation » visant plusieurs de ses membres et partenaires, tout en réaffirmant sa volonté de poursuivre ses mobilisations.

    La manifestation du 20 août avait constitué un rendez-vous politique particulier. Appelée par Nafas, elle avait réuni plus de mille personnes dans le centre de Tunis, avec des participants issus de sensibilités politiques et civiles différentes. Les revendications mêlaient défense des libertés, droits économiques et sociaux, dénonciation de la dégradation des conditions de vie et, pour certains manifestants, des appels plus directement dirigés contre le président Kaïs Saïed.

    Pour Nafas, cette diversité constitue précisément l’un des enseignements majeurs de la mobilisation. Le mouvement affirme que les questions soulevées le 20 août « dépassent les appartenances politiques » et que la défense des libertés ainsi que des droits économiques et sociaux peut constituer un terrain commun entre des forces politiques et civiles pourtant très différentes.

    Des attaques que Nafas juge « sans précédent »

    Le collectif consacre une large partie de son communiqué aux attaques visant certains de ses membres et partenaires. Il dénonce des campagnes qui, selon lui, ne se limitent plus au débat politique mais s’étendent aux personnes et à leurs familles, dans le but de les pousser à renoncer à leur engagement public.

    Nafas cite notamment le cas de l’universitaire Mouldi Guessoumi, auquel le mouvement apporte son « entière solidarité », après une campagne menée sur les réseaux sociaux. Le collectif estime que ces pratiques constituent une forme de pression contre les voix civiles et des droits humains et rappelle que les formes de harcèlement qu’il dénonce peuvent, selon les cas, relever de poursuites prévues par la loi.

    Cette dénonciation intervient dans un contexte de forte pression autour du mouvement depuis sa montée en visibilité. Quelques jours après la manifestation, l’un de ses militants, Seifeddine Arfaoui, a été interpellé puis placé en garde à vue pendant 48 heures par décision du parquet du tribunal de première instance de Tunis. Son interpellation est intervenue après la publication sur Facebook d’un message contenant notamment des slogans entendus lors de la manifestation du 20 août.

    L’affaire a ajouté une dimension concrète aux accusations de pression formulées par le collectif. Nafas avait alors demandé la libération de son militant et l’arrêt des poursuites engagées contre lui.

    Une coalition qui veut dépasser les clivages

    Dans son communiqué, Nafas prend également soin de répondre à une autre critique, celle d’être une structure politique déguisée ou le relais d’une formation particulière.

    Le mouvement insiste ainsi sur son caractère « citoyen indépendant », affirmant ne représenter aucun parti et ne travailler pour le compte d’aucune partie. Sa ligne, assure-t-il, repose sur la défense pacifique et démocratique des libertés, des droits économiques et sociaux, de la justice sociale et de la dignité humaine.

    Cette question n’est pas anodine. La mobilisation du 20 août a précisément cherché à réunir des composantes de l’opposition qui ont rarement réussi à apparaître durablement sur une même scène politique. Nafas affirme désormais vouloir transformer cette diversité en force plutôt qu’en faiblesse.

    Le collectif refuse ainsi que les divergences entre les participants deviennent un motif d’exclusion ou d’accusation de trahison. « La pluralité et la différence » sont, selon lui, des droits fondamentaux dans toute société démocratique.

    Cette volonté de rassemblement se heurte toutefois aux divisions persistantes de l’opposition tunisienne, qui restent l’un des principaux obstacles à l’émergence d’un front commun face au pouvoir. La manifestation du 20 août a justement donné à voir à la fois la possibilité d’une mobilisation transversale et les tensions qui continuent de traverser les différents courants de l’opposition.

    « L’exclusion » contre le dialogue

    Nafas ne présente donc pas sa mobilisation du 20 août comme un épisode isolé. Le collectif annonce la poursuite de ses activités « avec responsabilité et pacifiquement », en maintenant son indépendance et son orientation civile.

    Il affirme également vouloir rester ouvert aux partis, organisations, associations, personnalités et citoyens qui partagent ses principes, au-delà de leurs appartenances politiques.

    Le message est aussi politique que stratégique. Face à une situation que le mouvement décrit comme une crise profonde, Nafas entend défendre l’idée qu’une sortie de crise ne peut passer par l’exclusion d’une partie de la société.

    « Dépasser la crise que traverse le pays ne se fait pas par l’exclusion mais par le dialogue et la responsabilité commune », affirme le collectif, qui revendique comme horizon une Tunisie « démocratique, juste », respectueuse des droits, des libertés et de la dignité de ses citoyens.

    Quelques jours après une manifestation qui a fait descendre dans la rue des adversaires du pouvoir issus de sensibilités très différentes, le communiqué de Nafas ressemble ainsi à une mise au point, mais aussi à un avertissement. Malgré les pressions et les attaques dénoncées, le collectif entend maintenir le cap et tenter de faire de la convergence des oppositions un espace politique durable.

    R.B.H

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