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Déficit commercial : déjà près de 18 milliards de dinars en huit mois, Moez Joudi pointe le poids de l’énergie

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Par Imen Nouira

    Le déficit commercial tunisien continue de se creuser à un rythme soutenu. À fin août 2026, il a atteint 17,854 milliards de dinars, contre 14,639 milliards un an auparavant et 11,925 milliards à la même période de 2024. Une détérioration sur laquelle est revenu, lundi 14 septembre 2026, l’économiste Moez Joudi, qui pointe principalement le poids de la facture énergétique et la progression des importations.

    Dans un post publié le jour même sur Facebook, Moez Joudi s’est appuyé sur les dernières données de l’Institut national de la statistique (INS). « Le déficit a atteint, à fin août 2026, près de 18 milliards de dinars, exactement 17,853 milliards », relève-t-il, avant d’insister sur l’ampleur de sa progression au cours des dernières années.

    Les données officielles confirment cette détérioration : le déficit est passé de 11,925 milliards de dinars sur les huit premiers mois de 2024 à 14,639 milliards en 2025, puis à 17,854 milliards en 2026.

    Près de 18 milliards de dinars de déficit en seulement huit mois

    Sur les huit premiers mois de 2026, les exportations tunisiennes ont atteint 44,672 milliards de dinars, contre 41,372 milliards un an auparavant, soit une hausse de 8%. Les importations ont cependant progressé beaucoup plus rapidement, de 11,6%, passant de 56,011 milliards à 62,525 milliards de dinars. L’écart entre les deux flux s’est ainsi encore creusé.

    Moez Joudi relève que le déficit représente désormais une moyenne mensuelle d’environ 2,23 milliards de dinars. Sur un an, il s’est alourdi de plus de 3,2 milliards de dinars et, par rapport aux huit premiers mois de 2024, de près de six milliards de dinars.

    La comparaison avec l’ensemble de l’année précédente donne davantage la mesure de cette évolution. En seulement huit mois, le déficit cumulé en 2026 représente déjà près de 82% des 21,8 milliards de dinars enregistrés sur l’ensemble de 2025. Cette dernière année avait pourtant marqué un nouveau record, avec une aggravation de 15,17% par rapport aux 18,93 milliards de dinars enregistrés en 2024 et de 27,71% par rapport aux 17,07 milliards de 2023.

    Le décrochage apparaît également dans le taux de couverture des importations par les exportations. Celui-ci était passé de 78,4% en 2023 à 76,6% en 2024, puis à 74,5% en 2025. Sur les huit premiers mois de 2026, il est tombé à 71,4%, contre 73,9% à la même période de 2025.

    Cette évolution intervient alors que les exportations progressent bel et bien. C’est la poussée plus importante des importations qui continue de détériorer le solde. En 2025 déjà, les importations avaient augmenté de 5,5%, contre seulement 2,6% pour les exportations. Sur les huit premiers mois de 2026, l’écart de rythme s’est encore accentué, avec respectivement +11,6% et +8%.

    L’énergie absorbe près de la moitié du déficit

    Pour Moez Joudi, le principal facteur derrière cette aggravation est clairement identifié. « L’aggravation du déficit provient essentiellement du déficit énergétique », écrit l’économiste, qui évoque un solde négatif proche de 8,9 milliards de dinars.

    Les chiffres de l’INS confortent ce constat. À fin août, le déficit énergétique a atteint exactement 8,930 milliards de dinars, contre 7,148 milliards à la même période de 2025, soit une aggravation de près de 1,8 milliard de dinars en un an. Il représente ainsi, à lui seul, pratiquement la moitié du déficit commercial total. Hors énergie, le déficit ressort à 8,924 milliards de dinars.

    La comparaison avec 2025 est également révélatrice. Sur l’ensemble de l’année dernière, le déficit énergétique avait atteint 11,14 milliards de dinars, contre 10,87 milliards en 2024. Après seulement huit mois en 2026, il approche donc déjà les neuf milliards de dinars.

    M. Joudi met cette situation en relation avec le recul de la production nationale d’hydrocarbures, conjugué, selon lui, à la faiblesse des exportations et à l’accroissement des importations.

    Les données du commerce extérieur montrent effectivement une forte poussée des achats énergétiques. Les importations de produits énergétiques ont augmenté de 28,5% sur un an. La hausse ne se limite toutefois pas à l’énergie : les importations de produits alimentaires ont progressé de 17,1%, celles des biens de consommation de 8,2%, celles des matières premières et demi-produits de 7,9% et celles des biens d’équipement de 6,2%. Autrement dit, l’ensemble des grandes catégories d’importations sont orientées à la hausse.

    Cette configuration contraste avec celle observée sur l’ensemble de 2025. Les importations énergétiques avaient alors diminué de 6% et celles des produits alimentaires de 8,4%, tandis que les achats de biens d’équipement avaient augmenté de 14,4%, ceux de matières premières et demi-produits de 6,8% et ceux de biens de consommation de 11,7%. La poussée de 28,5% des importations énergétiques enregistrée à fin août 2026 constitue donc un changement notable par rapport à la tendance observée l’année dernière.

    Les exportations, de leur côté, enregistrent plusieurs performances positives. Les industries mécaniques et électriques affichent une hausse de 8,5%, tandis que les exportations agroalimentaires progressent de 20,8%, notamment grâce aux ventes d’huile d’olive, qui atteignent 3,770 milliards de dinars contre 2,702 milliards un an auparavant.

