Le bleu et le blanc de Sidi Bou Saïd avaient déjà fait le tour du monde. Désormais, le village a aussi officiellement rejoint le patrimoine mondial de l’Unesco. Une consécration célébrée vendredi 25 septembre 2026, quelques semaines après la remise officielle à la Tunisie du certificat attestant l’inscription du site.
La cérémonie s’est tenue au palais du Baron d’Erlanger, au cœur même du village. La ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, y a présidé une rencontre réunissant notamment le directeur général de l’Institut national du patrimoine (INP), Tarek Baccouche, le gouverneur de Tunis ainsi que plusieurs ambassadeurs.
Le certificat officiel avait été remis le 24 septembre à Paris à Dhia Khaled, ambassadeur de Tunisie à Paris et délégué permanent auprès de l’Unesco. Il vient matérialiser une décision prise le 25 juillet dernier à Busan, en Corée du Sud, lors de la 48e session du Comité du patrimoine mondial. L’inscription du « Village de Sidi Bou Saïd : un centre d’inspiration culturelle et spirituelle en Méditerranée » avait alors été adoptée par consensus.
Pour les autorités culturelles tunisiennes, cette inscription vient consacrer un ensemble patrimonial où se rencontrent architecture, paysage, mémoire, spiritualité et création artistique. La candidature avait précisément été construite autour de cette articulation entre le village, son relief dominant la baie de Carthage, son architecture caractéristique et la dimension spirituelle qui a façonné son identité au fil des siècles.
La ministre Amina Srarfi a, selon la Tap, présenté l’inscription comme l’aboutissement d’un travail de longue haleine mené par l’INP et les différentes institutions associées à l’élaboration du dossier. Le choix du palais du Baron d’Erlanger pour célébrer cette reconnaissance n’était d’ailleurs pas anodin : il s’agit de l’un des hauts lieux culturels de Sidi Bou Saïd.
Le directeur général de l’INP, Tarek Baccouche, a pour sa part insisté sur la singularité du village, où les bâtiments, les ruelles et les habitations s’intègrent à un site naturel tourné vers la Méditerranée. À cette dimension architecturale s’ajoute une importante mémoire spirituelle, qui a contribué à la valeur universelle exceptionnelle reconnue au site.
Mais cette célébration intervient dans un contexte qui donne à l’inscription une portée particulière.
Car derrière l’image intemporelle du village bleu et blanc, Sidi Bou Saïd reste un site vulnérable. Les fortes précipitations du début de l’année 2026 ont provoqué des glissements et des affaissements de terrain, ravivant des inquiétudes anciennes sur la stabilité de la colline. Des mesures exceptionnelles avaient alors été prises, allant jusqu’à l’évacuation préventive de certaines habitations et la restriction de l’accès aux bus et aux poids lourds.
La menace ne tient pas uniquement aux intempéries. La configuration géologique du site, l’érosion, la gestion des eaux, la pression urbaine et certaines constructions constituent autant de facteurs qui compliquent la préservation d’un patrimoine bâti étroitement lié à son environnement naturel.
Le sujet avait pris une telle ampleur que, dès avril, le gouvernement avait classé le projet de protection de la colline parmi les chantiers stratégiques. Des études techniques pluridisciplinaires ont ensuite été engagées afin d’identifier les zones prioritaires et de préparer les interventions nécessaires. En juillet, les autorités annonçaient le démarrage des travaux de protection contre les glissements de terrain pour le mois d’août.
L’inscription ne constitue donc pas, par ailleurs, un aboutissement au sens strict. Elle impose désormais de démontrer que le site peut être conservé dans la durée.
L’Unesco rappelle ainsi que l’inscription au patrimoine mondial ne transfère pas la propriété ou la gestion d’un site à l’organisation internationale. La protection, la conservation et la gestion du bien demeurent avant tout de la responsabilité de l’État tunisien et des autorités compétentes.
Le dossier de Sidi Bou Saïd devra ainsi se traduire par une politique de conservation à la hauteur de la reconnaissance obtenue. L’enjeu est d’autant plus délicat que le village est un patrimoine vivant : il ne s’agit pas de préserver un monument isolé, mais un tissu urbain habité, fréquenté et soumis à une forte pression touristique.
N.J












