Dix-huit enseignants de l’Institut de presse et des sciences de l’information (IPSI) ont exprimé leur solidarité avec le journaliste Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du média d’investigation Alqatiba, placé sous mandat de dépôt le 8 septembre 2026.
Dans une lettre de soutien, rendue publique ce dimanche 13 septembre 2026, les signataires dénoncent les conditions de l’arrestation du journaliste et s’inquiètent de sa situation judiciaire et de son état de santé. Ils rappellent que Mohamed Yousfi, également enseignant à l’IPSI, a été interpellé le 4 septembre à l’entrée d’Express FM, où il devait participer à une émission consacrée à la politique de l’eau.
Son téléphone avait été saisi et il avait été conduit par des agents d’une unité spécialisée dans les infractions financières complexes. Le SNJT avait ensuite confirmé son placement en garde à vue, précisant que l’enquête portait notamment sur des publications Facebook, son travail journalistique et la ligne éditoriale d’Alqatiba.
Une intervention chirurgicale avant le mandat de dépôt
Alors qu’il se trouvait en garde à vue, Mohamed Yousfi avait été victime d’un problème de santé nécessitant son transfert à l’hôpital et une intervention chirurgicale en urgence. Son audition par le juge d’instruction avait ensuite été interrompue en raison de la dégradation de son état de santé.
Malgré cela, le juge d’instruction du Pôle judiciaire économique et financier avait décidé, le 8 septembre, de délivrer un mandat de dépôt à son encontre. Le journaliste a été transféré, après plusieurs jours d’hospitalisation, à la prison civile de la Mornaguia.
Seize organisations et associations avaient, dès le 9 septembre, dénoncé les conditions dans lesquelles ce mandat de dépôt avait été délivré et appelé à la libération de Mohamed Yousfi ainsi qu’à l’abandon des poursuites engagées contre lui. Elles avaient notamment affirmé que la décision était intervenue avant l’achèvement de son interrogatoire et des plaidoiries de la défense.
Les enseignants de l’IPSI défendent la liberté de la presse
Dans leur lettre, les enseignants de l’IPSI estiment que la liberté de la presse constitue une condition essentielle du droit à l’information et du débat public. Ils soulignent que les journalistes exerçant leur métier dans le respect de la loi doivent bénéficier de la protection nécessaire pour informer, enquêter et interpeller les décideurs.
Les signataires demandent notamment la révision de la décision d’incarcération et le maintien de Mohamed Yousfi en liberté pendant la procédure, au nom de la présomption d’innocence et du principe de proportionnalité. Ils réclament également le plein respect de ses droits de la défense et l’accès aux soins nécessaires.
Ils mettent par ailleurs en garde contre l’utilisation des procédures judiciaires ou des lois pénales pour restreindre le travail journalistique, intimider les professionnels des médias ou exercer une pression sur les médias indépendants.
Pour les enseignants de l’IPSI, l’affaire Mohamed Yousfi dépasse ainsi le seul cas du journaliste. Elle pose, selon eux, la question de la capacité des professionnels des médias à exercer leur fonction critique et de contrôle « sans peur de la prison ou de poursuites » liées à leur travail.
Ils appellent finalement les autorités judiciaires à libérer Mohamed Yousfi, à garantir l’ensemble de ses droits et à lui assurer les soins nécessaires, tout en réaffirmant leur soutien aux journalistes actuellement détenus ou poursuivis en raison de leur activité professionnelle.
R.B.H