    Le secteur de l’énergie affiche lui-même une progression de 44,3% de ses exportations, sous l’effet notamment de l’augmentation des ventes de produits raffinés, passées de 504,2 millions de dinars à 1,115 milliard. Cette progression reste cependant insuffisante pour compenser le poids des importations énergétiques.

    À l’inverse, les exportations des mines, phosphates et dérivés ont reculé de 12%, tandis que celles du textile, habillement et cuir ont diminué de 4,8%.

    Le déséquilibre actuel ne résulte donc pas d’un recul général des exportations tunisiennes. Celles-ci progressent de 8%, mais ne parviennent pas à suivre le rythme encore plus soutenu des importations.

    Des échanges très déséquilibrés selon les partenaires

    Moez Joudi attire également l’attention sur la géographie du commerce extérieur tunisien. Il souligne que la Tunisie affiche un excédent dans ses échanges avec l’Union européenne et, plus particulièrement, avec la France, tandis que ses relations commerciales avec plusieurs autres partenaires présentent d’importants déséquilibres.

    L’Union européenne demeure de très loin le principal débouché des produits tunisiens. Sur les huit premiers mois de 2026, elle a absorbé 70,2% des exportations, pour une valeur de 31,346 milliards de dinars, contre 29,166 milliards à la même période de 2025. Les exportations ont progressé de 3,4% vers la France, de 5,2% vers l’Italie et de 2,1% vers l’Allemagne. Elles ont, en revanche, reculé de 19,9% vers la Grèce et de 10,8% vers Malte.

    Du côté des importations, l’Union européenne représente 45,1% du total. Les achats tunisiens auprès de l’UE ont atteint 28,175 milliards de dinars, contre 24,410 milliards un an auparavant. Les importations en provenance de France ont augmenté de 17% et celles d’Italie de 16,7%, tandis qu’elles ont reculé de 8,6% avec la Bulgarie et de 12% avec le Portugal.

    Au total, la Tunisie affiche ainsi avec l’Union européenne un excédent commercial d’environ 3,171 milliards de dinars à fin août 2026.

    Le cas de la France est particulièrement marqué. La Tunisie y a exporté pour environ 10,036 milliards de dinars sur les huit premiers mois de l’année, contre 7,136 milliards d’importations, soit un excédent proche de 2,9 milliards de dinars.

    Moez Joudi s’arrête précisément sur ce partenaire. Il souligne que cet excédent n’est pas lié à des ventes tunisiennes d’hydrocarbures. « Avec la France, nous avons un excédent et, en contrepartie, nous avons des déficits structurels avec la Chine, l’Italie, la Russie et la Turquie », écrit-il. Il ajoute qu’aucune goutte de pétrole tunisien n’est exportée vers la France et affirme qu’il n’existe plus de compagnie pétrolière française active dans l’exploration en Tunisie.

    Les données détaillées du commerce extérieur montrent surtout l’ampleur des écarts entre les différents partenaires. Le cas le plus spectaculaire est celui de la Chine : à fin août 2026, les importations tunisiennes avoisinent 7,867 milliards de dinars, tandis que les exportations vers ce marché ne représentent qu’environ 83,7 millions de dinars. Le déficit approche ainsi 7,8 milliards de dinars pour la seule Chine.

    Ce déséquilibre n’est d’ailleurs pas nouveau et continue de se creuser. Le déficit avec la Chine était d’environ 5,588 milliards de dinars à fin août 2024, puis de 7,372 milliards à la même période de 2025, avant d’atteindre environ 7,783 milliards cette année.

    La Turquie présente également un solde fortement déficitaire, de l’ordre de 2,37 milliards de dinars à fin août 2026. Là encore, le déséquilibre s’est progressivement accentué : il avoisinait 1,725 milliard à la même période de 2024 et 2,128 milliards en 2025.

    Avec la Russie, le déficit reste important, à près de 1,47 milliard de dinars, mais son évolution est différente. Il s’est nettement réduit par rapport aux quelque 4,033 milliards enregistrés à fin août 2024 et aux 3,033 milliards de 2025. Cette évolution intervient alors que les importations tunisiennes en provenance de Russie ont chuté de 51% sur un an.

    Le cas de l’Italie est plus nuancé à fin août. Les échanges sont quasiment à l’équilibre, la Tunisie conservant un léger solde positif d’environ 113 millions de dinars. Celui-ci s’est néanmoins considérablement réduit par rapport aux quelque 799 millions de dinars enregistrés à la même période de 2025 et à environ 1,384 milliard en 2024. Les importations en provenance d’Italie ont progressé de 16,7% cette année, alors que les exportations tunisiennes vers ce pays n’ont augmenté que de 5,2%.

    Au-delà du cas italien, la géographie du commerce extérieur tunisien fait apparaître des situations extrêmement contrastées : des excédents substantiels avec certains partenaires, notamment la France, côtoient des déficits massifs avec d’autres, la Chine pesant particulièrement lourd dans la balance.

    Moez Joudi choisit, lui, de laisser les chiffres nourrir le débat. « Voilà ce que donnent ces chiffres et ces données officielles. À vous d’en tirer l’analyse, le débat et les conclusions », conclut-il.

    Après avoir terminé 2025 sur un déficit commercial record de 21,8 milliards de dinars, la Tunisie en cumule déjà 17,854 milliards sur les huit premiers mois de 2026. Les exportations progressent, parfois fortement dans certains secteurs, mais les importations accélèrent davantage. À quatre mois de la fin de l’année, c’est cette dynamique, davantage encore que le seul niveau atteint à fin août, qui constitue le principal signal à surveiller.

    I.N.

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