Jusqu’à 47 °C, vigilance orange dans 22 gouvernorats, nouveaux délestages et perturbations de l’alimentation en eau potable : la journée du Mouled concentre plusieurs tensions sur les services essentiels. La chaleur n’explique pas tout. Elle agit surtout comme un révélateur : dès que la demande grimpe, les fragilités des réseaux réapparaissent.
La Tunisie entre dans une nouvelle journée de chaleur extrême avec des infrastructures sous pression. Mardi 25 août, le thermomètre doit atteindre 47 °C dans plusieurs régions et presque tout le pays est placé en vigilance orange par l’Institut national de la météorologie. Dans le même temps, la Steg annonce de nouveaux délestages, après plusieurs séries de coupures lundi, tandis que des perturbations affectent l’approvisionnement en eau potable dans plusieurs zones.
Pris séparément, ces épisodes peuvent relever de circonstances différentes. Mis bout à bout, ils racontent pourtant la même histoire : des réseaux essentiels dont les marges de manœuvre se réduisent lorsque les conditions se durcissent.
La chaleur est ici moins la cause unique du problème que son accélérateur.
La climatisation augmente, la marge diminue
La Steg explique les délestages par la nécessité de maintenir l’équilibre entre une production contrainte et une consommation qui s’envole avec les températures. Les climatiseurs, sollicités massivement, pèsent directement sur la demande.
Mais le calendrier des coupures est révélateur. Lundi, plusieurs délestages avaient déjà été annoncés dans la journée, avant une nouvelle série entre 22h et minuit. Mardi, de nouvelles coupures tournantes sont programmées dans plusieurs régions.
Le paradoxe est brutal : au moment précis où la chaleur rend l’électricité la plus nécessaire, le réseau est contraint d’en limiter l’usage.
L’appel de la Steg à régler les climatiseurs à 26 °C répond à une logique de gestion de la demande. Il ne règle cependant qu’une partie du problème. Car une consommation élevée lors d’un épisode caniculaire n’est pas un phénomène exceptionnel. Elle est devenue un test récurrent pour le système électrique. Et ce test se répète.
Après plusieurs semaines de délestages cet été, les autorités avaient annoncé début août leur arrêt pour le reste de la saison. Quelques semaines plus tard, ils réapparaissent. Cela suggère que le problème ne peut être réduit à un simple accident météorologique.
Quand une panne de courant devient une coupure d’eau
La fragilité est encore plus visible lorsque les deux réseaux se rencontrent.
Lundi, une coupure d’électricité avait provoqué l’arrêt de la station principale de pompage de Kerker, perturbant l’alimentation en eau potable dans deux gouvernorats. Mardi, une panne affectant une conduite principale entraîne à son tour des perturbations de l’approvisionnement à Tunis et à La Manouba. L’eau et l’électricité ne constituent donc pas deux vulnérabilités indépendantes. Une défaillance de l’une peut rapidement se répercuter sur l’autre.
Dans un pays soumis à des épisodes de chaleur plus intenses, la robustesse des infrastructures ne se mesure pas uniquement à leur capacité à fonctionner normalement. Elle se mesure à leur capacité à fonctionner ensemble, lorsque la demande atteint ses sommets et qu’une panne survient sur un maillon du système. C’est précisément là que les marges de sécurité deviennent déterminantes.
La canicule révèle ce que le quotidien dissimule
Le problème électrique ne date évidemment pas de cette semaine. Les fortes chaleurs rendent simplement ses limites plus visibles.
La hausse de la demande liée à la climatisation intervient sur un réseau déjà confronté à des contraintes de production et de disponibilité des équipements. La chaleur elle-même affecte également le rendement de certaines installations. Les capacités de production, les importations d’électricité et le retard pris dans certains investissements ont été évoqués ces dernières semaines pour expliquer les difficultés rencontrées.
La canicule agit donc comme un stress test grandeur nature.
Tant que la consommation reste dans une zone supportable, les fragilités peuvent rester invisibles. Lorsque plusieurs dizaines de milliers de climatiseurs se mettent à fonctionner simultanément, elles remontent à la surface.
Le même raisonnement vaut pour l’eau. Un réseau peut absorber une panne ponctuelle. Il devient beaucoup plus vulnérable lorsque les températures augmentent, que la demande progresse et qu’une installation de pompage ou une conduite principale rencontre simultanément un problème.
Ce ne sont donc pas seulement les températures qui montent. C’est la pression exercée sur des infrastructures dont les capacités doivent désormais être pensées pour des épisodes extrêmes et non plus pour des situations moyennes.
Le vrai test commence après la canicule
Les chiffres de l’Observatoire social tunisien relevant du FTDES montrent que les coupures d’eau et d’électricité sont déjà devenues des motifs importants de protestation. En juillet, 373 mouvements ont été recensés en lien avec les coupures d’eau potable et 305 avec les coupures d’électricité. La répétition de ces incidents leur donne une portée qui dépasse le simple incident technique : lorsqu’une coupure devient récurrente et touche plusieurs régions, elle traduit aussi les limites d’un système à absorber les périodes de forte demande.
La canicule ne fait qu’accentuer cette pression. À 47 °C, la consommation électrique augmente, notamment avec la climatisation, tandis que les besoins en eau atteignent eux aussi leur maximum. Dans ce contexte, une défaillance de l’alimentation électrique peut à son tour perturber le pompage et la distribution de l’eau. Les deux services deviennent ainsi interdépendants au moment même où leur continuité est la plus nécessaire.
La chaleur finira par retomber et la demande électrique retrouvera des niveaux plus supportables. Mais c’est précisément ce qui permet de distinguer l’épisode conjoncturel du problème structurel. Une vague de chaleur ne crée pas les fragilités d’un système. Elle les met à nu.
La question est donc moins celle de la gestion de cette journée que celle de la préparation des prochaines. Capacité de production électrique, modernisation de la distribution, sécurisation des installations de pompage, entretien des équipements hydrauliques, renouvellement des infrastructures et adaptation aux épisodes de chaleur extrême : ce sont ces chantiers qui détermineront la capacité du pays à maintenir ses services essentiels lorsque la demande atteint ses sommets.
À 47 °C, la chaleur constitue un test grandeur nature. Le véritable bilan ne se mesurera pas à la fin de cette journée, lorsque les températures auront baissé, mais à la capacité du pays à faire en sorte que la prochaine vague de chaleur ne reproduise pas les mêmes fragilités.
Raouf Ben Hédi











3 commentaires
HatemC
Un téléthon pourrait financer des solutions locales très ciblées — comme équiper des hôpitaux régionaux ou des écoles en panneaux solaires autonomes pour leur éviter les coupures. Mais pour le réseau national, la marche est malheureusement trop haute pour la seule solidarité citoyenne.
HatemC
Artistes, mobilisez-vous !
Organisons un grand téléthon pour moderniser le réseau électrique
et mettons l’État face à ses responsabilités.
HatemC
SOLIDARITE LUMIERE
Mais enfin, dans quel pays sommes-nous arrivés ?
Faudrait-il désormais que des artistes organisent un téléthon pour financer la modernisation du réseau électrique ? Que les citoyens donnent de leur poche pour réparer des infrastructures qui relèvent normalement de la responsabilité de l’État et des entreprises publiques ?
bonté divine que des artistes oragnsient un téléthon ungrand événement pour réclter l’argen pour aider à al modernsation du réseau qur tout l’raget du « solidarité lumière »