L’avocat et militant politique détenu Ayachi Hammami a annoncé, vendredi 18 septembre 2026, depuis la prison de Mornaguia, avoir entamé une grève de la faim en solidarité avec Wael Naouar, membre de la coordination tunisienne de la Flottille Al Soumoud, qui poursuit lui-même ce mouvement depuis plus d’un mois et dont l’état de santé suscite de fortes inquiétudes.
Dans une déclaration rendue publique ce vendredi, Ayachi Hammami a indiqué qu’il comptait poursuivre sa grève tant que Wael Naouar maintiendrait la sienne, ou jusqu’à satisfaction des revendications à l’origine de son mouvement.
« Je ne mettrai fin à ma grève que lorsque Wael mettra un terme à la sienne, ou lorsque les revendications pour lesquelles il mène ce combat auront été satisfaites », a-t-il affirmé.
Une grève en solidarité avec Wael Naouar
Ayachi Hammami a expliqué avoir pris cette décision face à la prolongation de la grève de la faim de Wael Naouar et à l’aggravation des risques pesant sur sa santé et sa vie.
Il a affirmé connaître les souffrances et les dangers associés à une grève de la faim et assuré ne pas avoir pris cette décision « à la légère ». Il a expliqué agir avec la conviction que « la solidarité prend tout son sens lorsqu’elle se transforme en acte ».
L’avocat a également présenté son mouvement comme une protestation contre ce qu’il considère comme une utilisation des lois et de la justice pour criminaliser certaines formes de solidarité civile et pacifique. Il a notamment évoqué les poursuites liées aux actions de soutien à la cause palestinienne.
Ayachi Hammami a réaffirmé sa solidarité avec Wael Naouar et ses camarades incarcérés et appelé les avocats, les défenseurs des droits humains ainsi que les forces démocratiques, syndicales et étudiantes à intensifier leur mobilisation.

L’état de santé de Wael Naouar au cœur des inquiétudes
Cette décision intervient quelques jours après une nouvelle alerte concernant l’état de santé de Wael Naouar. Lundi 14 septembre, le président de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’Homme (LTDH), Bassem Trifi, qui lui avait rendu visite en prison, avait affirmé qu’il se trouvait « au bord de la mort ».
Wael Naouar était alors au trentième jour de sa grève de la faim. Bassem Trifi avait fait état d’une perte de 21 kilos, de douleurs dans tout le corps, de difficultés à parler et à marcher ainsi que d’un état de quasi-évanouissement permanent. Il avait qualifié son état de santé d’« extrêmement dégradé ».
Face à cette situation, la LTDH, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et l’Ordre national des avocats de Tunisie (Onat) lui avaient conjointement demandé de mettre fin à sa grève afin de préserver sa santé et sa vie.
Les trois organisations avaient toutefois précisé que cet appel ne signifiait ni l’abandon de ses revendications ni celui de ses camarades. Elles avaient assuré qu’elles poursuivraient leur mobilisation et leur défense des détenus.
Bassem Trifi avait indiqué avoir personnellement transmis cet appel à Wael Naouar lors de sa visite. Celui-ci avait remercié ses soutiens, mais maintenu sa décision de poursuivre sa grève.
Quatre mois supplémentaires de détention provisoire
Wael Naouar est détenu dans le cadre d’une affaire impliquant plusieurs membres de la coordination de la Flottille Soumoud. Vendredi 11 septembre, le juge d’instruction près le Pôle judiciaire économique et financier avait décidé de prolonger de quatre mois les mandats de dépôt visant Wael Naouar, Ghassen Boughdiri, Ghassen Henchiri et Nabil Chennoufi.
L’affaire avait été ouverte en mars 2026. Plusieurs membres de la coordination avaient été arrêtés à partir du 6 mars, avant que des mandats de dépôt ne soient émis le 16 mars contre sept d’entre eux. Ils sont notamment poursuivis pour des faits liés au blanchiment d’argent dans le cadre d’une entente organisée.
Trois membres de la coordination avaient depuis été remis en liberté, tandis que Wael Naouar, Ghassen Boughdiri, Ghassen Henchiri et Nabil Chennoufi étaient restés incarcérés.
L’état de santé d’autres détenus engagés dans une grève de la faim avait également suscité des inquiétudes. Bassem Trifi avait notamment indiqué que Ghassen Henchiri avait perdu dix kilos en cinq jours.
C’est dans ce contexte qu’Ayachi Hammami a décidé, à son tour, d’entamer une grève de la faim. Depuis la prison de Mornaguia, il a conditionné l’arrêt de son mouvement à celui de Wael Naouar ou à la satisfaction des revendications pour lesquelles ce dernier poursuit sa grève.
M.B.Z











