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Journalistes en détention : le SNJT dénonce une pression croissante et appelle à la mobilisation

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Par Nadya Jennene

    Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a organisé, vendredi 11 septembre 2026, une journée de solidarité avec les journalistes détenus, consacrée à l’évolution de leurs dossiers judiciaires et, plus largement, à la situation de la liberté de la presse en Tunisie. La rencontre a réuni des représentants du syndicat ainsi que des membres des comités de défense de plusieurs journalistes actuellement incarcérés, dont Mourad Zeghidi, Borhen Bsaïes, Zied El Heni et Mohamed Yousfi.

    Prenant la parole à l’ouverture de cette rencontre, le président du SNJT, Zied Dabbar, a inscrit cette mobilisation dans un contexte qu’il a décrit comme particulièrement préoccupant pour la profession. Il a estimé que la détention de quatre journalistes constituait une situation inédite dans l’histoire récente du pays et a dénoncé ce qu’il considère comme une offensive visant la presse libre et indépendante.

    Selon lui, la pression exercée sur les journalistes ne se limite plus aux procédures judiciaires. Elle s’accompagne également de campagnes sur les réseaux sociaux, faites, selon ses termes, de mensonges, de dénigrement et d’accusations présentées comme des vérités absolues avant même l’aboutissement des procédures. Le responsable syndical a également évoqué des pressions visant les familles et la vie privée des journalistes concernés, ainsi que des campagnes de stigmatisation visant d’autres professionnels du secteur. 

    Pour Zied Dabbar, cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus général de rétrécissement des espaces de débat public, d’affaiblissement de la société civile et de recul des libertés. Il a notamment estimé que l’offensive contre les journalistes devait être comprise comme une composante d’un climat plus large marqué par les crises politiques, économiques et sociales et par la restriction des espaces d’expression.

    Le président du SNJT a toutefois insisté sur la détermination du corps journalistique à défendre son métier. Les menaces, les poursuites judiciaires et les incarcérations, a-t-il affirmé en substance, n’ont jamais permis de faire taire durablement la presse. Il a appelé les journalistes à préserver leur unité malgré leurs divergences professionnelles, éditoriales ou politiques, considérant que c’est précisément lorsque la profession est divisée qu’elle devient plus vulnérable.

    Il a également plaidé pour une mobilisation dépassant le seul cadre syndical et journalistique, en appelant à la convergence avec les forces civiles et sociales autour de la défense des libertés et de la justice. Le combat mené pour les journalistes détenus, a-t-il souligné, ne serait ainsi pas uniquement celui de quelques professionnels, mais concernerait l’avenir d’une presse capable de travailler sans peur et d’une société où les divergences ne se règlent ni par l’intimidation ni par l’incarcération.

    Zied Dabbar a par ailleurs annoncé la poursuite des démarches syndicales, notamment les consultations engagées en vue de déterminer la date d’une éventuelle grève générale, conformément aux décisions et orientations du syndicat.

    Zeghidi et Bsaïes : deux condamnations, plusieurs procédures

    Mourad Zeghidi a été arrêté le 11 mai 2024, avec Borhen Bssais. Dans leur première affaire, les deux journalistes ont été condamnés le 22 mai 2024 à un an de prison, peine ensuite ramenée à huit mois en appel, en juillet 2024. Leur libération était alors attendue au début de 2025.  

    Mais alors qu’ils étaient toujours détenus, un nouveau mandat de dépôt est venu prolonger leur incarcération. Les poursuites portaient cette fois sur des accusations d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent, distinctes de celles ayant donné lieu à leur première condamnation. La défense a contesté ces accusations.  

    Le 22 janvier 2026, la chambre criminelle du Tribunal de première instance de Tunis a condamné Zeghidi et Bssais à trois ans de prison pour blanchiment d’argent et six mois supplémentaires pour des infractions fiscales, soit trois ans et demi de prison. Le tribunal a également ordonné des amendes, la confiscation de ses avoirs et la saisie de parts sociales. Le 12 mai 2026, la Cour d’appel de Tunis a confirmé cette peine de trois ans et demi.  

    El Heni : plusieurs procédures en parallèle

    La situation de Zied El Heni est différente, mais son dossier comporte lui aussi plusieurs procédures.

    Il a été placé en détention le 26 avril 2026 dans le cadre d’une affaire liée à des déclarations publiques dans lesquelles il avait critiqué des magistrats. Le 7 mai, le Tribunal de première instance de Tunis l’a condamné à un an de prison sur la base de l’article 86 du Code des télécommunications, pour des faits qualifiés d’« atteinte à autrui via les réseaux publics de communication ».  

    La condamnation a été confirmée le 26 juin 2026 par la Cour d’appel de Tunis.  

    Mais cette condamnation n’est pas le seul dossier qui le concerne. Alors qu’il était déjà incarcéré, un nouveau mandat de dépôt a été émis le 10 juin 2026 dans une affaire liée à la période durant laquelle il siégeait au conseil municipal de Carthage. Il est notamment poursuivi pour des faits présumés d’abus de fonction et de préjudice causé à l’administration.  

    Zied El Heni est également poursuivi dans le dossier de l’enregistrement attribué à Monder Ounissi et à la journaliste Chahrazed Akacha. Il avait initialement été convoqué comme témoin en 2024 avant d’être poursuivi comme accusé sous plusieurs chefs d’accusation à caractère terroriste. Sa défense soutient que son intervention relevait de son travail journalistique de vérification et de recoupement de l’information.  

    Mohamed Yousfi, un nouveau dossier

    Le dossier de Mohamed Yousfi est, lui, tout récent. Le rédacteur en chef d’Alqatiba a été interpellé le 4 septembre 2026, vers 18 heures, à l’entrée d’Express FM, alors qu’il devait participer à une émission consacrée à la politique de l’eau. Son téléphone a été saisi et il a été conduit par des agents relevant d’une unité spécialisée dans les infractions financières complexes.  

    Le lendemain, le SNJT a confirmé son placement en garde à vue et indiqué que l’enquête portait notamment sur des publications Facebook ainsi que sur son travail journalistique et la ligne éditoriale d’Alqatiba. Le syndicat a réclamé sa libération et dénoncé une procédure qu’il estime liée à l’exercice de son métier.  

    Le dossier a également pris une dimension particulière après l’annonce, le 5 septembre, que le journaliste a été victime d’un problème de santé en garde à vue et a dû être transféré à l’hôpital pour y subir une intervention chirurgicale en urgence. 

    Le 8 septembre, le juge d’instruction du Pôle judiciaire économique et financier de Tunis a toutefois émis un mandat de dépôt à son encontre, après son audition dans le cadre d’une information judiciaire portant notamment sur des soupçons d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent. Son interrogatoire avait été interrompu en raison de la dégradation de son état de santé.

    N.J

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