Épisode 1 — L’État, la justice et la morale des autres
Pendant quelques jours, la Tunisie a oublié les pénuries, les coupures d’eau et d’électricité, l’arrêt de la Cour de cassation dans l’affaire dite du complot, l’arrestation de l’avocat Ghazi Mrabet et celle du journaliste Mohamed Yousfi. Un sujet autrement plus urgent venait de surgir : la vie sexuelle de quelques messieurs d’un certain âge.
Un procès-verbal de police a fuité sur les réseaux sociaux, transformant Facebook en immense réunion de copropriété morale. Ancien footballeur, avocat connu, artiste célèbre, haut commis de l’État : chacun y est allé de son indignation et de son certificat personnel de bonne conduite.
À l’origine, pourtant, il y a une tentative d’extorsion. L’une des personnes concernées se tourne vers la justice pour s’en plaindre et se retrouve poursuivie en raison de relations homosexuelles. Elle entre en victime présumée et risque d’en ressortir en accusée.
Qui a fait fuiter le PV et pourquoi ? Gardons-nous d’accuser sans preuve. Constatons simplement que le calendrier est admirable : au moment où les sujets embarrassants s’accumulent, voilà tout un pays invité à regarder sous les draps de ses voisins.
En 2026, l’État tunisien trouve donc encore du temps pour s’occuper du cul des autres. Et des centaines de Facebookers aussi.
À les lire cette semaine, on croirait la Tunisie peuplée de saints. Petit problème : selon Similarweb, les sites pornographiques figurent parmi les plus visités du pays. Une foule considérable regarde donc du porno sans jamais croiser les centaines de vierges effarouchées qui commentent sur Facebook. Mystère statistique.
Plus savoureux encore, ces nouveaux gardiens de la vertu appartiennent souvent au camp qui dénonce à longueur de journée les islamistes et leur obscurantisme. Mais lorsqu’il s’agit de la sexualité d’adultes consentants, les voilà qui applaudissent la répression.
À ce jeu-là, l’État et ses gardiens de la bonne moralité réussissent l’exploit d’être plus intégristes et plus rétrogrades que les islamistes qu’ils prétendent combattre. Ennahdha peut dormir tranquille : ses adversaires font désormais le boulot à sa place.
Épisode 2 — Aucune pénurie d’accusations
En Tunisie, nous manquons parfois d’eau, d’électricité, de médicaments, de café ou de bouteilles d’eau minérale. Il existe toutefois un produit dont l’État semble disposer de stocks inépuisables : les accusations.
Prenez Mohamed Yousfi. Le rédacteur en chef d’Al Qatiba est arrêté et voilà surgir l’enrichissement illicite, le blanchiment d’argent et les fameux « flux financiers illicites ». Lundi, Business News s’est livré à un exercice d’une folle originalité : ouvrir la loi. Le blanchiment suppose notamment de s’interroger sur l’origine illicite de l’argent. Dans plusieurs dossiers récents visant des journalistes, on entend beaucoup parler d’argent suspect. Beaucoup moins du crime qui aurait produit cet argent.
Prenez maintenant Ghazi Mrabet. L’avocat est arrêté chez un client présenté comme trafiquant de drogue. Les autorités racontent leur version de l’affaire, les réseaux sociaux condamnent et, pendant huit jours, un détail paraît presque accessoire : Ghazi Mrabet ne peut pas rencontrer ses avocats.
Nafâa Laribi a pourtant raconté quelque chose d’assez extraordinaire. Les avocats demandent au parquet l’autorisation de voir leur client. Le parquet l’accorde. Ils se rendent auprès des enquêteurs. Et ils ne le voient pas.
Nous avons cherché le texte qui permettrait ce tour de magie juridique. Nous ne l’avons pas trouvé. Le Code de procédure pénale prévoit au contraire l’entretien avec l’avocat. Même l’exception permettant de le différer jusqu’à 48 heures concerne les affaires terroristes. Ghazi Mrabet, lui, n’est pas poursuivi pour terrorisme.
C’est peut-être cela, finalement, la grande spécialité tunisienne de 2026 : le droit à géométrie variable. Pour les critiques du pouvoir, les qualifications pénales semblent extensibles et les garanties de la défense beaucoup moins.
Et pendant que les Tunisiens cherchent de l’eau dans les robinets et de l’électricité dans les prises, on leur offre chaque semaine une nouvelle personnalité à traîner dans la boue. Journaliste, avocat, opposant, artiste, ancien footballeur… À défaut de régler les pénuries, on fouille les comptes, les associations et, désormais, les chambres à coucher. Au moins, dans ce domaine, l’État ratisse large.
Épisode 3 — L’État vous prie de faire attention
Jeudi 10 septembre, il a plu à Tunis. Pas quarante jours et quarante nuits. Une heure a suffi pour inonder des rues, bloquer la circulation et transformer certains quartiers en pataugeoires.
Le ministère de l’Intérieur a alerté les citoyens. Les médias ont alerté les citoyens. Les ONG ont alerté les citoyens. Tout le monde nous a demandé de faire attention.
Voilà donc une conception assez moderne de l’État : quand il ne peut pas vous protéger, il vous prévient que vous êtes en danger.
Il faut reconnaître qu’il est très occupé. Les prisons tunisiennes connaissent une surpopulation record et il faut bien continuer à les remplir. Journalistes, avocats, opposants, militants, personnalités publiques : l’État déploie une énergie remarquable lorsqu’il s’agit de poursuivre son élite. Mais face à quelques dizaines de millimètres de pluie, chacun est prié de se débrouiller.
Kaïs Saïed avait récemment expliqué que « l’idée est de trouver de nouvelles idées ». En voici une : faire en sorte qu’une capitale ne se retrouve pas sous l’eau après une heure de pluie.
