Les crédits bancaires aux professionnels ont nettement accéléré au premier semestre 2026, progressant de 2,199 milliards de dinars, contre 1,275 milliard un an auparavant. Une dynamique qui tranche avec celle des crédits non professionnels aux particuliers, dont l’encours n’a augmenté que de 108 millions de dinars (MD) sur les six premiers mois de l’année, contre 276 MD durant la même période de 2025.
C’est ce qu’a relevé, lundi 21 septembre 2026, l’enseignant universitaire en droit bancaire Mohamed Nekhili, lors d’une intervention téléphonique dans l’émission Yaoum Saïd, présentée par Nabila Abid sur Radio Nationale. S’appuyant sur les dernières données de la Banque centrale de Tunisie (BCT), il a surtout pointé une accélération du financement des professionnels, qu’il relie notamment au ralentissement du recours de l’État au financement bancaire.
Les professionnels accélèrent, les particuliers restent à la traîne
Les services concentrent l’essentiel de cette progression, avec 1,684 milliard de dinars de financements supplémentaires, contre 1,272 milliard un an auparavant. L’industrie renoue, elle, avec une évolution positive : les crédits qui lui sont destinés ont augmenté de 414 MD, après avoir reculé de 64 MD au premier semestre 2025.
L’agriculture et la pêche affichent également une amélioration, avec une hausse de 101 MD, contre 67 MD un an auparavant.
Le contraste est nettement plus marqué du côté des particuliers. L’encours des crédits non professionnels n’a progressé que de 108 MD au premier semestre 2026, contre 276 MD durant la même période de l’année précédente. Mohamed Nekhili ne voit toutefois pas dans cette évolution un désintérêt des Tunisiens pour le crédit. Il relève que les financements destinés aux particuliers, notamment à la consommation, sont restés globalement stables, tandis que ce sont surtout les crédits professionnels qui ont accéléré.
Il pointe également les limites de la capacité d’endettement des ménages et s’attarde, à ce titre, sur le recul du crédit immobilier. Selon lui, depuis l’entrée en vigueur de la loi sur les chèques, ces financements sont accordés sur quinze ans, contre vingt ou 25 ans auparavant. Un raccourcissement de la durée des prêts qui réduit, à mensualité comparable, la capacité d’emprunt des ménages.
Moins de financement de l’État, davantage d’espace pour l’économie
Pour Mohamed Nekhili, l’accélération du crédit professionnel s’explique notamment par le ralentissement du rythme de financement de l’État auprès des banques. Ces dernières disposeraient ainsi de davantage de marge pour orienter leurs ressources vers les professionnels et l’activité économique.
L’universitaire rappelle qu’au cours des dernières années, l’importance des financements bancaires absorbés par l’État avait réduit les ressources susceptibles d’être dirigées vers les entreprises. Le ralentissement observé sur ce front aurait donc contribué, selon son analyse, à redonner de l’espace au financement de l’économie.
Mais l’enjeu ne se limite pas, pour Mohamed Nekhili, au volume des crédits. Encore faut-il que ces financements soient orientés vers l’activité productive. Il insiste ainsi sur la nécessité pour le crédit bancaire de « créer de la richesse », de générer des emplois et de soutenir l’économie nationale, plutôt que d’alimenter essentiellement la consommation.
Une dynamique encore à confirmer au second semestre
Reste à savoir si l’accélération enregistrée durant les six premiers mois de 2026 pourra se maintenir jusqu’à la fin de l’année. Mohamed Nekhili se garde, sur ce point, de tirer des conclusions définitives à partir des seuls chiffres du premier semestre.
Il estime que la suite dépendra de plusieurs facteurs, parmi lesquels la conjoncture internationale, le projet de loi de finances 2027, l’évolution du secteur agricole ainsi que les effets des perturbations enregistrées durant l’été. Il cite notamment les coupures d’électricité et leurs éventuelles répercussions sur l’activité économique.
L’universitaire relève néanmoins des signaux positifs du côté des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger et des recettes touristiques. Des éléments qui devront, avec l’évolution du crédit durant les prochains mois, permettre de déterminer si la dynamique observée au premier semestre s’inscrit dans la durée.
Pour l’heure, le mouvement est net : les crédits aux professionnels progressent beaucoup plus rapidement que ceux destinés aux particuliers. Reste désormais à savoir si cette réorientation du financement bancaire vers l’activité économique se poursuivra et, surtout, si elle se traduira par davantage d’investissement, de création de richesse et d’emplois.
I.N.










