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Procès de Zied El-Heni : le SNJT place la protection des sources au cœur de l’affaire

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Par Imen Nouira

    Alors que Zied El-Heni comparaît, vendredi 25 septembre 2026, dans l’affaire de l’enregistrement attribué à Mondher Ounissi, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) monte au créneau. Pour l’organisation syndicale, les actes reprochés au journaliste relèvent de son travail de vérification et de recoupement de l’information. Au cœur de son communiqué : une question qui dépasse désormais le seul cas de Zied El-Heni, celle de la protection des sources et du risque de voir les mécanismes mêmes du travail journalistique basculer dans le champ pénal.

    Dans un communiqué publié vendredi 25 septembre 2026, le SNJT affirme que Zied El-Heni comparaît devant la justice pour avoir, selon lui, accompli son « devoir professionnel » en cherchant à vérifier des informations et l’authenticité d’enregistrements avant leur traitement médiatique.

    L’affaire concerne un enregistrement attribué à l’ancien dirigeant d’Ennahdha Mondher Ounissi et à la journaliste Chahrazed Akacha. Zied El-Heni avait expliqué avoir pris contact avec des personnes liées à cet enregistrement afin d’en vérifier l’authenticité et de recouper les informations dont il disposait.

    Initialement convoqué comme témoin en mars 2024, le journaliste avait ensuite été poursuivi en tant qu’accusé sous quatre chefs d’accusation à caractère terroriste. Sa défense soutient que les démarches qui lui sont reprochées relevaient de son activité professionnelle.

    Dans son communiqué, le SNJT place précisément ces démarches de vérification et la protection des sources au cœur de sa dénonciation, rappelant que Zied El-Heni a refusé de révéler ses sources.

    Quand la vérification journalistique devient, selon le SNJT, une suspicion pénale

    Pour le syndicat, c’est précisément là que réside le problème. Il considère que transformer des procédures de vérification journalistique en éléments susceptibles d’alimenter des soupçons pénaux « porte atteinte au cœur même du travail journalistique » et menace la capacité des journalistes à accéder à l’information et à exercer leur métier de manière indépendante, sans craindre des poursuites ou l’emprisonnement.

    Le SNJT rappelle que la confidentialité des sources ne constitue pas un privilège personnel accordé au journaliste, mais une garantie fondamentale pour l’indépendance de la profession et le droit du public à l’information.

    La protection des sources permet, souligne-t-il, d’accéder à des informations d’intérêt public, d’enquêter, de vérifier les faits et de les porter à la connaissance du public. Pour le syndicat, l’exercice de ce droit ne saurait dès lors devenir lui-même un motif de poursuites pénales.

    « Porter atteinte à la confidentialité d’une seule source menace la capacité de l’ensemble de la presse à accéder à l’information », avertit le SNJT, qui considère la protection des sources comme indissociable de celle du journaliste et du droit de la société à une presse libre et indépendante.

    Le SNJT dénonce un recours croissant aux textes pénaux

    L’organisation syndicale replace également cette audience dans l’accumulation des procédures visant Zied El-Heni. Elle dénonce la multiplication des poursuites et des condamnations à des peines de prison contre le journaliste ainsi que son maintien en détention, y voyant un indicateur d’un processus de « criminalisation du travail journalistique et de l’expression ».

    Le SNJT met notamment en cause le recours à des textes répressifs généraux ou exceptionnels dans des affaires qu’il estime directement liées à l’exercice du métier de journaliste.

    Cette position rejoint celle exprimée, la veille, par quatre syndicats de journalistes français. Le Syndicat national des journalistes (SNJ), le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes et le Syndicat général des journalistes FO (SGJ-FO), tous membres de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), avaient réclamé jeudi 24 septembre la libération immédiate de Zied El-Heni et dénoncé ce qu’ils qualifient d’« acharnement judiciaire ».

    Dans son communiqué de vendredi, le SNJT inscrit également l’affaire dans un contexte national qu’il décrit comme marqué par une fermeture politique « sans précédent », une profonde crise économique et sociale, la dégradation du pouvoir d’achat, la montée des tensions sociales, le recul de la confiance dans les institutions et la réduction des espaces de débat public.

    Il s’agit de l’analyse portée par le syndicat, qui considère que la poursuite des procédures contre Zied El-Heni envoie un message d’intimidation au reste de la profession et pousse à davantage d’autocensure, au détriment, selon lui, du droit de la société à l’information.

    Le décret-loi 115 de nouveau au centre du débat

    Le SNJT réitère surtout une revendication défendue de longue date : l’application du décret-loi 115 relatif à la liberté de la presse, de l’impression et de l’édition comme cadre juridique spécifique dans les affaires liées à l’exercice journalistique.

    Le syndicat demande l’arrêt des poursuites visant les journalistes en raison de l’accomplissement de leurs missions professionnelles et le respect du droit de Zied El-Heni à un procès équitable. Il appelle également la justice à prendre en considération la nature du travail journalistique lorsqu’elle examine des affaires portant sur la publication, la vérification des informations ou la protection des sources.

    Il réclame ainsi le recours aux législations spécifiques régissant la liberté de la presse et les journalistes dans toute affaire liée à l’exercice de la profession, plutôt qu’une extension du champ d’application de textes pénaux susceptibles, selon lui, de restreindre cette liberté.

    Cette nouvelle audience intervient alors que Zied El-Heni est déjà détenu dans le cadre d’autres procédures. Placé en détention en avril 2026 dans une affaire liée à des déclarations publiques dans lesquelles il avait notamment critiqué des magistrats, il a été condamné, le 7 mai, à un an de prison sur la base de l’article 86 du Code des télécommunications, pour des faits qualifiés d’« atteinte à autrui via les réseaux publics de communication ». Cette condamnation a été confirmée, le 26 juin, par la Cour d’appel de Tunis.

    Un nouveau mandat de dépôt avait par ailleurs été émis à son encontre le 10 juin 2026 dans une affaire remontant à la période durant laquelle il siégeait au conseil municipal de Carthage. Il est notamment poursuivi dans ce dossier pour des faits présumés d’abus de fonction et de préjudice causé à l’administration.

    L’audience de ce vendredi vient ainsi s’ajouter à un empilement de procédures judiciaires visant Zied El-Heni. Mais, pour le SNJT, l’enjeu dépasse désormais son seul cas : il porte sur la frontière entre procédure judiciaire et exercice du métier, et sur la possibilité, pour un journaliste, de vérifier une information, de la recouper et de protéger ses sources sans que ces démarches puissent, en elles-mêmes, devenir un motif de poursuites.

    I.N.

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