Et surtout, ne cherchez pas forcément refuge auprès de l’État. La victime de notre premier épisode avait essayé. Menacée d’extorsion autour de sa vie sexuelle, elle est allée demander protection à la justice. Elle s’est retrouvée poursuivie et son intimité étalée sur la place publique. L’État a ainsi accompli exactement ce que l’extorqueur menaçait de faire.
Finalement, la doctrine est d’une remarquable cohérence. Si votre chambre à coucher intéresse l’État, il viendra jusqu’à vous. Si vos opinions le dérangent, il saura également vous trouver. Mais si l’eau monte dans votre rue, il vous demandera juste de faire attention.











7 commentaires
Roberto Di Camerino
Tiens! L’instituteur suppleant devenu president veut des idees,, en voila une :
Pour eviter le debordement des egouts à la 1ere pluie, il faut empecher la pluie de tomber et demander aux tunisiens d’utiliser moins les chiottes.
Problem Solved.
Hannibal
Il faut déjà qu’il arrête de les faire ch..r avec ses idées à la c..
Fares
Blackmailing attempt gone sideways
Il n’y a plus d’hommes d’affaires à plumer. Les racketteurs protégés par le régime de kais saied dit le propre a réorienté son attention vers les chambres à coucher des tunisiens des tunisiennes. On se croirait vivre un mauvais film sur la mafia new yorkaise des années 70. Devant l’argent, cette pègre de l’après 25 ne recule devant rien et il n’ya pas de loyauté qui tienne. La victime en vogue est le mari d’une zkafounienne notoire qui a défendu ce régime bec et ongles. Je la croyais intelligente, mais je ne suis là non plus pour se réjouir de son désarroi.
Ceci étant dit, que Mahmoud couche avec Omar et que Mounira flirte avec Salsabil, on s’en fout éperdument. Les problèmes des tunisiens sont les pénuries des produits de base, le chômage galoppant, les coupures d’eau et d’électricité et les inondations.
J’offre à ces racketteurs de mer…. et à leur neuneu de patron cette chanson: Une femme avec une femme de Mécano et les les tunisiens vous emm…
https://youtu.be/nG1fWSxSqBI?si=mN-Gs61W4gJhcSDt
A l’autre, commencez à faire le ménage chez vous, les histoires qui circulent sur votre famille feraient même rougir Tabata Cash et Rocco Sifferedi.
Gg
« Une foule considérable regarde donc du porno sans jamais croiser les centaines de vierges effarouchées qui commentent sur Facebook. »
Très jolie formule hhhhh….
Bon dimanche !
Vladimir Guez
L’hypocrisie reste encore le seul ciment de ce pays avorté.
C’est ce qui empeche d’évoluer collectivement mais aussi la seule fiction qui a travers le mensonge permet encore de faire société.
Hannibal
J’imagine que si quelqu’un poursuit l’État pour avoir failli à son devoir de protection de la population, il sera poursuivi pour complot contre la sécurité de l’État, comprenez la sécurité des privilèges et des avantages de ceux qui le « dirigent » ou le « gèrent ».
Quand est-ce que le peuple tunisien se réveillera t-il et s’intéressera t-il aux sujets importants tels que l’infrastructure, la santé, l’éducation, les services publics, la vraie justice, la gestion de l’argent du contribuable, l’économie, etc., plutôt que les histoires de cul, les complots imaginaires, etc. ?
Ce peuple vit dans le déni et s’il ne fait rien pour en sortir, il va courir à sa faillite dans tous les domaines.
Donc, RE-VEIL-LEZ-VOUS pu…. b….. de m…. !!!
Fares
Régler le problème à la source
L’honnête Kaisoun 🕌 préfére régler les problèmes à la source. Quelques gouttes de pluie sont tombées sur la capitale et voilà que les égouts ont commencer à refouler toutes ces cochonnerie couleur chocolat😝. Saied en bon gestionnaire a préféré s’attaquer à la source de cette calomnie: les culs des tunisiens.
Deuxième théorie qui verse dans la mauvaise foi et je m’excuse d’avance au près du pieux Kaisoun à la moralité irréprochable. Il nous a cassé les oreilles par تطهير تونس et en bon طهار il crée toujours une diversion شوف شوف العصفور et clap il ampute les tunisiens d’une partie de leur dignité. Ils le méritent bien ces abrutis 😒
Troisième théorie encore plus dégueulasse et je m’excuse encore auprès du locataire de Carthage. Les tunisiens n’arrête pas de se faire bai… par lui. Ils continuent à l’avoir dans la ba-ba à plusieurs reprises sans montrer le moindre signe de protestation au contraire Ils semblent aimer se faire bai… par le pieux. Encore, oui encore Kaisoun يا معذبهم mais version SM ( Socio-maginifique). Après 7 ans, il est tout à fait compréhensible que Kaisoun commence à considérer les fesses des tunisiens comme sa propriété privée et se sent obligé de s’immiscer dans toutes ces affaires privées de cul. D’ailleurs je ne serai pas surpris si la bergeuse de la coupole 🐐🐐🐐 propose un jours la nationalisation des fesses des tunisiens, au point où nous sommes pourquoi pas?
J’aimerais dire un petit mot à ceux qui prétendent la piété. Commencez par balayer devant votre porte et mettre derrière les barreaux ce fils de bonne famille هذا الشبل من ذاك الاسد organisateur d’orgies romaines à Mornague où d’une blancheur coulombienne et où grenades et poires se mélangent sans tabous.
Avant de vous occuper des culs des tunisiens; occupez-vous de ceux de votre progéniture et plus vous ferez preuve de bacesse, on descendra encore plus bas et vous n’avez aucune chance à nous battre sur ce terrain 👎⛔️ 🍆
Bande de ratés hypocrites.